Le ministre de l’Agriculture et de la Bonification des terres, Alaa Farouk, a présenté au Forum Égypte 2026 les résultats des politiques de développement agricole. Le pays ambitionne de porter ses superficies agricoles à plus de 12 millions de feddans et ses exportations agricoles à plus de 10 millions de tonnes d’ici à 2030.
En présence du Président Abdel-Fattah Al-Sissi et du Premier ministre, Dr Moustafa Madbouli, Alaa Farouk a participé à la session « Sécurité alimentaire et hydrique… défis d’aujourd’hui et garanties pour l’avenir », organisée au troisième jour du Forum Égypte 2026.
La rencontre a réuni notamment les ministres de l’Approvisionnement et du Commerce intérieur, Chérif Farouk, et des Ressources hydriques et de l’Irrigation, Hani Sweilam, ainsi que Bahaa Al-Ghannam, président de l’Agence « Avenir de l’Égypte » pour le développement durable, aux côtés de représentants du Parlement, du monde universitaire et des organisations professionnelles.
Les échanges ont porté sur les efforts engagés depuis 2014 pour renforcer la sécurité alimentaire, étendre les superficies agricoles, améliorer le ciblage des aides et consolider les réserves stratégiques et les capacités de stockage.
Alaa Farouk a expliqué que la politique agricole reposait sur cinq axes : l’extension des terres cultivées, l’amélioration des rendements et des variétés, le développement des productions animales, avicoles et halieutiques, le renforcement de la compétitivité des exportations, ainsi que la modernisation du conseil agricole et la transformation numérique.
Selon le ministre, la superficie agricole a atteint environ 10,5 millions de feddans, contre neuf millions en 2014, soit une progression de 1,5 million de feddans. Cette extension résulte des projets de mise en valeur des terres, associés au développement des techniques agricoles modernes et de l’irrigation intelligente.
L’objectif est de dépasser 12 millions de feddans à l’horizon 2030, grâce à la coopération entre le ministère, l’Agence « Avenir de l’Égypte » et les grands projets nationaux. Cette démarche comprend la fourniture d’intrants, l’assistance technique, l’étude de l’aptitude des sols à la culture et la création de stations de mécanisation agricole.
Parallèlement, l’amélioration des rendements et des rotations a porté la superficie cumulée des cultures à 17,5 millions de feddans, contre environ 15 millions en 2014. Cet indicateur tient compte des cultures successives pratiquées sur une même parcelle au cours de l’année.
Alaa Farouk a fait état d’une hausse du rendement du blé, passé de 14 à 20 ardebs par feddan. Celui du maïs est passé de deux à trois tonnes, celui de la betterave sucrière de 30 à 45 tonnes et celui du riz de 2,5 à 4,5 tonnes par feddan.
Le ministre a attribué ces progrès notamment à la sélection de variétés plus productives, moins consommatrices d’eau et plus résistantes aux changements climatiques. Il a indiqué que 77 variétés de grandes cultures stratégiques avaient été créées et enregistrées en 2026, contre 28 en 2014, avec un objectif de 100 variétés en 2030.
Depuis 2020, 51 variétés de cultures maraîchères ont également été développées et enregistrées. Le ministère entend porter ce nombre à plus de 60 d’ici à 2030. Des partenariats avec le secteur privé accompagnent cette politique, notamment à travers la création de la société de l’Alliance arabe pour la production de plants de pommes de terre et de la société « Arco », spécialisée dans la création et la commercialisation d’hybrides locaux.
Les pratiques permettant d’économiser l’eau occupent également une place croissante. Les superficies concernées par la culture sur planches surélevées, le nivellement au laser, l’apport de gypse agricole ou le travail profond du sol sont passées de 836 000 feddans en 2014 à 2,4 millions en 2026. L’objectif est d’atteindre 3,4 millions de feddans en 2030.
Le parc de machines et d’équipements agricoles évoqué par le ministre est, pour sa part, passé de 3 500 unités en 2024 à 4 000 en 2026, avec une cible de 5 000 unités à la fin de la décennie.
Pour encourager les agriculteurs à développer les cultures stratégiques, l’État a relevé les prix d’achat. Entre 2014 et 2026, le prix de l’ardeb de blé est passé de 420 à 2 500 livres égyptiennes, celui de la tonne de betterave sucrière de 275 à 2 000 livres et celui de la tonne de canne à sucre de 400 à 2 500 livres.
Selon Alaa Farouk, ces mesures ont contribué à améliorer la rentabilité des exploitations et à stimuler la production nationale. La récolte de blé a ainsi atteint 11 millions de tonnes en 2026, contre 8,7 millions en 2014, avec un objectif de 12,5 millions de tonnes en 2030.
Sur la même période, la production de betterave sucrière est passée de 11 à 17 millions de tonnes, celle de pommes de terre de 4,6 à 10 millions et celle d’oignons de 2,3 à 4,6 millions. Le ministre a également signalé une progression des productions de fèves, de soja, de sésame, d’arachides et de tomates.
Concernant l’élevage, la production de viande rouge a augmenté de 440 000 tonnes en 2014 à 600 000 tonnes en 2026. Le taux d’autosuffisance est passé de 44 % à 60 %. Le ministère vise une production de 700 000 tonnes et un taux d’autosuffisance de 70 % à l’horizon 2030.
La production de lait frais a atteint sept millions de tonnes, contre 4,4 millions en 2014, permettant, selon le ministre, de couvrir les besoins nationaux en lait frais. L’objectif est de porter ce volume à huit millions de tonnes pour soutenir également la transformation industrielle, notamment la fabrication de lait en poudre.
