Devenir docteure à 84 ans, après avoir interrompu ses études pendant plusieurs décennies, élevé quatre enfants et vaincu le cancer à deux reprises : l’histoire d’Amal Ismaïl Metwally est bien plus qu’un parcours universitaire exceptionnel. C’est un véritable hymne à la persévérance, qui rappelle que l’âge ne constitue jamais une limite lorsqu’une volonté inébranlable guide les pas.
Par : Hanaa Khachaba
Dans une époque où la réussite est souvent associée à la jeunesse et à la rapidité, le parcours d’Amal Ismaïl Metwally vient bousculer les idées reçues. Chercheuse à la Faculté des lettres de l’Université de Mansoura, elle vient d’obtenir son doctorat en sociologie à l’âge de 84 ans, devenant ainsi la plus âgée des étudiantes d’Égypte à atteindre ce niveau universitaire.
Son histoire est celle d’une femme qui n’a jamais renoncé à son rêve, malgré les épreuves personnelles, familiales et sanitaires qui auraient pu définitivement mettre un terme à ses ambitions académiques.
Tout commence alors qu’elle n’a que douze ans. Comme de nombreuses jeunes filles de sa génération, Amal est contrainte d’abandonner l’école pour se marier. Cette interruption, imposée par les traditions de l’époque, semble alors refermer la porte de l’enseignement. Elle fonde une famille et donne naissance à quatre enfants, consacrant de longues années à son foyer.
Pourtant, au fond d’elle, le désir d’apprendre ne disparaît jamais. Il reste intact, attendant simplement le moment où il pourra renaître.
Ce n’est qu’à l’âge de 38 ans qu’elle reprend enfin le chemin des études. Une décision courageuse, tant il est difficile de retourner sur les bancs de l’école après plus d’un quart de siècle d’interruption. Elle obtient son certificat préparatoire (équivalent du collège), franchissant une première étape qui marque le début d’une seconde vie.
Loin de s’arrêter là, Amal poursuit son parcours avec une détermination remarquable. À 68 ans, elle intègre le lycée et réussit brillamment le baccalauréat égyptien avec une moyenne de 305,5 points, un résultat qui lui ouvre les portes de l’enseignement supérieur.
À 71 ans, elle rejoint la Faculté des lettres de l’Université de Mansoura, au département de sociologie. Une scène peu ordinaire : alors que la majorité de ses camarades pourraient être ses petits-enfants, elle partage avec eux les amphithéâtres, les travaux universitaires et les examens, faisant preuve d’une motivation qui force le respect.
Son parcours est cependant loin d’être un long fleuve tranquille. Au cours de ces années d’études, Amal affronte deux fois le cancer. Deux combats contre la maladie qu’elle remporte avec courage. Beaucoup auraient considéré ces épreuves comme une raison suffisante pour abandonner leurs études. Elle choisit au contraire de poursuivre son chemin, convaincue que le savoir représente lui aussi une forme de victoire sur les difficultés de la vie.
Après avoir obtenu sa licence, elle s’engage dans un travail de recherche approfondi en sociologie. Ses efforts sont finalement récompensés par l’obtention du doctorat. Le jury décide de lui attribuer la mention Très honorable avec les félicitations du jury, tout en recommandant l’impression et la diffusion de sa thèse auprès des universités, une distinction réservée aux travaux jugés particulièrement remarquables.
Au-delà de la performance académique, cette reconnaissance consacre plusieurs décennies de persévérance. Elle témoigne également de l’ouverture croissante des universités égyptiennes à l’apprentissage tout au long de la vie, dans une société où la formation continue prend une importance grandissante.
L’histoire d’Amal Ismaïl Metwally dépasse désormais le cadre universitaire. Elle est devenue un symbole national d’espoir et de résilience. Son parcours rappelle que les rêves n’ont pas de date de péremption et qu’il n’est jamais trop tard pour reprendre des études, acquérir de nouvelles connaissances ou accomplir un objectif longtemps différé.
À travers son exemple, elle envoie un message fort aux jeunes générations, mais aussi aux adultes qui hésitent à reprendre une formation. Les obstacles, qu’ils soient liés à l’âge, aux responsabilités familiales ou aux difficultés de santé, ne condamnent pas nécessairement les ambitions lorsque la détermination demeure intacte.
Dans une société où l’espérance de vie s’allonge et où les parcours professionnels évoluent constamment, l’expérience d’Amal invite à repenser notre rapport au temps et à l’éducation. Apprendre n’est pas un privilège réservé à la jeunesse ; c’est un droit et une aventure qui peuvent accompagner toute une vie.
À 84 ans, la plus âgée des étudiantes d’Égypte n’a pas seulement obtenu un doctorat. Elle a offert une magistrale leçon de courage, de patience et de confiance en soi. Une leçon qui restera sans doute bien plus durable que n’importe quel diplôme.





