Réalité virtuelle ou mixte, video mapping, images générées par intelligence artificielle, dispositifs interactifs… Certains musées et sites patrimoniaux et culturels rivalisent de technologies pour transporter les visiteurs ! L’hiver 2024–2025 foisonne de belles propositions. Vous préférez revivre la libération de Paris, rencontrer les Vikings à Rouen ou bien les irréductibles Gaulois ? Amateurs d’art, de Raphaël aux peintres impressionnistes, en passant par les artistes contemporains Boris Labbé ou Miguel Chevalier… De Paris à Lille, vous aurez l’embarras du choix. Pour trouver la bonne sortie dans la jungle des expériences immersives et numériques, lisez les avis de l’équipe du site Beauxarts.com !
1. Les Gaulois sortent de leur bulle à l’Atelier des Lumières

Par Toutatis ! Des Gaulois, des Gaulois ! Dès le 18 octobre, l’Atelier des Lumières vous fait boire la potion magique pour célébrer comme il se doit les 65 ans de la création d’Astérix le Gaulois par Albert Uderzo et René Goscinny. « Astérix, le voyage immersif », création proposée par Culturespaces et les éditions Albert René, vous embarque dans une aventure inédite où le druide Panoramix a été enlevé… Aidés d’Idéfix, fidèle complice à quatre pattes, Astérix et Obélix vont tenter de le ramener au village – non sans péripéties, lesquelles nous offrent une belle traversée de leurs albums. On ne vous dira pas si cela finit par un grand banquet, à moins que le ciel ne nous tombe sur la tête !
2. Les Vikings, stars de la cité immersive à Rouen

Tremblez Rouennais, les Vikings sont là ! Depuis juin 2024, ils ont débarqué à Rouen, sur la rive gauche de la Seine, où a été inaugurée la Cité immersive viking. Première-née d’un réseau de cités immersives, celle-ci offre au public le plus large une expérience pédagogique et divertissante à la découverte de l’épopée fascinante des Vikings en Normandie, où Rollon (aussi appelé Rolf le Marcheur), le chef guerrier, se fit baptiser en 911. De salles en salles, on progresse dans un univers savamment reconstitué entre artefacts et décors bien léchés, en écoutant les récits d’hommes et de femmes vikings surgissant en images (reconnaîtrez-vous Philippe Torreton ?). « Nota Bene », le youtubeur de l’histoire, est aussi de la partie pour vous guider. Plusieurs jeux interactifs au sein du parcours rendent ce bond dans l’histoire encore plus vivant. Mention spéciale pour l’éblouissante projection immersive qui clôt le voyage. Votre drakkar vous attend déjà pour voguer en famille jusqu’à Rouen !
3. C’est gratuit ! Le labyrinthe d’art japonais de Boris Labbé au Drawing Lab

On s’est laissé transporter par cette première œuvre en réalité virtuelle de Boris Labbé, dont on peut profiter – gratuitement – au Drawing Lab, lieu de production et d’expositions situé à deux pas du Palais-Royal à Paris. Durant une vingtaine de minutes, casque de réalité virtuelle sur la tête, on file dans le dédale sensible et poétique de « Ito Meikyū » (néologisme composé de ito, « fil » en japonais, et meikyū, « labyrinthe »). Une belle immersion au cœur du dessin, des lignes, des textures, où l’on plonge littéralement dans un métier à tisser, et qui s’achève dans une apothéose de couleurs.
4. Monet, Van Gogh, Gaudí…Trois rencontres merveilleuses au Hangar Y à Meudon

Voudriez-vous être une petite souris, et vous glisser en catimini dans l’atelier d’un grand artiste ? C’est l’expérience inédite que propose cet hiver le Hangar Y, à Meudon, avec trois propositions en réalité virtuelle pour plonger dans l’œuvre de trois maîtres : Claude Monet, Vincent van Gogh et Antoni Gaudí. Casque de réalité virtuelle sur la tête, on voyage d’abord à Giverny où l’on assiste à une conversation entre Claude Monet et son grand ami, l’homme d’État Georges Clémenceau, bercé par le clapotis des nymphéas sur le bassin japonais… On file ensuite à Auvers-sur-Oise, rencontrer la fille du docteur Gachet et explorer la palette tourmentée de Van Gogh… Avant de vivre l’apothéose dans l’atelier du divin architecte Gaudí. M.B.
5. L’été 1944 comme si vous étiez, au musée de l’Armée

