Par : Samir Abdel Ghany

Mon ami, l’artiste Yasser Gueissa, m’a invité à parler de son exposition « Consumériste » dans une émission télévisée. Avant d’y aller, j’avais lu tout ce qui avait été écrit à son sujet. Par hasard, je suis tombée sur un ancien numéro du magazine Caricature : on y trouvait deux pages signées de l’artiste en 1994, intitulées « Harafich » — son projet de fin d’études — salué par le grand artiste Mostafa Hussein, qui le présentait alors comme une nouvelle étoile du monde de la presse.En entrant dans la salle d’exposition, je me suis souvenu d’une phrase du doyen des caricaturistes, Ahmed Toghan :« Si j’avais seulement cinq artistes possédant la passion de Yasser Gueissa pour la caricature, nous aurions le plus grand magazine de caricature au monde. »Yasser — qui a dessiné pour les enfants et remporté les plus grands prix, dont le Prix culturel Sawiris — pose, dans « Consumériste », de nombreuses questions… sans jamais offrir de réponses toutes faites. Il vous place face au miroir et vous invite à répondre vous-même. Il écrit dans le livret de l’exposition :« Le taux de consommation de l’humanité a été multiplié des milliers de fois ces dernières années par rapport au passé…

Aujourd’hui, une seule personne ne consomme ce qu’une famille entière consommait autrefois… Oui, je suis un être consumériste… J’ai consommé des milliers de choses tout au long de ma vie… L’acquisition. L’acquisition de tout est-elle devenue un désir ?… Un instinct ou une voracité ? Ce n’est plus un besoin mais une frénésie… Le rythme des achats s’accélère chaque jour de manière exponentielle… La consommation ne cessera qu’avec la disparition de l’homme. »Je me tiens devant une toile représentant toutes sortes d’aliments… Mais lorsque les choses s’entassent les unes à côté des autres, le plaisir de la dégustation disparaît. Cela ressemble à un « buffet ouvert » où l’on remplit son assiette de tout sans réellement savourer quoi que ce soit. Les dessins des plats semblent presque tomber à terre, comme la nourriture qui déborde des assiettes lors des grands banquets de mariage.

Dans une autre œuvre : des jouets importés, empilés… Aucun ne ressemble à nos enfants. Comme si nous avions acheté ce qui efface les traits de notre identité. Quelle absurdité! Où sommes-nous ?Puis une troisième toile montre un amas d’appareils photo superposés : un entrepôt de souvenirs. Les belles images se sont perdues ; il n’y a plus de « doux souvenirs ». Il ne reste que le téléphone portable… et tout le monde affiche un sourire niais. Des milliers de photos s’accumulent dans la mémoire, et lorsque l’espace de stockage se sature, elles finissent dans la « corbeille ».Parmi les plus belles œuvres — à mon sens — figurent des rouleaux de journaux ficelés. On ne sait pas : n’ont-ils jamais atteint le lecteur ? Ou s’agit-il d’invendus que personne n’a lus ? Le message écrit n’est pas arrivé… ou peut-être que plus personne ne l’attend. Une autre toile saisissante, intitulée « Boîtes du trésor », vous invite à boire avec avidité afin d’élargir votre ventre pour encore plus de nourriture… n’importe laquelle. Capable de tout digérer !Gueissa possède une capacité étonnante à dessiner n’importe quel objet, quelle que soit sa complexité : vêtements, chaussures, maisons, cartons, habits négligés, déchets, tasses de café, livres… tout ce qui est simple ou compliqué… Son pinceau créatif les trace avec assurance, expérience et une joie chromatique éclatante.Mais ce qui effraie vraiment, c’est la disparition de l’être humain des tableaux. On voit la trace de ce qu’il mange, boit ou porte… mais où est-il ? A-t-il disparu ? A-t-il honte ? A-t-il compris le sens et quitté le cadre à la recherche d’un rôle véritable ?La beauté de cette exposition « Consumériste » réside dans le fait qu’elle ne se contente pas de diagnostiquer le mal… Elle vous invite à chercher la lumière en vous-même. À vous demander : jusqu’à quel point vivez-vous dans la voracité de la consommation ? Où est votre énergie spirituelle pour échapper à cette absurdité ?C’est une exposition dont les couleurs vous émerveilleront, mais qui, en même temps, vous criera au visage : cherchez le plus beau en vous… Peut-être découvrirez-vous dans la vie quelque chose de plus beau et de plus accompli que la frénésie consumériste.





