En 1848, après l’achèvement de la célèbre mosquée construite par Mohammad Ali Pacha au sein de la Citadelle de Saladin, un événement inattendu marque la vie quotidienne des Égyptiens : l’installation des premières conduites d’eau modernes, équipées de robinets.
À l’époque, cette invention paraît étrange, presque miraculeuse. L’eau qui jaillit d’un simple mécanisme métallique fascine autant qu’elle intrigue. Les habitants, peu habitués à ce système, n’ont même pas encore trouvé de nom pour désigner cet objet nouveau, perçu par certains comme « une merveille de la fin des temps ».
Avant le robinet : Le kouz et l’ibrik
Avant l’apparition des robinets, la méthode courante pour les ablutions (woudou’) consistait à utiliser le kouz (petit récipient) et l’ibrik (aiguière). L’eau était versée manuellement, geste traditionnel transmis depuis des générations.
L’arrivée de ces nouveaux dispositifs suscite donc des interrogations, notamment d’ordre religieux. Certains s’y opposent, estimant qu’il s’agit d’une innovation . La question se pose alors : est-il permis de faire ses ablutions avec cette nouvelle invention ?
Un débat religieux… puis une acceptation
Pendant un certain temps, la population hésite et cherche l’avis des savants. Finalement, l’usage du robinet pour les ablutions est jugé licite.
Les savants de l’école hanafite se distinguent particulièrement dans ce débat. Les érudits du madhhab hanafite considèrent rapidement que l’utilisation du robinet est permise, puisqu’elle facilite la pratique religieuse et allège la difficulté pour les fidèles. Certains vont même jusqu’à encourager la généralisation de cette innovation pour simplifier les ablutions dans les mosquées.
C’est ainsi que le peuple commence à appeler ces robinets « ḥanafiyya » (حنفية), en référence à l’école hanafite qui en avait soutenu l’usage. Le terme s’impose progressivement dans le langage courant égyptien pour désigner tout simplement… un robinet.
Une image d’histoire
Une photographie datant de 1947 montre un cheikh effectuant ses ablutions à la Mosquée Muhammad Ali. L’image illustre combien cette innovation, autrefois controversée, était devenue une évidence dans la pratique quotidienne.
Cette histoire témoigne d’un moment où modernité technique et tradition religieuse se sont rencontrées. Elle rappelle aussi comment un débat théologique a laissé son empreinte dans la langue populaire égyptienne, donnant naissance à un mot encore utilisé aujourd’hui dans chaque foyer : « ḥanafiyya ».




