Par : Soha Gaafar
Le Caire ne cesse de nous surprendre, jour après jour, par la splendeur et la beauté de ses monuments et de ses trésors antiques, notamment ses superbes mosquées.
Aujourd’hui, vous avez rendez-vous avec l’une des plus belles mosquées du Caire, malheureusement encore peu connue. Allons à la découverte de la mosquée d’Al-Hakim, dans le quartier de Bab Al-Futuh…


La mosquée d’Al-Hakim est un édifice construit en 380 de l’Hégire, sous le règne d’Al-Aziz Billah Al-Fatimi. Ce dernier avait entamé, en 379 de l’Hégire (989 apr. J.-C.), la construction d’une mosquée à l’extérieur de Bab Al-Futuh, mais il mourut avant de l’achever. Son fils, Al-Hakim bi-Amr Allah, en termina les travaux en 403 de l’Hégire (1012-1013 apr. J.-C.). L’édifice lui fut alors attribué et devint connu sous le nom de mosquée d’Al-Hakim.
La mosquée mesure 120,5 mètres de long sur 113 mètres de large, sa superficie étant légèrement inférieure à celle de la mosquée Amr. À l’extrémité de sa façade nord-ouest (côté mer), se dressent deux minarets, chacun entouré d’une imposante base pyramidale. Chaque base est composée de deux cubes superposés, le cube supérieur étant légèrement en retrait par rapport à l’inférieur. Sa hauteur correspond à celle des murs de la mosquée, sur lesquels s’élève un minaret octogonal.
Au centre de cette façade, entre les deux minarets, se trouve l’entrée principale. Il s’agit de la première entrée en saillie construite dans une mosquée du Caire. Elle est couverte d’une voûte cylindrique de 3,48 mètres de large et 5,50 mètres de long. À son extrémité s’ouvre une porte de 2,21 mètres de large, surmontée d’une voûte horizontale en pierre, dont la construction est plus récente. De part et d’autre de l’entrée subsistent des vestiges d’inscriptions raffinées, formant une corniche de 1,60 mètre de hauteur. L’entrée mène à la cour centrale, entourée de portiques.
Les iwans s’organisent selon un plan précis : l’iwan sud-est (celui de la qibla) se compose de cinq arcades, chacune formée de 17 arches. En face, l’iwan nord-ouest comprend deux arcades de 17 arches chacune. Quant aux iwans nord-est et sud-ouest, ils comportent chacun trois arcades. Toutes ces arches reposent sur des piliers semblables à ceux de la mosquée Ibn Tulun, chaque pilier étant flanqué de colonnes à ses quatre angles, bien que plus épaisses et dépourvues de chapiteaux.
À l’origine, les arches étaient couvertes d’un plafond plat en bois, bordé d’une frise en stuc ornée d’une élégante écriture coufique. Les piliers et les colonnes, en briques sombres, rappellent ceux de la mosquée Ibn Tulun. Ils étaient reliés par des bandes de bois recouvertes de panneaux décoratifs sculptés. Au-dessus des colonnes se trouvaient des panneaux de bois plats, composés de deux ou trois pièces, notamment aux extrémités du mur de la qibla.
Deux coupoles reposaient sur des bases octogonales, tandis qu’une troisième surplombait le mihrab. La coupole orientale fut détruite lors de la construction du mur édifié par Badr al-Jamali, accolé au mur oriental de la mosquée, entraînant également l’obstruction des fenêtres de cette partie.
À l’origine, la mosquée comptait neuf portes : outre l’entrée principale, deux autres se trouvaient à droite de celle-ci (aujourd’hui condamnées), deux du côté est, une au centre du côté ouest et une porte réservée au prédicateur, près du minbar. Les fenêtres étaient alignées avec les axes des arches, contrairement à celles de la mosquée Ibn Tulun, légèrement décalées. On dénombrait ainsi 16 fenêtres sur chacun des murs latéraux et 17 dans chacun des iwans de la qibla et de son vis-à-vis.
La décoration reposait principalement sur le stuc : frises calligraphiques, motifs floraux entrelacés et ornements raffinés. Même les éléments en bois étaient finement sculptés, dont certaines pièces subsistent encore aujourd’hui.
Au fil du temps, la mosquée a subi de nombreuses transformations et dégradations. Badr al-Jamali fit construire un mur empiétant sur l’édifice, obstruant plusieurs ouvertures. Elle fut également gravement endommagée lors du tremblement de terre de 702 de l’Hégire (1303 apr. J.-C.), qui provoqua l’effondrement de nombreuses arches, de leurs piliers, ainsi que du toit et des parties supérieures des minarets. Les destructions se poursuivirent, ne laissant subsister que quelques arches des iwans sud et est.
Par la suite, le ministère égyptien des Biens religieux utilisa la mosquée comme entrepôt pour des objets et des antiquités islamiques, avant leur transfert vers d’autres institutions. Elle abrite aujourd’hui l’école primaire Al-Silahdar et a fait l’objet de travaux de restauration. Certains vestiges, notamment dans l’iwan sud, témoignent encore de sa grandeur passée.
Le souverain fit également construire deux autres mosquées : la mosquée Rashida en 393 de l’Hégire (1003 apr. J.-C.), nommée d’après son plan architectural, ainsi que la mosquée Al-Maqs, édifiée sur les rives du Nil, dans ce qui était alors un port fluvial du Caire. Il n’en subsiste aujourd’hui aucune trace.
En bref, ne manquez pas l’occasion de visiter cette mosquée exceptionnelle et de découvrir toute la grandeur des édifices religieux du Caire.




