À la salle Salah Taher de l’Opéra du Caire, le dernier accrochage d’Adham Shaker, intitulé « Histoires visuelles », s’est imposé comme une traversée intérieure, un voyage à la fois intime et universel au cœur du temps et de l’âme humaine.Durant plusieurs jours, le public a été convié à pénétrer un univers plastique singulier où chaque toile se déploie comme un récit silencieux. L’exposition, composée de soixante-cinq œuvres, révèle une expérience artistique en pleine maturation, articulée autour de trois axes majeurs : le portrait expressif aux tonalités dorées et jaunes, vibrant d’une chaleur presque spirituelle ; l’abstraction colorée, fluide et cosmique, où les pigments dialoguent dans un équilibre suspendu ; enfin, la gravure symbolique en noir et blanc, inspirée d’un imaginaire égyptien ancestral, condensant en un seul signe une mémoire millénaire.Pour Adham Shaker, « Histoires visuelles » est bien davantage qu’une exposition. « C’est un voyage à travers le temps, explique-t-il. J’y fais dialoguer narration et histoire, portrait et abstraction, couleurs palpitantes et noir profond chargé de symboles. Chaque œuvre tente de saisir ces instants éternels liés à l’esprit humain, ces moments où l’être se confronte au temps et à l’espace. L’art, pour moi, est une quête des racines, une tentative de comprendre l’essence spirituelle et psychologique de l’homme. »Autour de lui, les voix du monde artistique saluent une démarche qui dépasse la simple représentation. L’artiste Hassan Ghanem souligne que Shaker « ne peint pas seulement ce que l’œil perçoit : il recompose la mémoire et l’âme dans des toiles où chaque ligne porte un message ». Fathy Ali évoque, quant à lui, « une traversée visuelle entre mythe et réalité, entre profusion chromatique et abstraction révélatrice d’une énergie créatrice sans limite ».Hussein Ali perçoit dans ces œuvres « des expériences psychologiques et spirituelles qui invitent à la méditation, oscillant entre mémoire et avenir ». Pour Reda Khalil, la force d’Adham Shaker réside dans « sa capacité à transformer l’abstraction en langage limpide, porteur d’une profondeur symbolique qui touche l’âme et interroge l’homme face à l’univers ».La voix venue du Yémen, celle de l’artiste Nazira Al-Balili, ajoute une lecture sensible : « Dans ses œuvres, l’image ne se construit pas seulement par la couleur, mais se sculpte dans le silence. Le noir n’est pas absence, il est densité. Le vide n’est pas un manque, mais une idée en attente. » Elle voit dans ses lignes un écho aux traditions de la gravure, où le trait devient signe d’inquiétude et d’humanité.Bien que son parcours demeure encore jeune, Adham Shaker attire déjà l’attention en Égypte et au-delà, ses œuvres ayant été remarquées dans plusieurs salons artistiques internationaux. À travers « Histoires visuelles », il affirme une écriture plastique personnelle, où patrimoine égyptien et modernité se rencontrent sans heurt.Son travail apparaît ainsi comme un pont jeté entre les récits anciens et les interrogations contemporaines, entre la nostalgie des origines et l’élan vers l’inconnu. Une œuvre en mouvement, habitée par une même exigence : raconter l’homme, encore et toujours, à travers la matière et la lumière.





