Au Forum Égypte 2026, la ministre de la Solidarité sociale, Maya Morsi, a présenté les avancées du dispositif de protection sociale et les mesures destinées à accompagner les ménages vers l’autonomie. Le programme « Takaful et Karama » compte aujourd’hui 4,7 millions de familles bénéficiaires, tandis que les interventions se renforcent dans l’éducation, l’aide alimentaire et l’accès à l’emploi.
La protection sociale ne peut se limiter à une aide financière versée en période de crise. Elle doit aussi permettre aux familles de gagner en sécurité et de construire leur autonomie. C’est cette orientation qu’a défendue Maya Morsi, ministre de la Solidarité sociale, lors d’une session du Forum Égypte 2026 consacrée à la régulation des marchés et à l’efficacité de la protection sociale, en présence du Premier ministre Mostafa Madbouli.
La rencontre réunissait notamment le ministre des Finances, Ahmed Kouchouk, le ministre de l’Approvisionnement et du Commerce intérieur, Chérif Farouk, ainsi que le président de l’Autorité nationale des assurances sociales, Gamal Awad, aux côtés d’experts et de spécialistes.
Selon Maya Morsi, l’évolution du système de protection sociale a trouvé une traduction majeure dans la loi n° 12 de 2025 sur la sécurité sociale. Ce texte renforce le cadre législatif du programme « Takaful et Karama » et établit un lien entre les transferts monétaires, l’autonomisation économique et l’investissement dans le capital humain.
La ministre a présenté la protection sociale comme un rempart permettant d’accompagner les réformes économiques tout en préservant les ménages les plus vulnérables. Elle a rappelé que le président de la République plaçait ces familles au cœur des priorités nationales, soulignant que leur protection relevait d’un droit devant être garanti jusque dans les villages et les hameaux.
Un dispositif fondé sur la réévaluation des situations familiales
Depuis son lancement en 2015, « Takaful et Karama » repose sur un mécanisme d’admission et de sortie réexaminé chaque mois. L’objectif est d’adapter l’aide à l’évolution réelle de la situation des familles, en croisant les bases de données et les informations recueillies sur le terrain.
Le contrôle de l’éligibilité mobilise ainsi 300 commissions de vérification, 1 000 agents et 320 services sociaux à travers le pays. À ce dispositif s’ajoutent 15 000 agentes de proximité, chargées chacune de 100 visites mensuelles, soit près de 1,5 million de visites à domicile par mois. Quelque 2 000 comités de suivi citoyen, réunissant 25 000 membres, participent également à la supervision du programme.
Le nombre de familles bénéficiaires est passé de 1,7 million en 2015 à 4,7 millions actuellement. Sur l’ensemble de son existence, le programme a couvert 8,3 millions de familles. Plus de 2,2 millions en sont sorties à la suite d’une amélioration de leur situation sociale, a indiqué la ministre, précisant qu’aucune famille ne figurait actuellement sur une liste d’attente.
L’éducation et la santé au cœur de l’accompagnement
L’égalité des chances dans l’éducation constitue un autre axe de l’action ministérielle. Les 44 unités de solidarité sociale implantées dans les universités accompagnent les étudiants issus des ménages les plus fragiles. Une aide au paiement des frais universitaires a ainsi été accordée à 149 000 étudiants.
Le ministère fait également état de bourses annuelles destinées à 10 800 étudiants aveugles dans les universités publiques, de services d’interprétation en langue des signes pour 4 186 étudiants sourds ou malentendants et de la fourniture d’appareillages et d’aides techniques à 49 201 personnes en situation de handicap.
Pour les élèves, l’initiative « Bokra El-Madrassa » — « Demain, l’école » — a permis de soutenir 243 296 enfants par la distribution de cartables ou la prise en charge de frais de scolarité, en coopération avec le Fonds de soutien aux projets associatifs et la fondation Misr El-Kheir. Parmi eux figurent 3 146 élèves en situation de handicap et 3 168 orphelins.
