Clin d’œil
Par : Samir Abdel Ghany
L’art de la gravure, ou art graphique et de l’impression, figure parmi les disciplines les plus complexes et fascinantes des arts plastiques. Il ne repose pas uniquement sur le talent visuel de l’artiste, mais exige également une grande précision, une maîtrise technique et une patience à toute épreuve dans le travail de matériaux aussi variés que le bois, le zinc, le cuivre ou encore le linoléum. Au cœur de la scène artistique égyptienne contemporaine, le Dr Hassan Ghanem s’impose comme l’une des figures majeures de cet univers, non seulement en tant qu’artiste à la signature singulière, mais également comme universitaire et pédagogue ayant choisi de transmettre les secrets de cet art ancestral aux nouvelles générations.
Nous avons eu la chance de faire partie de cette expérience en tant que groupe de stagiaires, composé de Hala Noamane Achour, Heba Helmy, Racha Hassan, Mona Fathy, Nevine Galal, Marina Adel, Ahmed Mohsen, Sonia Sobhi, Razan, Ahmed El-Saeedi, Wafaa El-Nachachibi et Samir Abdel Ghany. Certains grands noms du milieu artistique nous rejoignent également à l’occasion, à l’instar du Dr Ihab El-Assyouti, professeur d’art de la sculpture, et du Dr Sami El-Balchi, l’un des grands critiques d’art en Égypte. Nous en sommes aujourd’hui à notre troisième atelier, sans que l’enthousiasme et la soif d’apprendre ne faiblissent.


Dr Hassan Ghanem conjugue pratique artistique et rigueur académique. Son doctorat en art de la gravure lui a permis d’acquérir une solide maîtrise théorique et technique, qui transparaît dans ses œuvres, caractérisées par un équilibre subtil entre ombre et lumière, la puissance du trait et la profondeur de la composition. Pour lui, la surface d’impression n’est pas un simple support destiné à reproduire une image, mais un espace d’expérimentation esthétique et philosophique. Son burin ne se contente pas de marquer le métal ou le bois : il pénètre au cœur de l’idée pour donner naissance à des compositions visuelles qui évoquent le patrimoine, l’être humain et son environnement, conciliant ainsi la richesse d’une technique traditionnelle avec une vision résolument contemporaine.

Mais au-delà de son parcours personnel en tant qu’artiste, c’est dans son rôle de pédagogue que se révèle pleinement la véritable passion de Hassan Ghanem. Il a trouvé à la Galerie Dai – Atelier des Arabes pour la culture et les arts un partenaire idéal et un espace propice à la concrétisation de cette ambition. La galerie s’est imposée comme l’une des plateformes culturelles ayant contribué à insuffler une dynamique nouvelle à la scène des arts plastiques en Égypte. Grâce à sa collaboration avec Hassan Ghanem, ses espaces se transforment en ateliers vivants où la gravure et l’impression sont enseignées à travers une approche à la fois académique et pratique. L’un des premiers objectifs du professeur consiste à briser la barrière de l’appréhension qui entoure souvent cet art. Les jeunes artistes peuvent en effet être intimidés par la complexité de ses différentes étapes techniques. Hassan Ghanem s’attache alors à simplifier les procédés et à les rendre plus accessibles, permettant ainsi aux participants de découvrir progressivement les possibilités offertes par la gravure.
Sa méthode repose également sur une véritable « démocratie de la création ». Pour lui, la technique ne doit jamais devenir une fin en soi, mais rester au service de l’expression artistique. Chaque participant est ainsi encouragé à affirmer sa propre personnalité, à présenter librement ses idées et à développer son univers visuel. Le rôle de l’enseignant consiste ensuite à proposer des pistes, à suggérer des modifications de composition ou quelques touches susceptibles de révéler davantage la beauté de l’œuvre et d’en approfondir l’idée. Une approche fondée sur une large marge de liberté créative, que l’artiste décrit avec humour comme une véritable démocratie dépassant les 70 % !

L’engagement de Hassan Ghanem dans l’enseignement de la gravure au sein d’une institution aussi importante que la Galerie Dai dépasse donc largement le cadre d’un simple atelier artistique. Il s’agit d’un véritable projet culturel visant à préserver cet art traditionnel de la marginalisation, voire de la disparition, à une époque où les arts numériques occupent une place toujours plus importante dans la création contemporaine.
Avec patience et dévouement, Hassan Ghanem contribue ainsi à faire émerger une nouvelle génération de jeunes artistes qui ont appris à aimer l’odeur des encres et le son des presses d’impression. La machine utilisée dans l’atelier, importée de Chine, a elle-même fait l’objet d’adaptations : l’artiste en a reproduit certaines pièces détachées et y a apporté plusieurs modifications afin d’en améliorer les performances et de l’adapter aux besoins spécifiques du travail de gravure.
Pour couronner cette expérience, un accord a été conclu avec M. Hécham Kandil afin d’organiser, en décembre prochain, une exposition consacrée aux participants aux ateliers de la Galerie Dai. Cette exposition devrait marquer une nouvelle étape dans le projet, avec le lancement annoncé de la « École de la gravure » au sein de la galerie.
À travers cette initiative, Hassan Ghanem entend redonner à la gravure la place qu’elle mérite dans le paysage artistique contemporain et lui offrir, face à la montée en puissance du numérique, une véritable « bouffée de vie ».





