Les années cinquante ont connu les premières apparitions du théâtre de marionnettes modernes qui, bien qu’essentiellement inspiré du théâtre de marionnettes européen (notamment au niveau de la technique), essayait de prendre ses distances en s’imbibant de la culture et de l’esprit égyptiens (par les sujets traités, les personnages, etc.).
En 1957, le gouvernement égyptien forma la première troupe de marionnettes à gaine. Celle-ci monta un répertoire de sept spectacles composé de pièces de théâtre et de sketchs produits par Ahmad Amer. Plusieurs auteurs ont écrit pour cette troupe tels que Mahmoud Ahmad (La Croyance, inspirée des Misérables de Victor Hugo), Abed El-Mou’ti Hijazi, Zaccharia El-Hijawi… Toutes étaient des représentations rudimentaires et pauvres au niveau de la technique.

En 1958, se produisit la première rencontre entre les Égyptiens et le théâtre de marionnettes européen moderne grâce à la visite de troupes l’une roumaine, l’autre tchèque. Deux artistes de la troupe roumaine, Loana Constantinescu, et Tana Siscu restèrent au Caire pour entrainer les artistes égyptiens à l’art de la conception et de la manipulation des marionnettes.
En 1959, les planches du Conservatoire de musique arabe virent la première représentation du Théâtre de marionnettes du Caire, Al-Chater Hassan, inspirée de l’une des plus célèbres histoires populaires pour enfants écrite par Salah Jahine. Les marionnettes et les décors avaient été conçus par Nagy Chaker.
En 1960, le metteur en scène Salah Al-Saqa, l’écrivain Salah Jahine et le compositeur Sayyed Makkaoui joignirent leurs talents pour présenter le plus important spectacle de marionnettes égyptien jusqu’à ce jour, l’Opérette de la grande Nuit. Salah Jahine s’était inspiré des traditions festives populaires égyptiennes. Il réussit à reproduire plusieurs personnages populaires égyptiens célèbres (le maire, le chanteur populaire, le clown, le paysan, le marchand ambulant), permettant ainsi à l’artiste Nagy Chaker de créer de nouveaux modèles de marionnettes à fils. Le fil conducteur de la pièce est une histoire simple, celle d’une mère qui perd son enfant dans la foule de la « grande Nuit ».
L’Égypte connut alors un phénomène à la fois curieux et intéressant avec l’orientation de grands poètes populaires vers l’écriture de spectacles de marionnettes qui sont, pour la plupart d’entre eux, des spectacles chantants et musicaux. C’est ainsi qu’après Salah Jahine, Bayram El-Tounisi écrivit des pièces pour marionnettes comme Bint El-Sultan (La Fille du Sultan) ou Al-Dik El-Ajib (Le Coq enchanté), dont la musique fut composée par Paul Armoziscu.
Le gouvernement égyptien a soutenu le théâtre de marionnettes et a contribué à son développement en envoyant plusieurs artistes à l’étranger pour étudier l’art de la marionnette : Salah Al-Saqa (en Roumanie pour la mise en scène), Ibrahim Salem, Mustapha Kamel, Ahmad El Matini et Kariman Fehmi (en Tchécoslovaquie pour la scénographie). Mais cet intérêt s’est progressivement affaibli jusqu’à ce que le théâtre de marionnettes disparaisse totalement de l’agenda officiel.





