Alors que les grandes puissances industrielles rivalisent pour généraliser l’automatisation et la robotique dans leurs usines, l’Égypte fait ses premiers pas dans ce secteur ultra-complexe via la startup « Raed Bots ».
Cette entreprise a annoncé son entrée dans le domaine de la conception et de la fabrication locale de robots industriels, avec pour ambition de bâtir une industrie technologique avancée qui dépasse le simple assemblage traditionnel pour développer des systèmes industriels intelligents au cœur même de l’Égypte.
Pour certains, cette nouvelle pourrait s’apparenter à l’annonce d’une simple entreprise de plus. Pourtant, la nature du secteur ciblé par « Raed Bots » change la donne, selon Aboutmsr. Il ne s’agit pas ici d’une application mobile ou d’une plateforme numérique, mais d’une industrie mondiale dominée par des géants japonais, allemands et chinois, et qui constitue l’un des piliers majeurs du futur de la production mondiale.
Des bras motorisés pilotant les usines
Les robots évoqués par l’entreprise ne sont pas des robots à l’apparence humaine comme on en voit dans les films de science-fiction, mais des bras robotiques industriels massifs qui forment la colonne vertébrale des usines modernes. Ces bras se déplacent avec une précision millimétrée et exécutent des tâches répétitives à une vitesse des dizaines de fois supérieure à celle de l’homme. Ils sont ainsi devenus indispensables dans les lignes de production automobile, l’électronique, l’électroménager et les entrepôts intelligents.
Dans les usines automobiles mondiales telles que Tesla, Toyota ou BMW, ces bras assurent la quasi-totalité du soudage et de l’assemblage des châssis métalliques. Dans l’électronique, ils installent des composants minuscules sur des cartes de circuits imprimés à des cadences effrénées, 24h/24 et sans interruption. Ils sont également devenus un élément clé de la logistique moderne, gérant le transport, le tri et la préparation des marchandises.
Jusqu’à présent, la majorité des usines égyptiennes et arabes dépendaient presque entièrement de l’importation de ces systèmes, notamment auprès de sociétés comme la japonaise FANUC, l’allemande KUKA, la suisse ABB, ou des constructeurs chinois.
Cette dépendance rendait l’automatisation extrêmement coûteuse en raison des prix indexés sur le dollar, de la complexité de la maintenance et de la disponibilité des pièces de rechange.
Briser le monopole de l’importation
C’est ici que « Raed Bots » tente de s’imposer comme une alternative locale moins coûteuse et plus adaptée aux besoins des usines de la région. L’entreprise précise qu’elle ne travaille pas en « White-label » (marque blanche) — c’est-à-dire qu’elle n’importe pas de robots chinois prêts à l’emploi pour y apposer son logo. Elle affirme développer ses technologies en interne, dans ses laboratoires au Caire, de la conception mécanique et électronique jusqu’aux systèmes de contrôle et aux logiciels boostés par l’intelligence artificielle (IA).Ce point précis représente la partie la plus complexe de cette industrie : fabriquer le bras métallique seul ne constitue pas la véritable prouesse technologique.
La difficulté réside dans la création des systèmes de mouvement de précision et des logiciels permettant au robot de comprendre son environnement et d’exécuter des tâches sans erreur ni collision.
L’entreprise souligne également que ses solutions visent à réduire le coût initial de l’automatisation d’environ 50% par rapport aux systèmes importés. Un argument de poids pour les usines égyptiennes, dont beaucoup accusent encore un retard dans l’adoption de la robotique industrielle en raison des coûts prohibitifs.
Du soudage aux entrepôts intelligents
Les robots développés s’adressent à un large éventail d’applications industrielles : soudage, pilotage de machines à commande numérique (CNC), manipulation de matériaux, emballage et automatisation d’entrepôts. Ce sont exactement les mêmes applications sur lesquelles s’appuient les usines les plus avancées au monde.
Toutefois, « Raed Bots » ne se contente pas de vendre des bras robotiques isolés. Elle propose de concevoir des solutions d’automatisation intégrées incluant les robots, les logiciels, les systèmes de contrôle et l’IA, tout en les connectant aux lignes de production existantes. Concrètement, cela signifie la création d’usines plus technologiques et moins dépendantes des processus manuels traditionnels.





