
L’ambassadeur du Canada en Égypte, Ulric Shannon, a déclaré que sa découverte de l’œuvre de Naguib Mahfouz ne s’était pas limitée au fait que l’écrivain égyptien ait reçu le prix Nobel de littérature. Il a précisé que les romans de Mahfouz figuraient également parmi les cent meilleurs romans arabes, selon les critiques, ajoutant avoir eu le bonheur de lire près de quarante œuvres de l’auteur.

S’exprimant lors d’une table ronde organisée au Salon international du Livre du Caire, intitulée «Les œuvres de Naguib Mahfouz : le soft power de l’Égypte vu à travers le regard d’un diplomate canadien», l’ambassadeur a expliqué que son parcours avec la langue arabe avait débuté en 2004, lors de son arrivée pour la première fois à l’aéroport international du Caire, à l’occasion de sa nomination comme troisième secrétaire. Sa première rencontre avec Mahfouz s’est faite à travers la lecture de la Trilogie, dans sa traduction anglaise. Ulric Shannon a poursuivi en confiant qu’il pensait alors s’être rapproché de l’univers de Naguib Mahfouz. Cependant, après une année passée en Égypte, il a pris conscience que les traductions — aussi excellentes soient-elles — ne parvenaient pas à restituer pleinement la beauté du style, ni l’âme du Caire, ni la richesse de l’Égypte et de ses habitants, avec toute leur générosité et leur profondeur. C’est à ce moment-là, a-t-il expliqué, qu’a commencé sa véritable aventure avec l’apprentissage de l’arabe dialectal, convaincu que Mahfouz ne se lit pas seulement, mais se vit.L’ambassadeur a souligné que son voyage avec Naguib Mahfouz ne s’était pas arrêté aux pages des romans, mais s’était étendu à sa vie quotidienne, jusqu’à développer une véritable passion pour les croissants en cuivre surmontant les dômes des mosquées. Une passion telle que son épouse a tenu à en décorer sa résidence lorsqu’elle occupait le poste d’ambassadrice du Canada en Algérie, tandis que d’autres pièces ont trouvé leur place au domicile familial au Canada, comme si l’univers de Mahfouz avait trouvé un refuge durable jusque dans les contrées les plus lointaines de l’Occident.Dans son intervention, Ulric Shannon a affirmé que Naguib Mahfouz avait su préserver à l’Égypte une place singulière sur la carte de la littérature mondiale, une place que ni le temps ni l’espace ne sauraient limiter. Ses œuvres ont traversé les frontières avec la même sérénité que le Nil, pour s’ancrer dans la mémoire de lecteurs issus de cultures diverses, démontrant ainsi la véritable essence du soft power.Il a estimé que, de la même manière qu’Oum Kalthoum est devenue, par sa voix, la quatrième pyramide de l’Égypte, et que Mohamed Salah est reconnu comme The Egyptian King, Naguib Mahfouz, dans toute son humilité, demeure le Nil de la littérature : le fleuve qui a porté le récit égyptien jusqu’au monde entier, et le visage culturel de l’Égypte qui ne disparaît jamais des bibliothèques du monde, quelle que soit la distance entre les capitales.Cette table ronde s’inscrivait dans le cadre des activités de la Journée du Canada au Salon international du Livre du Caire. Le programme comprend également deux autres rencontres littéraires, avec la participation de l’écrivaine égypto-canadienne Dr May Telmissany, dans une conférence intitulée «Mille façons de voyager… le voyage canadien», ainsi qu’une autre table ronde intitulée « Écrire Le Caire à travers des regards multiples », avec la participation de l’écrivain Yasser Abdel Latif.





