Plongées en pleine crise de l’énergie et face à la menace de coupures de courant, la France et l’Europe font le pari de la sobriété énergétique. Gros plan sur la France. Depuis octobre, la Ville Lumière l’est chaque jour un peu moins : extinction des éclairages à la tour Eiffel et fondu au noir sur les ChampsÉlysées avant minuit, guirlandes lumineuses de Noël sur le mode minimaliste. Crise énergétique oblige, la France égrène ses kilowattheures comme un chapelet. Alors que toute l’Europe enfile des chaussettes de laine, cette frugalité suffira-t-elle à éviter le « black-out » tant redouté cet hiver ? Les tout premiers chiffres rapportés par la firme de recherche Aurora démontrent que plusieurs pays du Vieux Continent ont réussi en août à se serrer la ceinture d’un cran. Un premier bilan classe les Pays-Bas et la Grèce en tête de la sobriété énergétique pour la fin de l’été, avec des chutes de consommation de 14 % et 13 %. L’Espagne suivait avec une baisse de 8 %, tandis que la Pologne, l’Allemagne et le Danemark présentaient de faibles diminutions de 2 à 3%. En Finlande, même l’esprit scandinave du hygge en prend pour son rhume. (…) De quoi économiser de 20 à 30 % de l’énergie avalée par cette cure thermale ! L’Autriche a mis ses vieilles voitures de train au rancart au profit de nouvelles moins énergivores. (…) En France, le plan Sobriété énergétique du gouvernement Macron a mis la barre haut : baisse des thermostats résidentiels à 19 degrés Celsius (à 18 degrés dans les bureaux de l’État), éclairage réduit de 50 % dans les commerces dès la fermeture, idem pour les enseignes des cinémas et des musées. La nuit venue, même les trésors du patrimoine architectural sont dépouillés de leurs habits de lumière. Le 23 octobre, la ministre française de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, se félicitait de voir ce plan « commencer à porter ses fruits ». (…) Pas si sûr, avance Olivier Sidler, porte-parole de l’organisme français négaWatt, qui a été appelé à conseiller l’État pour l’élaboration de son plan de sobriété énergétique. Un automne plutôt doux et la hausse fulgurante du prix de l’énergie expliqueraient en bonne partie le récent repli énergétique, pense-t-il. (…) Au plus fort de l’hiver 2021-2022, la demande énergétique en soirée a atteint 87 gigawatts en France, alors que la puissance effective actuelle du réseau français, toutes sources confondues, est estimée à 60 gigawatts. D’où l’inquiétude. (…) « En France, explique Olivier Sidler, la moitié des réacteurs nucléaires sont à l’arrêt. Avec les changements climatiques, le débit des rivières chute partout en Europe. L’erreur, c’est de n’avoir rien anticipé et d’avoir géré ça au jour le jour. » Aujourd’hui, plusieurs pays d’Europe sont au pied du mur, dit-il. « Pour nous, la sobriété reste le seul moyen d’agir sur la consommation à court terme sans investissements majeurs. » (…)





