L’amour occupe une place centrale dans notre imaginaire collectif. Il est présenté comme le socle absolu du couple, la condition suffisante pour traverser les épreuves et assurer la pérennité de la relation. Pourtant, l’expérience comme la recherche psychologique convergent vers un constat plus nuancé : l’amour est indispensable, mais il est loin d’être suffisant, à lui seul …
Par : Hanaa Khachaba

Les récits culturels et médiatiques valorisent une vision idéalisée de l’amour, fondée sur l’intensité émotionnelle et la fusion. Dans cette perspective, aimer serait synonyme de comprendre spontanément l’autre, d’éviter les conflits ou de les surmonter sans effort. Cette croyance nourrit une attente irréaliste : lorsque les désaccords surgissent, ils sont perçus comme un signe d’échec, voire comme la preuve que l’amour n’est « pas le bon ».
Or, toute relation authentique confronte inévitablement les partenaires à leurs différences : différences de personnalité, d’histoire, de valeurs, de rythmes de vie ou de besoins affectifs. Ces écarts ne sont ni des anomalies ni des fautes ; ils constituent la matière même de la relation.
Les différences, menace ou richesse ?
La véritable ligne de fracture ne réside pas dans l’existence des différences, mais dans la manière de les appréhender. Lorsqu’elles sont niées, minimisées ou instrumentalisées, elles deviennent source de tensions chroniques. En revanche, lorsqu’elles sont reconnues et intégrées, elles peuvent enrichir la relation, élargir les perspectives et renforcer le lien.
Cela suppose une posture active : accepter que l’autre ne pense pas comme soi, renoncer à l’illusion de contrôle et admettre que le couple n’est pas un espace de conformité, mais de négociation permanente.

Le dialogue, pilier invisible des relations solides
Les relations durables reposent moins sur la force du sentiment que sur la qualité du dialogue. Communiquer ne signifie pas seulement parler, mais savoir écouter sans interrompre, exprimer ses besoins sans accuser, et accueillir le désaccord sans mépris. Le dialogue agit comme un régulateur : il empêche les conflits de se transformer en affrontements et permet de réparer les blessures émotionnelles avant qu’elles ne s’enracinent.
Le respect mutuel, notamment dans les moments de tension, apparaît ici comme un marqueur décisif de maturité relationnelle. Ce n’est pas l’absence de conflit qui fait la solidité d’un couple, mais la manière dont ces conflits sont traversés.
Aimer ne suffit pas ?!
Les travaux du psychologue américain John Gottman confirment cette réalité. Ses recherches montrent que les couples qui durent ne sont pas nécessairement ceux qui s’aiment le plus intensément, mais ceux qui savent préserver l’estime réciproque, éviter le mépris et maintenir un climat émotionnel sécurisant. La capacité à « réparer » après un désaccord — par l’excuse, l’humour ou la reconnaissance de torts — est bien plus prédictive de la longévité d’une relation que la passion initiale.

Aimer, c’est bien… apprendre à aimer, c’est top !
Une idée largement répandue consiste à croire que l’amour véritable devrait être fluide, spontané et exempt d’efforts. Or cette vision confond le sentiment amoureux avec la compétence relationnelle. Aimer est un élan émotionnel ; faire durer une relation est un apprentissage. Cela implique du temps, de la patience, de la remise en question et parfois un accompagnement extérieur.
L’effort n’est pas l’ennemi de l’amour. Il en est le prolongement conscient et responsable.
L’amour est le point de départ, non la garantie. Ce qui fonde la solidité d’une relation, c’est la capacité à transformer les différences en leviers de croissance, à privilégier le dialogue sur le rapport de force et à maintenir le respect même lorsque l’accord est impossible. En définitive, la question essentielle n’est pas seulement « nous aimons-nous ? », mais « savons-nous construire, ensemble, un espace relationnel viable et respectueux dans la durée ? »






