Alexandrie, berceau des églises

Hanaa Khachaba Samedi 07 Septembre 2019-18:13:03 Chronique et Analyse
La Cathédrale Saint-Marc d’Alexandrie
La Cathédrale Saint-Marc d’Alexandrie

L’Egypte est le théâtre de nombreux récits parmi les plus connus de l’Ancien Testament. Par l'intermédiaire de Moïse, Dieu punit le pharaon égyptien pour avoir tenu le peuple hébreu en esclavage. Trahi par ses frères, le jeune Joseph connaît les affres de l'esclavage en Egypte avant de devenir vizir.

En se tournant vers le Nouveau Testament, beaucoup de gens pensent aux terres d'Israël et de Palestine, les lieux où Jésus est né et a prêché. L’Egypte, cependant, est également un lieu clef dans son histoire, un refuge sûr pour la Sainte Famille. 

L’Egypte était un terrain fertile pour les premières formes de christianisme. À partir du premier siècle de notre ère, alors que le courant religieux prenait racine et commençait à grandir, l’Egypte devint un important centre religieux, où théologiens et érudits affluaient, notamment à Alexandrie, cette ville côtière et cosmopolite.

Tour d’horizon dans trois principales églises de la ville, reconnues pour leur beauté inestimable et histoire mythique.

 La Cathédrale Sainte-Catherine d’Alexandrie, première église catholique en Egypte

La Cathédrale Sainte-Catherine d'Alexandrie est l'une des plus anciennes au monde. Son architecture et la façon dont la lumière la met en valeur au regard des autres bâtiments alentours sont resplendissantes. Ses dômes sont particulièrement sublimes. La Cathédrale Sainte-Catherine est la cathédrale catholique romaine du vicariat apostolique d’Alexandrie d’Egypte. Elle sert également d’église du monastère franciscain d’Alexandrie.

La basilique a été construite de 1847 à 1856 dans le style néobaroque, conçu par l’architecte franciscain Serafino da Baceno. Les franciscains sont présents depuis le XVIIe siècle à Alexandrie, où ils sont particulièrement concernés par les pèlerins européens qui se rendaient en Terre Sainte. Dans les années 1840, les nouveaux bâtiments du couvent et de l’école furent fondés. La nouvelle église, basilique à coupole classique également conçue comme la cathédrale du Vicariat apostolique, fondée en 1839, reçut le nom de la martyre Catherine d’Alexandrie. La dédicace a eu lieu le 24 novembre 1850. En 1927, la façade actuelle, conçue par Mario Avena dans le style baroque romain a été ajoutée.
C’était le lieu de sépulture du roi italien exilé Victor Emmanuel III, jusqu’à ce que ses restes soient rapatriés en Italie en 2017. Mais qui est Catherine, ou Sainte Catherine ? Elle est une vierge et martyre qui aurait vécu au début du IVe siècle. Catherine serait née dans une famille noble d’Alexandrie, en Egypte. Elle acquiert rapidement des connaissances qui la placent au niveau des plus grands poètes et philosophes du moment.  L'empereur Maximin II Daïa l’a fit décapiter, car il redoutait sa grande influence qu’elle usa pour convertir les païens au christianisme.

L’Eglise Sainte-Rita d’Alexandrie, la sainte des «causes désespérées»

Sainte Rita naquit en Italie. Fille unique, elle fut le fruit miraculeux de la vieillesse de ses parents et reçut le nom de Margherita. L’enfant du miracle fut appelée Rita, ce qui signifie «perle précieuse». Peu de temps après son baptême, tandis que Rita reposait paisiblement dans une corbeille d’osier, sous la garde de ses parents qui travaillaient aux champs, un essaim d’abeilles vint bourdonner autour de son berceau. Entrant dans la bouche entr’ouverte de Rita, les abeilles y déposèrent leur miel sans lui faire aucun mal. Elle se sentit, toute jeune, attirée vers la virginité, et pourtant il lui fallut plier devant la volonté de ses parents et s’engager dans les liens du mariage. Le prétendant, Paul de Ferdinand, dit «Ferdinando», était un homme violent. Consternée, Rita supplia Dieu de mettre obstacle à ce projet. Jamais content, se fâchant pour un rien, il accablait d’injures la timide Rita qui frémissait de peur. Il avait la boisson mauvaise et sa pauvre femme dut subir ses fureurs et ses brusques colères. Rita avait contemplé Jésus dans sa Passion : injuriée, elle ne répondait pas ; frappée, elle souffrait en silence. Après dix-huit ans, le miracle se produisit : touché par la grâce, Ferdinando se jeta aux pieds de sa vertueuse épouse, lui demanda pardon et promit de se corriger. Son époux, Ferdinando, fut attaqué et lâchement poignardé. Ses deux grands fils prirent la résolution de venger leur père. Peu de temps après les jeunes gens tombaient malades et mouraient à peu d’intervalle l’un de l’autre. Restée seule, Rita se présenta au monastère de Cascia, mais elle fut refusée car jamais encore une veuve n’y avait été admise. Par deux fois elle renouvela sans succès sa démarche, puis s’adressa à Dieu et «la Sainte des Impossibles» fut miraculeusement exaucée. Sainte-Rita mourut, le 22 mai, à l’âge de 76 ans. Après sa mort, les miracles se multiplient sur son tombeau, faisant naître un culte populaire qui se répand rapidement. Sainte Rita a reçu le titre de «sainte des causes désespérées» et tous les 22 mai on commémore sa mort.

