Le départ du président de la Bundesbank marque l’entrée véritable de l’Allemagne dans la zone euro. La page d’une monnaie désinflatée et forte est définitivement tournée. Il s’agit désormais de constituer une fédération fiscale et budgétaire européenne digne d’une monnaie commune, rapporte l’Echo, le 2 Novembre 2021.
La démission du président de la Bundesbank, Jens Weidmann, n’est pas une information : c’est un événement. Car Weidmann est l’homme qui a tenu le bouclier de l’euro fort contre les vicissitudes de la conjoncture. Il voulait une monnaie absolue, protestante et désinflatée. L’euro est désormais un rapport d’échange européen tandis que l’Allemagne connaît le plus haut taux d’inflation depuis trois décennies dans un contexte de taux d’intérêt négatif. L’Allemagne va enfin rejoindre la zone euro.
Près de 30 ans après la signature du Traité de Maastricht, l’euro aura été le témoin d’un basculement monétaire sans précédent. Et pourtant, ce ne sont là que les prémices d’une révolution financière. En effet, cette monnaie, encore adolescente à l’aune de l’histoire numismatique, vient de subir un gigantesque assouplissement quantitatif. Après la crise grecque – qui dévoila le risque du sabordage monétaire –, la BCE doit désormais purger l’excédent de dettes publiques par un réescompte de ces dernières. Il s’agit, entre autres, de créer de la monnaie pour éviter que ces dettes publiques en croissance assèchent l’épargne privée européenne. L’abondance de la monnaie créée contribue à la crédibiliser.
L’action de la BCE est fondée et légitime. Elle est néanmoins aux antipodes de la conviction originelle allemande qui reposait sur le financement de l’endettement public par de l’épargne déjà constituée, et non pas au travers de la création de monnaie. C’est incidemment à ce niveau que se situait dès sa création, l’hiatus de la zone euro, à savoir le manque de consensus sur les modalités de la politique monétaire entre les pays dont les devises ont été unifiées. On distinguait alors, au niveau européen, deux courants de pensée. Pour certains, une politique d’inflation minimale était un objectif de référence, avec son corollaire de politique budgétaire léthargique, voire désinflationniste, caractérisée par un chômage élevé. Pour d’autres, l’inflation ne devrait pas être un obstacle tant qu’elle n’atteignait pas des niveaux inquiétants.
La réalité a rattrapé les faucons monétaires: les politiques budgétaires ont contribué à contracter l’économie jusqu’à frôler en permanence la déflation.
L’approche monétaire contemporaine de la BCE aurait été impensable au moment de la création de l’euro, alors qu’Helmut Kohl avait promis que l’abandon du deutsche mark se ferait dans une discipline allemande, c’est-à-dire dans le respect d’une monnaie désinflatée et forte. Malheureusement, la réalité a rattrapé les faucons monétaires: les politiques budgétaires ont contribué à contracter l’économie jusqu’à frôler en permanence la déflation. À cet égard, la différence avec les États-Unis est flagrante: retenant les leçons de 1929, ce pays s’est engagé, dès 2009, dans des politiques monétaires extrêmement laxistes qui ont contribué à redresser rapidement cette économie, désormais en plein-emploi.





