Les Allemands, qui n’imaginent pas confier les pleins pouvoirs à un chancelier n’ayant récolté que 25 % des voix, sont en train de forger un compromis inconcevable en France. Les candidats font preuve d’une modestie politique bien éloignée de nos schémas hexagonaux, où l’on ne rate pas une occasion de surjouer les oppositions, selon Les Echos, le 27 septembre 2021. «Tous les partis démocratiques doivent pouvoir s’entendre si les résultats électoraux le demandent » : tel est le principe qui gouverne la vie politique allemande et qui fait la force de son système proportionnel.
Les Verts et les partis extrêmes ont beau jeu de réclamer la même chose en France : ce vote à la proportionnelle ne fonctionne pas sans un sens élevé des responsabilités, dont celui de savoir sortir de l’opposition. Il a été largement éprouvé outre-Rhin, notamment au niveau local : les socio-démocrates, les Verts et les libéraux, qui ont de grandes chances de former la prochaine coalition gouvernementale, partagent déjà le pouvoir dans deux régions notamment. Là-bas, les Verts et les libéraux ne se considèrent pas comme de dangereux rétrogrades ou d’affreux capitalistes. Non : ils réforment ensemble.
Les Allemands poussent le sens de la démocratie jusqu’à laisser ces deux partis minoritaires -die Grünen et le FDP – mener la danse pour former la prochaine coalition. Leur légitimité est incontestable : ils réalisent ensemble un meilleur score que chacun des deux « grands ». C’est un merveilleux signal adressé à la jeunesse, qui a massivement voté pour eux -de loin les deux formations les plus réformistes- et voient leurs aspirations pleinement prises en compte. Notons, au passage, le joli taux de participation des Allemands dimanche (77 %) : c’est la preuve qu’ils se sentent respectés dans leur choix de vote.
Les élections allemandes signent aussi la défaite de la radicalité : l’extrême-droite et plus encore l’extrême-gauche (die Linke) réalisent des scores bien inférieurs aux attentes. Les candidats du centre se sont beaucoup vu reprocher d’avoir mené des débats sans passion ni relief. De ne pas avoir évoqué la place de l’Allemagne dans le monde ni les questions d’identité. En se concentrant sur les problèmes quotidiens -le logement, le prix de l’énergie, etc.-, ils ont fait preuve d’une modestie politique bien éloignée de nos schémas hexagonaux, où l’on ne rate pas une occasion de surjouer les oppositions. La vraie radicalité est dans la nuance : à six mois de nos élections, c’est une leçon que les candidats à la présidentielle française peuvent encore méditer.