La Cathédrale Saint-Marc d’Alexandrie, Eglise mère des Evangélistes

La Cathédrale Saint-Marc est le siège historique du Pape d’Alexandrie, le chef de l’Eglise copte orthodoxe. Son architecture, ses pierres et son bois rappellent les mosquées. Des crucifix et des étoiles de David sont incrustés en haut de sa porte. Un lieu saint qui combine par excellence les trois religions célestes : le christianisme, le judaïsme et l’islam, a noté l’évêque Sami Chéhata, pasteur de l’église Saint-Marc.

 Les quatre évangélistes y sont représentés sous formes allégoriques du tétramorphe : l'ange pour Saint Matthieu, l'aigle pour Saint Jean, le taureau pour Saint Luc et le lion pour Saint Marc.

La cathédrale est traditionnellement considérée comme se trouvant sur le lieu où Marc l’évangéliste aurait fondé l’Eglise d’Alexandrie en l’an 60. Marc l'évangéliste, ou Saint Marc pour les chrétiens, est l'auteur du deuxième des quatre évangiles canoniques du Nouveau Testament. L'église d'origine est détruite en 641. Elle est rebâtie dans les années 680 à l'initiative du patriarche Jean III. En 828, la relique du corps de Saint Marc est volée par des marins italiens qui l'emportent à Venise, seule la tête restant préservée à Alexandrie.

L'église est rasée à nouveau en 1219 pendant la cinquième croisade, puis rebâtie.

Elle est dévastée une troisième fois en juillet 1798, au moment de la prise de la ville par l'armée française menée par Napoléon Bonaparte, et reconstruite en 1819 par le Pape Pierre VII El-Gawly à l'époque du gouvernement de Méhémet Ali. De 1950 à 1952, le bâtiment est, cette fois volontairement, démoli pour être remplacé par une église plus grande et plus résistante.

L'église reçoit un dernier agrandissement entre 1985 et 1990, sous la supervision de Chenouda III, qui en double la superficie.

On rapporte que Saint Marc fut doué d’une si grande Humilité qu’il se coupa le pouce afin que l’on ne songeât pas à l’ordonner prêtre. Mais par une disposition de Dieu, et par l’autorité de Saint Pierre, il fut choisi pour évêque d’Alexandrie. À son entrée dans cette ville, sa chaussure se rompit et se déchira subitement ; il comprit intérieurement ce que cela signifiait, et dit : «Vraiment, le Seigneur a raccourci mon chemin, et Satan ne sera pas un obstacle pour moi, puisque le Seigneur m’a absous des œuvres de mort». Or Marc, voyant un savetier qui cousait de vieilles chaussures, lui donna la sienne à raccommoder : mais en le faisant, l’ouvrier se blessa grièvement à la main gauche, et se mit à crier : «Unique Dieu». En l’entendant, l’homme de Dieu dit : «Vraiment le Seigneur a rendu mon voyage heureux». Alors il fit de la boue avec sa salive et de la terre, l’appliqua sur la main du savetier qui fut immédiatement guéri. Cet homme, voyant le pouvoir extraordinaire de Marc, le fit entrer chez lui.  Marc lui avoua être le serviteur du Seigneur JÉSUS.

Le cordonnier lui dit : «Je voudrais bien le voir ! ». «Je te le montrerai, lui répondit Saint Marc». Il se mit alors à lui annoncer l’Évangile de JÉSUS-CHRIST et le baptisa avec tous ceux de sa maison. Les habitants de la ville ayant appris l’arrivée d’un Galiléen, qui méprisait les sacrifices de leurs dieux, lui tendirent des pièges. Saint Marc, en ayant été instruit, ordonna évêque Anianus, cet homme-là-même qu’il avait guéri, et partit pour la Pentapole où il resta deux ans, après lesquels il revint à Alexandrie. Il y avait fait élever une église (aujourd’hui l’imposante Cathédrale Saint-Marc) sur les rochers qui bordent la mer, dans un lieu appelé Bucculi ; il y trouva le nombre des chrétiens augmenté. Or, les prêtres des temples cherchèrent à le prendre ; et le jour de Pâques, comme Saint Marc célébrait la messe, ils s’assemblèrent tous au lieu où était le saint, lui attachèrent une corde au cou et le traînèrent par toute la ville en disant : «Traînons le buffle au Bucculi». Sa chair et son sang étaient épars sur la terre et couvraient les pierres.

 

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