Dans une analyse au «Monde», le 19 avril 2022, l’économiste Michel Aglietta explique comment l’émergence des monnaies numériques de banques centrales peut rebattre les cartes du système monétaire international. La série de mesures punitives prises par l’Occident contre les institutions financières russes pourrait avoir un effet collatéral : inciter les pays émergents à se détourner un peu plus encore du dollar. Mais aussi accélérer la montée en puissance du yuan, explique l’économiste Michel Aglietta, conseiller scientifique au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii). Dans l’ouvrage qu’il copublie le 20 avril, La Course à la suprématie monétaire mondiale. A l’épreuve de la rivalité sinoaméricaine (Odile Jacob, 304 pages, 24,90 euros, avec Guo Bai et Camille Macaire), il explique comment la Chine est en passe de bouleverser le système monétaire international. La diversification des réserves mondiales de changes a déjà commencé : entre 2001 et 2021, la part du dollar y est passée de plus de 70% à 59% seulement. Le poids du yuan est encore limité, mais il monte à grande vitesse, car un certain nombre de pays cherchent à sortir de l’orbite occidentale, en particulier en Asie. Dès lors, la guerre en Ukraine va sans doute accélérer cette ascension du yuan à l’international et le déclin du dollar roi. A court terme, la Chine fera probablement attention à ne pas apparaître comme une aide immédiate et décisive pour la Russie. Toutefois, Pékin raisonne sur le long terme. Son objectif est de renforcer son autonomie et son indépendance à l’égard des EtatsUnis, notamment pour les matières premières et les nouvelles technologies. Or, la Russie exporte des matières premières et des métaux rares, qui sont justement essentiels au développement des high-tech. S’ajoute à cela le gaz de Sibérie, que Moscou pourrait un jour vendre à la Chine : il n’existe pas encore de connexion le permettant mais, d’un point de vue géographique, cela aurait du sens. Pékin le sait et, en attendant, poursuit le déploiement de sa monnaie numérique. La Chine a une longueur d’avance en la matière, puisque, durant les Jeux olympiques de février, elle a déployé son e-yuan sur tout le territoire. Elle commence maintenant à le développer à l’international, avec le projet « mBridge », une plateforme de monnaie numérique menée avec Hongkong, la Thaïlande et les Emirats Arabes Unis, qui permettra d’effectuer les paiements transfrontaliers en temps réel et à moindre coût, car sans intermédiaire.





