Notre façon de nous assoir, de nous tenir, de bailler ou même d’embrasser sont autant de petits gestes qui n’ont l’air de rien mais en disent long sur notre personnalité. Ce ne sont pas seulement des gestes mais c’est tout une science qui mérité d’être étudiée.
Par : Walaa El-Assrah
Les mains cachées sous la table ? Le signe d’une écoute humble et respectueuse. Des sourcils qui bougent constamment ?
Il est des gestes que nous répétons quotidiennement, qui font partie de notre routine et dont nous ne nous rendons même plus compte. Croiser ses jambes, ses bras, tortiller ses cheveux, ou encore certaines de nos mimiques font partie de notre façon d’être, et nous les associons souvent à des émotions particulières (gêne, stress, bonheur…).
Notre corps parlerait-il vraiment et de manière universelle, indépendamment de nos histoires de vie et de nos ancrages culturels ? Oui, répond Philippe Turchet dans Le Grand Livre de la synergologie, somme de 400 pages consacrée à cette pratique, la lecture du langage corporel, qui, dit le spécialiste, s’est beaucoup renforcée grâce aux techniques numériques. «En comparant des milliers de vidéos, nous avons pu établir le premier Tableau d’éléments corporels (TEC) qui regroupe toutes les postures humaines et ainsi trouver des éléments de pensée communs pour chaque situation.»
Mais pourquoi ? Quel est l’intérêt d’un tel répertoire qui semble sorti d’un vieux grimoire ? «La synergologie permet de mieux comprendre les non-dits de l’autre et de mieux communiquer. Il s’agit d’une approche aidante et non jugeante», assure le spécialiste dans cet ouvrage à la fois copieux et ludique, qui paraît le 27 janvier prochain aux Editions de l’Homme.

Le menteur manque d’incarnation
D’abord, cette question qui brûle les lèvres. La synergologie permet-elle de détecter le mensonge chez son interlocuteur ? «Oui, mais pas de la manière attendue», informe l’auteur. On imagine que c’est le malaise du menteur qui va le trahir. Trop facile, sanctionne le spécialiste. Car le menteur rationalise son récit et gère ses émotions de sorte à éviter tout signe de confusion. Par contre, plusieurs manifestations, comme le regard trop soutenu et le manque d’incarnation, le trahissent.
Ainsi, détaille Philippe Turchet, quand quelqu’un évoque un repas en souhaitant passer sous silence la présence compromettante d’un ou d’une convive, il faut l’interroger sur ce qu’il a mangé. Si ses yeux ne descendent pas en direction de l’assiette pour se souvenir des mets de la soirée, c’est la preuve que le narrateur reste en surface, dans un récit dont il ne veut pas perdre la maîtrise mentale. Pareil pour le temps qu’il faisait ou le vin qu’il a bu. Chaque fois que l’auteur d’une histoire arrangée doit s’exprimer sur un élément concret, il manque de précision, «car c’est grâce à la mémoire corporelle inconsciente que le geste juste émerge. On appelle ça l’embodiment», détaille le synergologue.
Le sourire de la gêne
Qui poursuit en désamorçant deux idées reçues. Le croisement des bras ou des jambes n’est pas forcément un signe de fermeture. Et le sourire ne manifeste pas toujours de la bienveillance. Des membres croisés n’indiquent une fermeture que si l’interlocuteur se recule dans son siège ou barre la conversation avec son corps. S’il s’avance avec un angle ouvert, le croisement signifie qu’il crée une bulle dans laquelle il accueille son vis-à-vis.
Quant au sourire, il signale souvent un malaise, assure le synergologue. Déjà, il a été établi depuis longtemps que seul le sourire accompagné du plissement des yeux était un sourire vrai et sincère, mais Philippe Turchet va plus loin. «En réalité, tout sourire qui dure signale une gêne, car les personnes sécurisées dans leur relation n’éprouvent pas le besoin de montrer que tout va bien.»
La gauche, le côté du cœur
Le lexique corporel, à présent. Dans ce vaste corpus imagé, on apprend que présenter la partie gauche de son visage témoigne d’une grande ouverture émotionnelle et assure une plus grande séduction. Le célèbre don juan Rudolph Valentino posait toujours de sorte à ce que l’on voie son oreille gauche. A l’inverse, lorsqu’on montre la partie droite de notre visage, on manifeste plus de vigilance et de sévérité, mais aussi plus d’écoute soutenue.
De manière générale, on place à gauche ce que l’on préfère, à droite ce qui nous crispe, garantit l’auteur. «Ainsi, lorsque votre collaborateur vous raconte qu’hier, il a travaillé avec Louis, Justine et Romaine et qu’au moment où il parle de Romaine, il laisse apparaître son hémivisage droit, vous pourriez lui demander comment ça se passe avec elle. Ces petites observations sont souvent suffisantes pour améliorer la dynamique de travail, il s’agit seulement d’être attentif.»





