Quelques secondes suffisent parfois à déclencher une controverse nationale. Le geste du sélectionneur égyptien Hossam Hassan, capté à l’issue d’un match victorieux, en est une illustration saisissante. Interprété de manière contrastée, commenté sans relâche et amplifié par les réseaux sociaux, il a ravivé un débat plus large sur la responsabilité des figures sportives, la force des symboles et le pouvoir du jugement numérique.

Par : Hanaa Khachaba
La séquence à l’origine de la polémique est brève mais explicite. Au coup de sifflet final, HossamHassan lève la main et déploie l’index et le majeur, dessinant clairement le chiffre 7 tel qu’il s’écrit en arabe (٧). Dans la culture sportive égyptienne, ce symbole renvoie à une réalité bien connue : les sept sacres de l’Égypte en Coupe d’Afrique des Nations, un record continental qui fonde une part de la fierté footballistique nationale.
Face aux réactions suscitées par cette image, le sélectionneur a tenu à préciser que son geste n’était dirigé contre aucun public ni aucune sélection. Il s’agissait, selon ses propos, d’un rappel symbolique du palmarès égyptien, exprimé dans un moment de forte émotion, sans intention de provocation ou d’offense. Une célébration, et non un message adressé à autrui.
Pourtant, cette explication n’a pas suffi à apaiser le débat. Sur les réseaux sociaux, les interprétations se sont multipliées. Certains internautes ont accueilli le geste comme une affirmation légitime de l’histoire footballistique égyptienne. D’autres y ont vu une attitude déplacée, estimant que le contexte régional et la sensibilité des tribunes imposaient davantage de retenue. Ainsi, un symbole familier s’est transformé en objet de controverse.
Cet épisode illustre un phénomène désormais central : l’intention de l’auteur ne garantit plus la maîtrise du sens. Une fois captée par la caméra et diffusée hors de son contexte immédiat, l’image devient autonome. Elle est interprétée, réinterprétée, parfois instrumentalisée, selon les émotions et les appartenances de chacun.
Dans un sport aussi passionnel que le football, où les gestes ont valeur de langage, ce décalage entre intention et perception est d’autant plus marqué. La charge symbolique du chiffre 7, pourtant évidente pour une large partie du public égyptien, a été lue ailleurs comme un message adressé, voire une provocation implicite.
La responsabilité accrue des figures sportives
Cette controverse rappelle que les responsables sportifs de premier plan ne sont plus de simples techniciens. Ils incarnent une image nationale et portent, volontairement ou non, une dimension diplomatique informelle. Chaque geste, chaque attitude est observée, disséquée et évaluée à l’aune de cette représentation.
Cela n’implique pas la négation de l’émotion, indissociable du sport, mais appelle à une conscience accrue de l’impact des symboles dans un espace public mondialisé et hypersensible.
Les réseaux sociaux, tribunaux de l’instant
L’emballement autour de ce geste doit beaucoup aux réseaux sociaux, devenus de véritables tribunaux de l’instant. La vidéo, isolée de son contexte, a circulé plus vite que les explications. L’émotion a précédé l’analyse, et le verdict a souvent devancé la réflexion. Ce fonctionnement pose une question essentielle : le débat public peut-il encore s’exercer dans la nuance lorsque l’image impose sa loi et que le temps médiatique se réduit à l’instant ?
Enfin, cette affaire rappelle combien le football demeure un espace symbolique sensible dans les relations régionales. Un geste célébrant un palmarès peut être perçu différemment selon le regard de l’autre. D’où la nécessité de préserver le sport comme terrain de compétition loyale et de respect mutuel.
Loin d’être anecdotique, la polémique autour du geste de Hossam Hassan révèle les tensions contemporaines entre symbole, perception et amplification numérique. Elle montre combien l’image, détachée de son contexte, peut produire du sens — parfois au-delà de l’intention initiale.
De nos jours, la responsabilité collective est donc double : celle des acteurs publics, appelés à mesurer la portée de leurs gestes, et celle du public, invité à réhabiliter le recul et la contextualisation. Car si le sport vit de passion, il ne peut durablement prospérer sans raison.





