Perchée sur les hauteurs de Gabal Al-Tayr, une montagne escarpée surplombant le Nil à Minya, se dresse une église chargée d’histoire et de spiritualité. Ce sanctuaire ancestral est considéré comme l’un des lieux emblématiques du passage de la Sainte Famille en Égypte, lors de sa fuite pour échapper aux persécutions romaines. Selon la tradition chrétienne, la Vierge Marie, l’Enfant Jésus et la Sainte Famille auraient trouvé refuge dans cette région isolée, loin de la brutalité des soldats romains. L’église de Gabal Al-Tayr, bâtie sur ce site chargé de mémoire, demeure aujourd’hui un témoignage vivant de cet épisode fondateur, mêlant foi, histoire et légende. Au fil des siècles, le lieu est devenu un point de pèlerinage majeur, attirant fidèles et visiteurs venus se recueillir là où, selon la croyance, la Sainte Famille aurait trouvé protection. Entre falaises abruptes et silence sacré, Gabal Al-Tayr incarne ainsi un symbole de refuge, de survie et de foi, inscrit au cœur du patrimoine religieux égyptien.Egalement connu sous le nom de monastère de la Paume, le site est au cœur d’un récit profondément ancré dans la tradition chrétienne. Il est raconté que, lors du passage de la Sainte Famille au pied de la montagne, un énorme rocher faillit s’effondrer sur eux. Face au danger imminent, le Christ aurait tendu la main vers la pierre, y laissant l’empreinte de sa paume, arrêtant ainsi sa chute. C’est sur ce promontoire rocheux, chargé de symboles, que l’impératrice Hélène fit édifier le monastère en l’an 328 après J.-C.. Taillé à même la roche et dominant les alentours, l’édifice témoigne de l’essor du christianisme à l’époque impériale. Au fil des siècles, les Byzantins ont enrichi ce lieu de culte d’ornements et de fresques délicatement sculptées et décorées, conférant à son iconographie une valeur artistique et spirituelle remarquable. Aujourd’hui encore, le monastère de la Paume demeure un symbole puissant de foi et de protection divine, où la légende et l’histoire se rejoignent dans la pierre.Les récits historiques rapportent que la Sainte Famille aurait séjourné trois jours dans ce monastère, à une date hautement symbolique : le même jour que la construction de l’église de la Nativité à Bethléem, à Jérusalem. Cet épisode se situerait dans la période suivant immédiatement la fête de la Résurrection, un moment central du calendrier chrétien. Dès lors, le site est étroitement lié aux grandes célébrations religieuses. Chaque année, à l’occasion de la saison dédiée à la Vierge Marie, des milliers de fidèles affluent vers ce lieu sacré pour s’y recueillir, perpétuant une tradition multiséculaire. Entre mémoire historique et ferveur populaire, le monastère de Gabal Al-Tayr demeure ainsi un haut lieu de pèlerinage, où le temps liturgique continue de rythmer la vie spirituelle et culturelle de la région.Le directeur de l’Administration du tourisme du gouvernorat de Minya, Dr Tharwat Al-Azari, explique que cette église adopte le plan architectural basilical, caractéristique des premiers édifices chrétiens. De forme presque rectangulaire, l’édifice s’étend sur une superficie d’environ 18,10 m sur 21,60 m. L’espace intérieur est organisé en trois nefs, séparées par deux colonnades parfaitement symétriques. Chacune d’elles est composée de quatre colonnes taillées dans la roche, surmontées de chapiteaux corinthiens, témoignant d’une influence artistique classique intégrée à l’architecture chrétienne primitive. L’église abrite également une grotte sacrée, considérée, selon la tradition, comme le lieu où la Vierge Marie et l’Enfant Jésus se seraient cachés durant leur fuite hors de Palestine. Cet espace, chargé de symbolisme, constitue l’un des éléments les plus vénérés du site, renforçant la dimension spirituelle et historique de ce sanctuaire exceptionnel.Depuis l’annonce officielle par le Vatican de l’inscription de l’Egypte, et notamment du gouvernorat de Minya, sur l’itinéraire des pèlerinages de la Sainte Famille, la région a connu une dynamique de développement sans précédent afin d’être pleinement prête à accueillir les pèlerins venus du monde entier. Un vaste programme de restauration et de mise en valeur du site a été mis en œuvre en deux phases successives. La première étape a porté sur la réhabilitation des murs et des toitures de l’église, ainsi que sur la restauration architecturale et structurelle de la tour-clocher, dans l’ensemble de ses niveaux, afin d’en assurer la stabilité et la pérennité. La seconde phase s’est concentrée sur des interventions plus fines et patrimoniales. Elle a notamment concerné la restauration des arcs du mur nord, le renforcement des murs porteurs de la voûte, ainsi que le remplacement d’une mosaïque contemporaine, réalisée en 1987 et située sur le mur oriental à l’entrée sud de l’église. Cette dernière a été substituée par une nouvelle mosaïque retraçant le voyage de la Sainte Famille, conçue dans un esprit résolument patrimonial, respectant les codes esthétiques et artistiques de l’art copte, afin de redonner au lieu son authenticité historique et spirituelle. Le sanctuaire de l’église se présente sous la forme d’une chambre creusée à même la roche, abritant l’autel, cœur liturgique de l’édifice. De part et d’autre de l’autel, deux pièces latérales complètent cet espace sacré, conformément à l’organisation traditionnelle des églises coptes anciennes. Attenante au sanctuaire, du côté sud, se trouve la grotte, considérée comme le lieu où la Sainte Famille aurait séjourné pendant trois jours au cours de son périple en terre égyptienne. Étroitement liée à l’espace liturgique, cette grotte renforce la dimension spirituelle du site, en incarnant à la fois un refuge, un lieu de prière et un témoignage vivant du passage de la Sainte Famille en Egypte.