L’initiative a aussi contribué à la remise à niveau de six écoles accueillant 2 598 élèves, à la fourniture de 100 places assises et de 2 000 uniformes scolaires, ainsi qu’à la réalisation de 7 300 examens médicaux.
Dans le domaine de l’alphabétisation, le ministère indique que l’initiative « Pas d’analphabétisme avec Takaful » a touché 1 425 828 familles, soit 33,4 % des familles concernées.
Après onze années de mise en œuvre, le programme affiche également des résultats dans le suivi sanitaire et scolaire. Selon les chiffres présentés, le respect des conditions de suivi médical des mères et des enfants, comprenant la vaccination et la surveillance de la croissance, atteint 92 %. L’assiduité scolaire des enfants concernés est, quant à elle, d’au moins 94 % pour l’année 2025-2026.
Une aide alimentaire mieux coordonnée
La ministre a par ailleurs dressé le bilan de la plateforme « Ahl El-Kheir », lancée en janvier 2025 pour coordonner les interventions alimentaires, renforcer leur gouvernance et en suivre la qualité.
Le dispositif rassemble plus de 1 574 partenaires associatifs et plus de 2 001 points d’intervention alimentaire, auxquels s’ajoutent plus de vingt points fixes et mobiles relevant d’« El-Mahroussa ». Il mobilise environ 300 000 bénévoles à l’échelle nationale.
Depuis son lancement, la plateforme a comptabilisé plus de 313,5 millions d’interventions alimentaires, selon le ministère. Elle a également permis de créer quelque 70 000 possibilités d’emploi pendant le ramadan 2026.
De l’aide financière à l’activité productive
Pour Maya Morsi, la prochaine étape consiste à renforcer les parcours conduisant de l’aide à l’emploi et à la production. Cette démarche s’appuie notamment sur le dispositif financier stratégique pour l’autonomisation économique, institué par la décision du Premier ministre n° 3535 de 2025.
Piloté par le ministère de la Solidarité sociale, ce dispositif réunit 56 organismes partenaires, dont quinze entités publiques. Il vise à relier les services financiers, bancaires et assurantiels à une base de données unifiée des bénéficiaires, tout en proposant un accompagnement diversifié : microfinancement, épargne, crédit, formation, insertion professionnelle et commercialisation des produits.
Des projets sectoriels doivent également soutenir les cultures stratégiques, renforcer la sécurité alimentaire et développer des activités industrielles fortement créatrices d’emplois.
L’élargissement de l’accès aux services passe notamment par la coopération entre la Banque sociale Nasser et la Poste égyptienne. La banque, qui dispose de 97 agences, pourra s’appuyer sur un réseau postal de plus de 4 700 points de service pour atteindre davantage de villages. Une phase pilote a commencé dans certains bureaux de poste et services de solidarité sociale.
Le ministère mise aussi sur l’activation du Fonds de soutien aux industries rurales et environnementales et de revitalisation rurale, ainsi que sur la plateforme numérique « Tamkeen », destinée à l’enregistrement des projets.
L’accès aux marchés constitue un autre volet de cet accompagnement. Le nombre d’expositions « Dyarna », consacrées à l’artisanat et aux savoir-faire traditionnels, a atteint 164, dans le cadre d’un soutien à plus d’un demi-million de familles productrices. Des exposants ont également participé à des manifestations en Italie, en Inde, en France, en Arabie saoudite, au Qatar, au Maroc et à Bahreïn. Le ministère travaille désormais à la création d’un espace permanent pour « Dyarna ».
Enfin, la ministre a évoqué un projet soutenu dans le gouvernorat du Fayoum visant à offrir 2 000 emplois décents à des femmes issues de familles bénéficiaires de « Takaful et Karama ». Il prévoit de réserver 5 % des postes aux personnes en situation de handicap et de mettre une crèche à la disposition des mères salariées. Plus de 120 000 petits agriculteurs ont par ailleurs été accompagnés dans le cadre de l’initiative « Ezraa », notamment pour la culture du blé.





