
Dans un Liban suspendu aux fils d’une crise systémique et marqué par le désengagement chronique des institutions publiques, l’action culturelle relève parfois du miracle, souvent de l’insoumission. C’est précisément dans cette brèche que s’inscrit le parcours de Sam Lahoud. Pour ce cinéaste, chercheur et universitaire, la culture n’est pas un luxe d’apparat ni un simple divertissement de salon : elle est un besoin vital, un bastion de liberté inexpugnable et une arme de reconstruction massive. Là où le chaos ambiant invite au découragement, il a choisi de faire de l’image un moteur d’action et un phare pour la jeunesse.
L’aventure commence en 1994. Depuis plus de trois décennies, Sam Lahoud déploie une identité plurielle : scénariste, réalisateur, producteur et consultant en écriture. Son œuvre, théâtrale comme cinématographique, interroge l’humain et la mémoire collective avec une acuité rare. Le monde ne s’y est pas trompé. En 2015, son long-métrage Void représente officiellement le Liban dans la course aux Oscars. En 2020, c’est au tour de C-Section de se hisser dans la prestigieuse présélection des Golden Globes de la HFPA. Entre-temps, des opus majeurs comme Meido, Jamil a Flying Soul ou Good Morning viennent ancrer sa signature dans le paysage international. Cette constance dans l’excellence lui vaudra d’être consacré à quatre reprises lors du Festival de Cannes (2018, 2019, 2022, 2026 ) par l’Arab Cinema Center parmi les 101 personnalités les plus influentes du septième art arabe.
Pourtant, réduire Sam Lahoud à ses seuls succès en salle serait passer à côté de sa véritable vocation : celle de bâtisseur de structures. Conscient qu’une industrie ne peut naître sans fondations, il crée et préside la Beirut Film Society, une association à but non lucratif qui milite pour un « Film Friendly Lebanon ». Derrière ce concept, une ambition politique et artistique : donner au pays une Lebanon Cinema City, une Commission nationale du film et un Centre du court métrage doté du premier fonds de financement national. Convaincu que le cinéma est un outil d’émancipation sociale, il fonde des festivals thématiques d’envergure, à l’instar du Beirut International Women Film Festival (centré sur l’autonomisation des femmes) et du Beirut Shorts (qualifiant pour les Oscars). Parallèlement, via le réseau My Lebanon My World, il jette des ponts indestructibles entre la diaspora libanaise et sa terre natale.
Cette audace sur le terrain s’adosse à une rigueur académique implacable. Titulaire d’un doctorat en Information et Communication de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ), il est Maître de conférences senior à la Notre Dame University – Louaize (NDU), institution où il a fondé et dirigé les départements d’arts audiovisuels et de communication. Depuis plus de vingt ans, il façonne les esprits de demain, supervise des thèses et élabore des programmes pédagogiques inclusifs pour les étudiants à haut potentiel, étendant son expertise jusqu’en Arabie saoudite et dans toute la région MENA.
Ce statut d’intellectuel de terrain lui permet de faire dialoguer l’art et l’humanitaire global. Collaborateur privilégié des grandes agences de l’ONU (UNESCO, UNICEF, PNUD, UNFPA, ONUDC), il anime des ateliers stratégiques où le cinéma devient un outil thérapeutique et politique : consolidation de la paix, éducation aux médias, citoyenneté et communication de crise.
Sam Lahoud ne se contente pas de projeter des images sur un écran ; il écrit un héritage. Par la force du plan-séquence et la noblesse de la transmission, il apporte la preuve irréfutable que le cinéma peut être, tout à la fois, le miroir profond de l’âme d’un peuple et le catalyseur du progrès d’une nation tout entière.





