Par: Soha Gaafar
L’industrie joue un rôle essentiel dans le progrès et la croissance des nations. Historiquement, l’Égypte fut l’une des premières civilisations à utiliser les métaux dans l’industrie. Cette dynamique s’est développée au fil des siècles et a connu une véritable renaissance sous le règne de Mohamed Ali Pacha, perpétuée ensuite par Talaat Harb Pacha et Gamal Abdel Nasser, pour parvenir à l’époque moderne sous la présidence d’Abdel Fattah Al-Sissi.


Depuis l’Antiquité, les Égyptiens étaient capables d’extraire des métaux tels que le cuivre, l’argent et l’or, qu’ils savaient fondre et transformer. Ils ont également conçu des machines et outils agricoles, du matériel militaire, de la céramique, des navires, des textiles en lin et ont développé l’industrie du pressage de l’huile.
À l’époque moderne, l’Égypte a connu une renaissance industrielle au XIXᵉ siècle sous Mohamed Ali, qui posa les bases d’une importante infrastructure industrielle. Celle-ci comprenait le textile, la production de sucre, le pressage de l’huile et les rizeries. L’industrie militaire prospéra parallèlement, avec la création de chantiers navals et d’usines de traitement chimique.
Dans les années 1920, les Égyptiens lancèrent le slogan « Égyptien pour Égyptien », qui permit de protéger et promouvoir les produits locaux. Les premières grandes entreprises créées furent l’imprimerie Misr et la société de filature et de tissage Misr à El-Mahalla El-Kubra, suivies de nombreuses autres : société de navigation maritime Misr, usines de béton armé Misr (ayant contribué à la construction du Haut-Barrage), teinturerie Misr, mines et carrières Misr, entreprises pétrolières Misr, produits pharmaceutiques Misr, produits laitiers et nutritionnels Misr, produits chimiques Misr, hôtellerie Misr, assurances Misr, ainsi que des sociétés de distribution destinées à concurrencer des entreprises étrangères comme Benzion-Sednawy.






Après la Première Guerre mondiale, l’Angleterre autorisa la création de quelques usines en Égypte afin de soutenir l’effort de guerre, les usines britanniques étant mobilisées pour la production d’armes. Les usines fondées en Égypte connurent un succès remarquable, offrant des produits de qualité comparable à ceux de leurs homologues britanniques.
L’économiste égyptien Talaat Harb encouragea fortement l’idée d’une industrie nationale afin de libérer le pays du contrôle européen et de préserver ses ressources. Toutefois, la mise en œuvre de son projet se heurta à l’opposition de banques majoritairement étrangères.
L’industrie sidérurgique égyptienne débuta dans les années 1940 grâce à des entreprises privées qui recyclaient la ferraille de la Seconde Guerre mondiale. Celle-ci était fondue dans des fours à combustible liquide, coulée dans des moules puis laminée en barres d’armature. Ce procédé, assuré par les entreprises Delta, National et Copper, connut par la suite des évolutions technologiques avec l’introduction de fours électriques à arc et d’unités de coulée continue.
La révolution de juillet 1952 marqua une étape décisive, avec le lancement de projets pionniers dans les industries lourdes : sidérurgie, mines, pétrole, chimie, mais aussi filature, tissage et agroalimentaire.
À la fin des années 1950, la première usine sidérurgique intégrée fut créée à Helwan. Utilisant des hauts fourneaux et des équipements allemands, elle transformait le minerai de fer extrait d’Assouan — de faible qualité et riche en impuretés — mélangé à du coke importé. Le métal liquide obtenu était ensuite coulé et transformé en produits sidérurgiques. Cette usine connut plusieurs phases d’expansion, la plus marquante étant la création du complexe sidérurgique, mis en production en 1972, avec une capacité annuelle d’un million de tonnes de profilés en acier.
Au début des années 1980, une nouvelle entreprise sidérurgique fut fondée à Dekheila, à Alexandrie, en partenariat avec le Japon. Elle introduisit une technologie innovante : la réduction de minerais de fer importés de haute qualité au gaz naturel (au lieu du charbon), permettant la production de fer spongieux (plus de 90 % de fer pur). Ce fer était ensuite fondu dans des fours électriques, coulé et transformé en produits finis. L’usine démarra en 1986 avec une capacité nominale de 800 000 tonnes d’acier d’armature. Elle connut plusieurs phases d’expansion, atteignant aujourd’hui une production de 1,8 million de tonnes d’acier d’armature et 1,1 million de tonnes de plaques grâce à la technologie des brames minces.
Au début du XXIᵉ siècle, l’Égypte entra dans une phase de renouveau industriel, rassemblée sous un ministère unique du Commerce intérieur et extérieur. Ce ministère visait à transformer qualitativement l’économie égyptienne, améliorer la compétitivité des produits locaux et moderniser l’industrie à travers un programme intégré favorisant l’exportation et l’intégration dans l’économie mondiale. L’État créa un environnement favorable aux investissements, encourageant le secteur privé à jouer un rôle central dans le développement.

En 2007, le projet des « 1 000 usines » fut lancé. Son rythme de progression dépassa les prévisions. Aujourd’hui, l’industrie contribue à environ 20 % du PIB, et les exportations industrielles représentent près de 60 % des exportations totales du pays.
L’État a poursuivi son soutien aux industries, en particulier à celles fragilisées par la transition du secteur public vers le privé. Le président Abdel Fattah Al-Sissi a lancé un vaste plan de développement de l’industrie textile et du tissage, doté de 25 milliards de livres égyptiennes, afin de moderniser et revitaliser ces secteurs. Ce plan doit être mené à terme en deux ans et demi, grâce à l’exploitation et à la valorisation des actifs.





