Il suffit de quelques notes pour que l’oud révèle son âme. Sa sonorité chaude, grave et vibrante traverse les siècles, portant avec elle la mémoire musicale du monde arabe et oriental. Instrument-roi des maqâms, compagnon des poètes et des chanteurs, l’oud n’est pas seulement un objet de bois et de cordes : il est une respiration, un battement de cœur, une voix ancienne chargée d’émotion et de vérité.
Par : Hanaa Khachaba

Au fil du XXᵉ siècle, de grandes figures ont élevé l’oud au rang d’instrument soliste majeur. En Égypte et au Proche-Orient, Farid Al-Atrach demeure une référence absolue. Compositeur de génie, chanteur charismatique et virtuose incontesté, il a fait de l’oud un prolongement de son âme. Il disait avec justesse :« L’oud n’est pas un instrument que l’on joue avec les doigts, mais avec le cœur. »
Farid Al-Atrach voyait dans l’oud un langage intime, capable d’exprimer ce que les mots taisent. Il affirmait également :« Quand je tiens l’oud, je redeviens cet enfant qui parle à la vie sans intermédiaire. » Ses improvisations (taqâsîm), empreintes de mélancolie et de noblesse, ont marqué durablement l’école égyptienne et orientale.
À ses côtés, d’autres maîtres ont façonné l’histoire de l’oud. En Irak, Munir Bashir a révolutionné le jeu soliste, donnant à l’oud une dimension presque philosophique, épurée et introspective. Son héritage se prolonge aujourd’hui à travers Naseer Shamma, qui a ouvert l’oud aux scènes internationales et aux dialogues interculturels.
En Égypte, impossible d’évoquer l’oud sans citer Riyad Al-Sunbati et Mohamed El Qasabgi, deux compositeurs majeurs qui ont enrichi son langage musical et contribué à son intégration dans les grandes œuvres chantées, notamment aux côtés d’Oum Kalthoum.

Pourtant, malgré cet héritage prestigieux, l’oud lutte aujourd’hui pour sa survie symbolique. À l’ère des musiques électroniques et des rythmes instantanés, son apprentissage — long, exigeant, presque initiatique — semble aller à contre-courant. La facture artisanale, transmise de maître à apprenti, est elle aussi menacée, alors que chaque oud façonné à la main reste une œuvre unique, vivante, irremplaçable.
Mais l’oud résiste. Il survit dans les conservatoires, les cafés culturels, les festivals, et surtout dans la passion de jeunes musiciens qui le réinventent sans le trahir. Farid Al-Atrach résumait cette idée avec lucidité :« Tant que l’oud sera joué avec sincérité, il ne mourra jamais. »

Ainsi, l’oud continue de battre pour sa vie. Fragile, certes, mais profondément enraciné. Tant qu’une main respectueuse fera vibrer ses cordes et qu’une oreille attentive saura l’écouter, il restera la voix intemporelle de l’Orient — entre mémoire et renouveau.





