
On la retrouve au croisement de plusieurs univers : celui de l’entrepreneuriat, de l’investissement, de l’innovation et, surtout, de l’humain. Chez Karima El-Hakim, le goût pour la technologie ne se résume pas à la fascination pour les nouvelles idées. Il s’accompagne d’une conviction plus profonde : derrière chaque innovation se trouve une personne, et derrière chaque réussite entrepreneuriale, un écosystème capable de l’accompagner, de la connecter et de lui permettre de changer d’échelle.
Aujourd’hui Partner, Africa chez Plug and Play Tech Center, où elle pilote les activités d’investissement, la croissance et la stratégie du groupe sur le continent, Karima El-Hakim a progressivement construit un parcours qui dépasse les frontières d’un métier ou d’un secteur. Son ambition semble moins être de collectionner les titres que de créer des passerelles entre ceux qui ont une idée et ceux qui peuvent lui donner les moyens de devenir une réalité.
Son parcours commence en Égypte, avec une formation à l’American University in Cairo, où elle obtient un diplôme en Business Administration avec les plus grands honneurs, avant de poursuivre ses études en France à Sciences Po, où elle se spécialise dans le Market Intelligence and Research. Une double expérience qui lui permet de conjuguer compréhension des marchés, analyse et ouverture internationale.
Mais son itinéraire professionnel ne suit pas une ligne toute tracée. Avant de devenir l’une des figures de l’écosystème entrepreneurial égyptien et africain, elle évolue dans plusieurs environnements, notamment au sein d’Orascom Development Holding, de Fawry et de Falak Startups. Ces expériences lui permettent de comprendre progressivement les différentes dimensions qui façonnent une entreprise : le marché, le financement, la croissance, mais aussi les hommes et les femmes qui portent les projets.
C’est dans cet univers qu’une conviction va peu à peu s’imposer : accompagner un entrepreneur ne consiste pas uniquement à lui apporter des capitaux. Il faut également lui ouvrir des portes, lui donner accès aux bons réseaux, aux bonnes compétences et aux bons partenaires. Autrement dit, il faut construire l’écosystème autour de lui.
Cette philosophie trouvera une nouvelle expression avec son arrivée chez Plug and Play Tech Center. Elle fait partie de l’équipe qui contribue au lancement de la plateforme en Égypte et devient ensuite Country Director. Dès ses premières années au sein de l’organisation, son travail s’inscrit dans une logique d’ouverture : rapprocher les startups des grandes entreprises, des investisseurs et des institutions, tout en favorisant leur accès aux marchés et aux réseaux internationaux.
Loin de considérer l’entrepreneuriat comme un phénomène réservé au Caire, Karima El-Hakim défend également une vision plus inclusive de l’innovation. Pour elle, le talent ne se concentre pas dans quelques quartiers ou quelques grandes villes. Il existe partout, à condition de créer les conditions permettant à ceux qui le portent de se faire connaître et de grandir.
Cette conviction prend notamment forme à travers le programme Aswan Bootcamp, lancé avec l’ITIDA, Plug and Play et leurs partenaires. L’objectif était de rapprocher les jeunes entreprises technologiques de Haute-Égypte des compétences, des réseaux et des opportunités de financement dont elles ont besoin. « Construire des ponts plus longs et plus solides entre Assouan et le reste du monde », sans passage obligé par la capitale : l’ambition résume une conception de l’innovation qui cherche à dépasser les frontières géographiques.
Le programme a depuis produit des résultats concrets. Lancé en novembre 2024 pour accompagner une soixantaine de startups technologiques de Haute-Égypte, il a suscité plus de 150 candidatures et permis, selon les données publiées lors de sa clôture, de contribuer à un volume d’environ 200 millions de livres égyptiennes d’investissements dans les startups participantes. Karima El-Hakim y était alors présentée comme Partner Africa de Plug and Play Tech Center.
Son regard s’est ainsi progressivement élargi : de l’Égypte vers l’Afrique, et de l’accompagnement de startups individuelles vers la construction d’écosystèmes à l’échelle d’un continent.
Cette évolution professionnelle n’est pas anodine. Elle traduit une manière particulière de concevoir le leadership. Diriger, pour Karima El-Hakim, ne semble pas signifier être au sommet d’une pyramide, mais plutôt se situer au centre d’un réseau de relations, de talents et d’opportunités. Son rôle consiste à faire circuler les idées, les capitaux, les compétences et les ambitions.
Cette approche s’accompagne d’un intérêt particulier pour l’inclusion des femmes dans l’entrepreneuriat et la finance. En tant qu’angel investor, elle soutient notamment des entreprises dirigées par des femmes ainsi que des initiatives visant à renforcer leur présence dans les secteurs financiers et entrepreneuriaux.
Derrière la dirigeante et l’investisseuse apparaît ainsi une personnalité pour qui la réussite individuelle n’a de véritable portée que lorsqu’elle produit un effet collectif. Une startup qui grandit crée des emplois, inspire d’autres entrepreneurs et contribue à transformer la perception que l’on peut avoir de son environnement. Un réseau qui se développe ouvre à son tour la voie à de nouvelles idées.
C’est peut-être cette capacité à penser au-delà du résultat immédiat qui caractérise le mieux Karima El-Hakim. Elle ne regarde pas seulement ce qu’une entreprise est aujourd’hui, mais ce qu’elle pourrait devenir demain si elle trouvait le bon partenaire, le bon marché ou le bon investisseur.
Son parcours rappelle ainsi que l’innovation ne naît pas uniquement dans les laboratoires ou derrière les écrans. Elle naît aussi dans les rencontres, les conversations, les connexions et les passerelles que certains choisissent de construire.
De l’Égypte à l’Afrique, Karima El-Hakim poursuit précisément cette mission : rapprocher les talents des opportunités et transformer les écosystèmes en véritables moteurs de croissance.
Car derrière l’investisseuse, la dirigeante et la spécialiste des startups se dessine finalement une autre identité, plus essentielle encore : celle d’une bâtisseuse. Une femme qui a choisi de ne pas seulement chercher sa propre place dans le monde de l’innovation, mais de contribuer à créer davantage de places pour ceux qui viendront après elle.





