Propos recueillis par: Mohamed El Sayed El Azzawy
Le rédacteur en chef du journal Le Progrès Egyptien s’est entretenu avec l’ambassadeur du Canada en Egypte, qui a livré un panorama com-plet et nuancé des relations égypto-canadiennes, mettant en lumière leur solidité historique, leur dimension stratégique et les vastes perspectives de coopération à venir.

- Soixante-dix ans de relations diplomatiques solides
L’ambassadeur a rappelé que les relations diplomatiques entre l’Egypte et le Canada remontent à près de soixante-dix ans, trouvant leur origine dans la crise de Suez de 1956. A cette époque, Lester B. Pearson, alors ministre canadien des Affaires extérieures, avait joué un rôle central dans la création de la première force multinationale de maintien de la paix des Nations Unies, initiative qui lui valut le prix Nobel de la paix.
Depuis lors, le Canada demeure engagé dans la région, notamment à travers la participation de contingents canadiens à la Force multinationale et observateurs (MFO) dans le Sinaï.
- L’Egypte, acteur régional clé et partenaire de consultation
Sur le plan géopolitique, l’ambassadeur a souligné que le Canada considère l’Egypte comme un acteur régional de premier plan. Les ministres et le Premier ministre canadiens consultent régulièrement leurs homologues égyptiens, en particulier sur les dossiers sensibles du Moyen-Orient.
Concernant la situation à Gaza, il a indiqué que le point de vue égyptien est pris en considération au plus haut niveau décisionnel canadien, précisant que la reconnaissance par le Canada de l’Etat de Palestine, annoncée en septembre dernier, a été influencée par les échanges avec ses partenaires du monde arabe, au premier rang desquels l’Egypte.
- Échanges commerciaux et potentiel inexploité
S’agissant des relations économiques, l’ambassadeur a indiqué que le volume des échanges commerciaux bilatéraux avoisine les 800 millions de dollars par an, un chiffre qui, selon lui, reste en deçà du potentiel réel des deux économies. Etant donné l’Egypte se dessine comme partenaire essentiel et crédible dans la région, le fait qu’elle accède à beaucoup de marchés et possède des ententes de libre-échange avec moult pays notamment ceux du Mercosur et les pays de l’Afrique, cela donne la possibilité d’avoir accès à ces marchés à travers l’Egypte. Pour cela, l’ambassadeur a confirmé que le Canada travaille sur les relations commerciales trilatérales. Il a mis en exergue le rôle de l’Egypte comme porte d’entrée naturelle vers le continent africain, un atout stratégique que le Canada souhaite davantage exploiter. Les deux pays étudient ainsi des opportunités de partenariats conjoints dans des pays tiers, notamment en Afrique, dans un contexte de diversification des marchés canadiens.
- Une communauté égyptienne active au Canada
L’ambassadeur a également salué la contribution de la communauté égyptienne au Canada, forte de plusieurs centaines de milliers de citoyens canadiens d’origine égyptienne, actifs dans des secteurs professionnels variés et jouant un rôle de passerelle entre les deux pays.
Il a par ailleurs souligné la présence d’environ vingt mille étudiants égyptiens inscrits dans des programmes canadiens dispensés en Egypte.
- Parcours personnel et connaissance du terrain
Evoquant son expérience personnelle, l’ambassadeur a rappelé que l’Egypte constituait son premier poste diplomatique entre 2004 et 2006, en tant qu’agent politique chargé des dossiers liés à la politique intérieure, aux droits de l’Homme et à la démocratie.
Il a décrit cette période comme particulièrement riche, marquée notamment par les élections parlementaires ayant vu l’entrée de 88 députés des Frères musulmans au Parlement, ainsi que par l’affaire Ayman Nour. Formé à l’arabe classique au Canada, il a ensuite perfectionné sa maîtrise du dialecte égyptien sur le terrain.
- Coopération culturelle et diplomatie artistique
Sur le plan culturel, l’ambassadeur a annoncé sa participation au Salon international du livre du Caire, le 31 janvier à midi, avec une présentation consacrée à Naguib Mahfouz, « Les œuvres de Naguib Mahfouz aux yeux du Canada », aux côtés de figures intellectuelles égyptiennes.
Il a également évoqué la coopération avec l’Opéra du Caire et l’accueil d’artistes canadiens de renom, citant notamment le concert de Bryan Adams prévu aux Pyramides le 13 février.
Dans le même esprit, l’ambassade du Canada soutient les échanges artistiques, facilitant notamment les tournées internationales de personnalités culturelles égyptiennes.
Dans ce contexte, il a rappelé que le personnage caricatural du nom de « Abla Fahita » s’est produit au Canada et aux Etats-Unis.
- Position canadienne sur Gaza et l’aide humanitaire
Concernant la crise humanitaire à Gaza, l’ambassadeur a affirmé que le Canada figure parmi les principaux pays contributeurs à l’aide humanitaire, avec un montant avoisinant 350 millions de dollars depuis octobre 2023.
Il a critiqué les entraves à l’acheminement de l’aide et rejeté toute proposition visant au déplacement de la population gazaouie.
Le Canada soutient par ailleurs la mise en place d’un comité de gestion local destiné à administrer Gaza en remplacement du Hamas.
Il a également souligné l’importance de mettre en vigueur la deuxième phase du cessez-le-feu.
- Une politique étrangère canadienne plus pragmatique
L’ambassadeur est revenu sur la nouvelle orientation de la politique étrangère canadienne annoncée par le Premier ministre lors du Forum de Davos. Celle-ci repose sur la défense de la souveraineté nationale et la constitution de nouveaux blocs de coopération, privilégiant une approche pragmatique fondée sur les intérêts communs, y compris avec des partenaires ne partageant pas nécessairement l’ensemble des valeurs canadiennes.
Il a également évoqué la coopération entre l’Egypte et le Canada dans le domaine environnemental, indiquant que le Premier ministre canadien avait été chargé, en tant qu’envoyé spécial du secrétaire général pour le financement de l’action climatique en 2022, de s’exprimer sur les questions liées aux changements climatiques lors de la Conférence sur le climat tenue à Charm Al-Cheikh.
- Coopération au niveau environnemental
Il a précisé que le Canada cherche à renforcer sa coopération avec l’Egypte afin de faire face aux changements climatiques et aux menaces qu’ils engendrent, notamment en apportant un appui aux agriculteurs et aux exploitants agricoles à travers l’adoption des meilleures méthodes scientifiques pour la mise en valeur de vastes superficies, tout en tenant compte des défis climatiques.
- Visites et tournées en Égypte
Il a, par ailleurs, indiqué avoir eu l’occasion de visiter plusieurs gouvernorats, dont Louxor, Minya et Alexandrie, et prévoit de se rendre à Assouan.
Il a également visité plusieurs sites emblématiques, notamment Al-Hussein, la rue Al-Moez, Bab Zuweila et la région d’Al-Azhar, des lieux auxquels il attache une importance particulière en ce qu’ils incarnent l’histoire de l’Egypte et la profondeur de sa civilisation. Il a ensuite abordé la question du tourisme, soulignant que l’Egypte et le Canada s’emploient, dans la mesure du possible, à dynamiser les flux touristiques dans toutes leurs dimensions, qu’il s’agisse du tourisme balnéaire ou du tourisme historique et culturel. Il a mentionné que l’Egypte a un bureau culturel à Montréal dans son consulat, responsable de faire la promotion du tourisme égyptien au Canada.
Le Canada de son côté facilite l’obtention des visas et les déplacements des touristes dans le contexte de la Coupe du Monde. Il affirme que le Canada collabore activement avec les responsables égyptiens en ce sens.





