
Dans le tumulte d’une époque saturée de clameurs éphémères où le sens s’étiole sous le joug de la consommation, s’élève une voix d’une intériorité rare, semblable à une confidence murmurée à l’oreille des nuages. C’est celle de Roy G. Harb. Écrivain, esthète, directeur académique et acteur de la cité, cet intellectuel libanais a choisi d’être le témoin des nuances subtiles plutôt que des titres tapageurs, excellant dans l’art d’écouter les silences et de panser, par la grâce du style, les fêlures de notre condition.
Son parcours littéraire, d’une remarquable exigence, s’articule comme une quête de réconciliation de l’homme avec son essence. Son premier opus, Qissat Omor (2011), né d’un modeste jeu littéraire, s’est mué en une exploration bouleversante d’une blessure familiale intime. Ce sillage poétique s’est approfondi avec Nasamat Al-Hanin (2014) puis Mabna Al-Ahlam (2017), des œuvres conçues non comme de simples architectures de mots, mais comme de véritables cartographies de l’âme. Harb y cultive le verbe avec la modestie des érudits, élaguant la langue comme des branches de lierre pour offrir de véritables refuges de papier à notre vulnérabilité.
Aujourd’hui, avec la parution de son quatrième roman, Le Caprice (Al-Nazwa), publié aux éditions Zamakan, son projet esthétique atteint son apogée. Déployé sur 202 pages et sublimé par un écrin visuel signé Elsa Ghaasoub Armouni, l’ouvrage explore les méandres de la psyché humaine autour d’un postulat audacieux : « Le caprice n’est point un péché, mais un instant de vérité absolue avec soi-même ». À travers la mort mystérieuse du docteur Fouad Khalifa, l’auteur tisse une toile haletante où s’entremêlent trahisons, corruption et trafic d’organes. Salué par la critique pour son écriture cinématographique raffinée, le roman captive, oscillant magistralement entre un suspense haletant et une haute portée symbolique.
Pourtant, Roy G. Harb refuse de se confiner dans la tour d’ivoire du romancier. Polyglotte émérite, il transpose sa vision humaniste au cœur de sa mission éducative. En tant que directeur de lycée, il conçoit l’administration comme un acte de dévouement et d’accompagnement, et non comme un exercice d’autorité, faisant de l’instruction un pont suspendu vers l’autre. Ce prolongement du verbe dans l’action se déploie également au sein de la municipalité de Hazmieh, où il s’implique activement. Pour lui, la parole qui ne germe pas en service citoyen demeure inachevée.
Qu’il partage ses réflexions critiques dans sa chronique « Khodni Ala Add Aklati », ou qu’il dissèque le théâtre libanais avec la ferveur d’un amoureux du compromis scénique, Harb laisse une empreinte indélébile sur la culture contemporaine. Son œuvre ne se mesure pas au nombre de ses volumes, mais à la noblesse de son encre, puisée à même le vécu. Écrivain de la conscience, Roy G. Harb écrit comme on prie : avec recueillement, gravité et la certitude que chaque phrase est un rempart contre le chaos du monde. En le lisant, nous éprouvons le sentiment poignant de rentrer enfin chez nous.





