Il est des soirs où le théâtre cesse d’être un simple art de la représentation pour devenir un battement vivant, une confidence collective murmurée dans l’obscurité. À Ismaïlia, sur la scène du Palais de la Culture d’Ismaïlia, deux œuvres portées par l’élan des Clubs de théâtre ont fait vibrer le public d’une émotion sincère et profonde. Entre la quête intérieure de « Nour » et la réinvention contemporaine de « Sîrat Al-Hob », c’est toute une jeunesse qui s’est levée pour dire, avec pudeur et audace, que l’art demeure l’un des derniers refuges de la lumière et de l’amour.
Sous les plafonds altiers du Palais de la Culture d’Ismaïlia, la scène a vibré ces derniers jours d’une émotion rare. Dans le cadre des représentations des Clubs de théâtre de la saison en cours, organisées par la Autorité générale des Palais de la Culture, présidée par le général Khaled Al-Labban, la jeunesse théâtrale d’Ismaïlia a offert au public deux éclats d’âme : « Nour » et « Sîrat Al-Hob ».
Ces spectacles, produits par la Direction générale du théâtre dirigée par Samar Al-Wazir et présentés sous la supervision de la Direction centrale des affaires artistiques présidée par l’artiste Ahmed Al-Chafai, s’inscrivent dans la volonté du ministère de la Culture de porter la lumière vers les talents des régions, là où l’art surgit sans fard, avec une sincérité presque nue.
« Nour », texte d’Ahmed Tharwat et mise en scène de Khaled Taha, est une méditation sur la perte et la renaissance. L’histoire suit un romancier et peintre qui, après la mort de son épouse, choisit l’isolement comme on choisit une pénitence. Enfermé dans sa douleur, il s’abîme dans un monde clos, jusqu’à ce qu’une jeune femme énigmatique traverse le seuil de sa solitude. Avec elle, quelque chose se fissure : l’ombre recule, la conscience se réveille, et une clarté fragile recommence à circuler. La pièce, portée notamment par Rahma Mahmoud et Karim Tarek, déploie une dramaturgie profondément humaine où la lumière n’est pas un simple symbole, mais une conquête intérieure.
Le second spectacle, « Sîrat Al-Hob », écrit et mis en scène par Amir Hamza, emprunte son titre à la mythique chanson d’Oum Kalthoum, Siret El Hob. Ici, l’amour n’est pas seulement chanté : il est interrogé, déconstruit, réinventé. La pièce explore ce que signifie aimer à l’ère contemporaine, tout en tissant un fil invisible entre la mémoire collective et les élans d’aujourd’hui. La célèbre mélodie devient matière dramatique, symbole mouvant d’un sentiment qui traverse les générations sans jamais s’épuiser. Sur scène, une distribution chorale – d’Abdel Rahman Issa à Jamila Ismaïl – fait vibrer cette tension entre nostalgie et modernité.
Les deux représentations se sont déroulées sous le regard attentif d’un jury composé de professionnels du théâtre et de la critique, en présence notamment de Chérine Abdel Rahman, directrice générale de la branche culturelle d’Ismaïlia. Elles ont été présentées par l’administration des Clubs de théâtre dirigée par le metteur en scène Mohamed Taye, en collaboration avec la Région culturelle du Canal et du Sinaï présidée par Ahmed Yousri.
L’expérience des Clubs de théâtre demeure l’une des initiatives artistiques les plus fécondes du pays : moyens modestes, certes, mais ambitions vastes ; décors épurés, mais imaginaires flamboyants. Dans ces espaces, la scène redevient un lieu de rencontre authentique entre artistes et public. Et l’on comprend, à la sortie, que le théâtre n’est pas seulement un spectacle : il est une promesse – celle que, même dans l’ombre, une lumière peut surgir.





