Au Salon international du livre du Caire, les ouvrages signés par des blogueurs et créateurs de contenu attirent une nouvelle génération de lecteurs. Des files d’attente se forment devant les stands où figurent des noms devenus familiers sur les réseaux sociaux, comme Kenzy Madbouly ou Mirna El Helbawi, illustrant une transformation profonde du rapport entre le public, l’écriture et l’édition.
Par Marwa Mourad
Une nouvelle passerelle entre le numérique et le papier
Longtemps considérés comme des espaces distincts, le monde du digital et celui de l’édition se croisent désormais dans les allées du Salon. Les blogueurs, suivis par des centaines de milliers d’abonnés en ligne, franchissent le pas du livre imprimé, transformant leurs récits personnels, chroniques sociales ou réflexions intimes en ouvrages destinés aux librairies et aux salons culturels.
Cette évolution répond à une attente claire : pour de nombreux jeunes lecteurs, le livre devient une extension tangible d’une relation déjà construite sur les réseaux sociaux. Lire un auteur que l’on suit au quotidien crée un sentiment de proximité et de confiance qui renouvelle l’expérience de la lecture.
Des voix féminines au cœur du phénomène
Parmi les figures les plus visibles de cette tendance, Kenzy Madbouly et Mirna El Helbawi occupent une place particulière. Leurs ouvrages, souvent centrés sur les émotions, les relations humaines, la construction de soi et les défis de la jeunesse contemporaine, trouvent un large écho auprès d’un public majoritairement jeune et féminin.
Le succès de ces livres ne repose pas uniquement sur la notoriété en ligne de leurs autrices, mais aussi sur leur capacité à traduire en mots simples et directs des préoccupations partagées : quête d’identité, pression sociale, amour, échec et résilience.
Des séances de dédicaces devenues des événements
Au Salon du Caire, les rencontres avec ces auteurs issus du web prennent parfois l’allure de véritables événements culturels. Les séances de signature attirent des foules importantes, mêlant lecteurs, abonnés et curieux. Photos, échanges rapides, messages personnels inscrits sur la première page : le livre devient aussi un souvenir, un objet émotionnel autant que culturel.
Pour les éditeurs, ce phénomène représente une opportunité stratégique. Miser sur des auteurs déjà suivis en ligne permet de toucher un public élargi et de renouveler les circuits traditionnels de promotion du livre.
Une redéfinition du paysage littéraire
L’émergence des blogueurs-auteurs au Salon du livre du Caire témoigne d’un changement plus large dans le paysage culturel égyptien. Elle pose aussi des questions sur la notion de légitimité littéraire, la place de la critique et l’évolution des goûts du public.
Entre enthousiasme et débats, une chose est certaine : ces nouveaux visages de l’édition contribuent à ramener une partie de la jeunesse vers le livre, transformant le Salon en un espace où se rencontrent générations, formats et langages.
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Le Salon du livre du Caire, un record et un symbole culturel
Le vendredi 30 janvier 2026, le Salon international du livre du Caire a enregistré une affluence exceptionnelle avec plus de 807 000 visiteurs en une seule journée. Ce chiffre confirme son statut parmi les événements culturels les plus fréquentés au monde et met en lumière le lien profond entre les Égyptiens et la culture du livre.
Le total des visiteurs depuis l’ouverture de cette édition a dépassé les 4,5 millions, plaçant le Salon du Caire aux côtés des grandes références internationales, notamment celui de Francfort, en matière de fréquentation publique.
Au-delà des chiffres, l’événement se distingue par la diversité de son public. Des familles venues de toutes les régions d’Égypte, des étudiants, des employés et des enfants partagent le même espace culturel, souvent après avoir parcouru de longues distances et consenti des efforts personnels pour assister aux activités, acheter des livres ou participer aux rencontres.
Fondé en 1969 par Tharwat Okasha et Souheir Al-Qalamawy, à l’occasion du millénaire du Caire, le Salon s’inscrit dans une tradition ancienne de valorisation du savoir et de la lecture en Égypte.
Aujourd’hui, il est devenu un véritable festival culturel, mêlant littérature, débats, musique et activités familiales, offrant un espace de rencontre et de cohésion sociale. L’image de milliers de visiteurs réunis pour la prière du vendredi au cœur du Salon a symbolisé cette capacité unique à rassembler autour de valeurs communes, faisant du livre un vecteur de lien, d’identité et d’ouverture sur le monde.





