Par Marwa Mourad
Le groupe sanguin est-il un facteur de risque face au Covid-19 ? Contrairement à plusieurs études et aux idées répandues, des médecins américains ont observé que les groupes sanguins n’avaient aucune influence ni sur la sévérité de la maladie ni sur le risque d’être infecté. Le débat est relancé.
Le Covid-19 peut être une maladie aussi bénigne que mortelle aux conséquences durables nécessitant une prise en charge considérable. Les médecins ont rapidement voulu savoir s’il existait des facteurs de risque génétiques ou environnementaux qui permettent de prédire la gravité de cette pathologie. Plusieurs études ont pointé du doigt le groupe sanguin comme étant l’un de ces facteurs.
En effet, des groupes de médecins chinois et américains ont chacun observé qu’il y avait plus de personnes du groupe sanguin A admis en réanimation et que le coronavirus se fixait préférentiellement sur les cellules de ces mêmes personnes. Inversement, le groupe sanguin O protégerait des formes graves de la maladie. Mais les médecins de l’Intermountain Medical Center Heart Institute de Salt Lake City, aux États-Unis, ne sont pas parvenus aux mêmes conclusions. Pour eux, le groupe sanguin n’a aucun effet positif ou négatif sur la susceptibilité au coronavirus et sur la sévérité du Covid19. Ils font part de leurs résultats dans une lettre de recherche parue dans Jama Network Open.
Facteur de risque ou non ?
À Salt Lake City, les médecins ont réalisé une étude de cas-témoins à partir de données électroniques des patients admis dans leur hôpital. Sur un total de 107.796 individus pour lesquels le statut d’infection au coronavirus, le groupe sanguin, ainsi que l’âge et le sexe ont été renseignés dans la base de données, 11.468 sont positifs au coronavirus. Les médecins ont ensuite comparé le profil de ceux ayant besoin ou non d’une hospitalisation ou non, et ceux ayant besoin ou non de soins intensifs. Comme cela a été observé depuis le début de la pandémie, l’âge est un facteur augmentant le risque d’hospitalisation. L’âge moyen des personnes hospitalisées est de 57 ans, contre 41,9 ans pour celles n’en ayant pas besoin.
Le sexe est également un facteur augmentant le risque de sévérité de la maladie : 61,8% des patients admis en soins intensifs sont des hommes. Mais aucun lien de ce genre n’a été observé pour les groupes sanguins. Parmi les infectés, la proportion de groupes O, A, B ou AB reste la même pour les personnes hospitalisées ou non, et pour celles nécessitant des soins intensifs ou non. Selon ces résultats, le type A ne constitue pas un facteur de risque d’être infecté, hospitalisé ou admis en soins intensifs en comparaison avec le type O.
Susceptibilité et gravité
D’autres études sont nécessaires pour y voir plus clair. Comment expliquer que d’autres chercheurs sont parvenus à la conclusion inverse ? Les scientifiques de Salt Lake City écrivent dans leur étude que « la taille réduite des échantillons et la nature rétrospective et observationnelle de nombreuses études antérieures, en plus de leur hétérogénéité dans les associations entre les groupes ABO et la susceptibilité et la gravité de la maladie, pourraient être dues à des variations fortuites, à un biais de publication, et à des différences du contexte génétique, de la géographie, de l’environnement, et des souches virales. » Ils considèrent ainsi que les groupes sanguins ne doivent pas être considérés comme un facteur de risque potentiel. Cela ne remet pas forcément en cause les observations de l’équipe américaine sur le fait que le coronavirus se fixe préférentiellement sur les cellules des personnes du groupe A, mais si l’on considère ces résultats, cela n’a pas d’incidence sur l’infection et la sévérité du Covid-19. Comme Rome ne s’est pas construite en un jour, la science, dans sa progression, fait parfois machine arrière. Dans le cas des groupes sanguins et du Covid-19, d’autres études seront nécessaires pour parvenir à l’explication la plus probable.
Comment connaître rapidement son groupe sanguin ?

A+, AB, O+, O-… Il existe 8 groupes sanguins différents. Ils permettent de déterminer la compatibilité sanguine entre deux personnes. Comment le connaître ? Avec ou sans prise de sang ? Quel est le groupe sanguin le plus rare ? Bien entendu, les résultats de ces quatre études sont à prendre avec des pincettes.
Autrement dit, toutes les personnes du groupe A, ne vont pas forcément être infectées par le coronavirus. Et inversement, les personnes du groupe O ne sont pas non plus immunisées contre la Covid-19. “On constate seulement un petit taux de protection ou de risque d’infection, ce qui indique clairement que plusieurs autres facteurs entrent en compte dans cette maladie.
Des recherches supplémentaires sont donc nécessaires pour établir ce lien”, commente le Docteur Sakthivel Vaiyapuri, professeur agrégé en pharmacologie cardiovasculaire et des substances vénéneuses à l’Université de Reading en Angleterre. Ces résultats pourraient donc constituer une piste de recherche supplémentaire pour l’élaboration d’un traitement ou d’un vaccin contre le coronavirus. Dans tous les cas et ce, peu importe son groupe sanguin, seul le fait de respecter les gestes-barrières permet de minimiser les risques d’infection.
La prise de sang, prescrite par votre médecin traitant, est la méthode la plus simple et la plus courante pour connaître son groupe sanguin. Après votre rendez-vous dans un laboratoire ou dans un centre médical, on vous remettra une carte de groupe sanguin sur laquelle sera indiqué si vous êtes A, B, AB ou O et le rhésus (+ ou -). Notez que vous pouvez également connaître votre groupe sanguin lors d’un don du sang.