S’il est un domaine où l’IA brille par son potentiel, c’est bien l’Histoire. Au musée de l’Armée, cet outil innovant transporte les visiteurs 80 ans en arrière, au cœur de l’été 1944. Dans un parcours immersif conçu en deux temps (et sans casque) – créée par le laboratoire AI for Good de Microsoft, l’entreprise française Iconem et avec le soutien de la Mission Libération, chargée d’organiser les commémorations –, vous allez revivre trois moments majeurs de la libération de la France : les débarquements de Normandie et de de Provence, ainsi que la libération de Paris. Réalisé grâce aux outils d’intelligence artificielle qui ont donné vie à une vaste collection d’archives photographiques et filmiques, le film de 22 minutes est saisissant par ses effets de perspective et de colorisation (conseil : pour mieux profiter, ne vous asseyez pas trop près). Sur des écrans panoramiques, on est d’abord le 6 juin en Normandie, quand les Alliés débarquent sur les plages. Puis le 15 août, on prend à revers les forces allemandes depuis la Provence : c’est « Dragoon ». On termine à Paris, du 19 au 25 août… Libérés. La seconde partie met en lumière 17 visages de cette histoire et leurs témoignages, beau travail de mémoire. Parmi eux, la résistante et journaliste Madeleine Riffaud, qui vient tout juste de s’éteindre. Compréhension et émotion sont au rendez-vous.
6. Les impressionnistes font leur retour à Paris, Bordeaux et Lyon

On est ressorti ému de la rencontre… Comme près de 80 000 spectateurs qui n’ont sans doute pas regretté de prendre un billet pour vivre « Un soir avec les impressionnistes, Paris 1874 » proposé au musée d’Orsay ce printemps dernier, en marge de l’hommage rendu à la première exposition impressionniste. Fort de ce succès, l’expérience s’exporte dans plusieurs villes en France, à Paris, Bordeaux et Lyon dans une salle permanente, opérée par Eclipso, spécialiste des expositions immersives. Claude Monet, Edgar Degas, Camille Pissarro, Paul Cézanne, Berthe Morisot, sans oublier leur marchand Paul Durand-Ruel… Tous se sont donné rendez-vous ce soir du 15 avril 1874. Casque de réalité virtuelle sur la tête, entrez dans l’ancien atelier de Nadar où se tient la mythique première expo des impressionnistes. Avant de passer une tête chez le peintre Frédéric Bazille, flâner au palais de l’Industrie, partir en goguette dans les guinguettes de Bougival ou au Havre ; Monet vous y attend sur la terrasse de sa chambre d’hôtel en train de mettre la dernière touche à son Impression, soleil levant (1872). On ne va pas vous dévoiler la fin… Mais on en prend plein les yeux !
7. Miguel Chevalier, pionnier de l’art numérique décodé au Grand Palais

L’IA est partout ! Récemment encore, cette révolution technologique s’invitait dans des festivals de courts-métrages, truffés de propositions étonnantes. On la retrouve aussi au musée de l’Armée (lire ci-dessus) où elle fait parler les archives de la Libération. L’intelligence artificielle est aussi le matériau de l’artiste français Miguel Chevalier, pionnier des arts numériques de 65 ans dont près de 50 passés à mobiliser les machines intelligentes pour creuser son sillon dans le champ des arts plastiques. Déployée sur les 1 200 m2 de l’immense Grand Palais immersif, près de l’Opéra Bastille, « Pixels », sa première grande exposition parisienne, cultive la promesse de vous plonger dans l’infiniment petit numérique de manière grandiose. On apprécie les sculptures imprimées en 3D et les œuvres lumineuses de l’artiste. Un peu moins ses vidéos et installations, lesquelles, malgré l’apport de l’intelligence artificielle qui les rend interactives, pèchent par manque d’émotion. Était-ce le brouhaha de la soirée de vernissage qui nous a empêchés de nous laisser transporter par la musique du compositeur Thomas Roussel ? Avec Miguel Chevalier, la connexion n’a pas eu lieu.