Alaa Farouk a indiqué que des opérations d’insémination artificielle avaient concerné environ 8,7 millions de têtes de bétail, avec un taux de réussite de 50 à 60 %, contribuant à l’amélioration génétique d’environ 4,5 millions de têtes issues des races locales.
La production avicole est passée de 1,3 à 2,3 millions de tonnes entre 2014 et 2026, portant le taux d’autosuffisance de 80 % à 98 %. La production de poissons a, quant à elle, progressé de 1,5 à 2,1 millions de tonnes, avec un taux d’autosuffisance passé de 84,6 % à 93,5 %.
Le ministère poursuit le financement de l’amélioration des races et le soutien aux petits éleveurs. Le projet national d’élevage et d’engraissement des veaux, qui propose des prêts bonifiés à 5 %, a mobilisé plus de 11,5 milliards de livres au profit de plus de 46 000 bénéficiaires.
Dans la filière avicole, les mesures portent sur la mise à disposition de terrains répondant aux exigences de biosécurité, la simplification des autorisations et la rénovation des élevages anciens grâce à des prêts à 5 %. Elles comprennent aussi l’approvisionnement en aliments et en sérums vétérinaires, ainsi que l’enregistrement d’établissements isolés et indemnes de maladies, afin de favoriser les exportations.
Le ministre a également évoqué le soutien à l’aquaculture intensive et l’ouverture au secteur privé de possibilités de gestion d’installations publiques, pour améliorer leur exploitation et leur production.
Sur le plan commercial, les exportations agricoles ont atteint 9,3 millions de tonnes en 2026, contre 4,3 millions en 2014. Le gouvernement souhaite dépasser dix millions de tonnes d’ici à 2030.
Les produits agricoles égyptiens sont présents sur 160 marchés étrangers. Selon Alaa Farouk, le développement de l’agriculture biologique, l’enregistrement des exploitations dans le système de traçabilité et le respect des normes de sécurité sanitaire ont renforcé leur compétitivité. Les superficies couvertes par ce système d’identification atteignent environ 280 000 feddans.
Le ministre a indiqué que les exportations de produits agricoles frais et transformés représentaient 11,5 milliards de dollars. Il a également affirmé que l’Égypte occupait le premier rang mondial pour les exportations d’agrumes et de fraises surgelées, le troisième pour les fraises fraîches et le sixième pour la production de légumes, avec un volume de 24 millions de tonnes.
La modernisation du conseil agricole constitue un autre chantier majeur. Le ministère a demandé le recrutement de 5 500 ingénieurs agronomes parmi les diplômés les mieux classés, afin de renforcer l’accompagnement des exploitants et la diffusion des techniques modernes.
Leurs missions devraient comprendre le soutien à l’agriculture contractuelle, le suivi des coopératives, le contrôle des engrais et des pesticides, la protection des terres et l’identification des exploitations en coordination avec les services de quarantaine végétale. Le ministère étudie également les solutions permettant de régulariser la situation des personnes disposant de décisions judiciaires ordonnant leur recrutement.
Les chercheurs du Centre de recherche agricole et du Centre de recherche sur le désert seront aussi mobilisés à travers des rencontres techniques, des parcelles de démonstration et des campagnes nationales de vulgarisation.
Sur le volet numérique, Alaa Farouk a annoncé que le nombre de cartes d’agriculteur était passé de 320 000 en 2014 à 4,4 millions en 2026. Ce dispositif vise notamment à mieux contrôler la distribution des engrais subventionnés et à garantir leur attribution aux bénéficiaires éligibles.
En 2026, 5 825 coopératives agricoles ont été équipées de terminaux de paiement. Une coopération avec l’Agence « Avenir de l’Égypte », par l’intermédiaire de la société « Digital Smart Tree », accompagne également la distribution des engrais et la généralisation des paiements et encaissements électroniques.
Le ministère développe, par ailleurs, un identifiant numérique unique pour chaque parcelle agricole, quelle que soit sa superficie, relié à la carte de l’exploitant. Ce système doit prévenir les déclarations frauduleuses de surfaces, améliorer le ciblage des aides, détecter les empiètements sur les terres grâce aux satellites et affiner les prévisions de production.
Une cartographie des besoins en fertilisation a également été établie pour 16 gouvernorats. Le ministre a fait état de l’enregistrement de 143 produits organiques locaux et de l’exploitation de 13 fermes biologiques conformes aux exigences européennes d’exportation. Une plateforme unifiée de conseil agricole et des applications mobiles doivent compléter ces outils.
Pour réduire les coûts de production et la dépendance aux importations, le ministère entend aussi développer les cultures fourragères et les aliments alternatifs issus notamment des pulpes de betterave, de l’ensilage et des résidus agricoles.
Alaa Farouk a enfin rappelé la poursuite de l’initiative « Le village productif », destinée à soutenir les activités de production et de transformation adaptées aux atouts de chaque village, à créer des emplois et à renforcer l’économie rurale.
Il a souligné la coordination entre les ministères de l’Agriculture, de l’Approvisionnement et des Ressources hydriques, ainsi qu’avec l’Agence « Avenir de l’Égypte », pour conduire les grands projets de sécurité alimentaire, sécuriser les importations et ouvrir de nouveaux débouchés aux excédents de production.
Selon le ministre, l’anticipation des besoins, la mise en valeur des terres désertiques et l’amélioration des rendements ont permis d’éviter des pénuries et une dépendance accrue aux achats extérieurs, dans un contexte de croissance démographique, d’augmentation du nombre de personnes accueillies en Égypte et de crises internationales affectant les transports et les approvisionnements.





