Anis Ebeid est considéré comme le pionnier de l’intégration des sous-titres directement sur la pellicule des films étrangers au Moyen-Orient. Né le 14 juillet 1909 dans une famille égyptienne aisée et cultivée, il était passionné par le cinéma occidental, alors projeté en Égypte sans traduction, ce qui en limitait l’accès au grand public.
De l’ingénierie au cinéma : Un tournant décisif
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la traduction n’était pas sa vocation initiale. Il étudia l’ingénierie et obtint son diplôme en 1932, avant de partir à Paris pour préparer un master. C’est là que son destin changea : il découvrit par hasard une annonce concernant une formation sur l’intégration de textes directement sur la bande cinématographique. L’idée lui vint aussitôt d’appliquer cette technique aux films étrangers destinés au public égyptien.
À Paris, il rencontra le grand musicien et acteur Mohamed Abdel Wahab ainsi que l’équipe du film La Rose blanche. Il y joua même un court rôle figuratif. Cette expérience le rapprocha du milieu cinématographique et le poussa à abandonner son master pour retourner en Égypte et se consacrer au cinéma.
Les débuts dans le montage et la naissance d’un projet
De retour au Caire, il travailla comme monteur en 1934 sur les films « Kullu illa keda » et « Al-Ghandoura ». Il abandonna ensuite définitivement le montage pour se consacrer à son projet de sous-titrage.
Avant lui, une tentative de traduction avait été introduite en 1912 par l’Italien Leopold Fiorello, qui projetait des explications sur des plaques de verre à côté de l’écran principal. Cette méthode, coûteuse et peu pratique, n’a jamais connu un grand succès.
À l’époque, seuls les étrangers et une élite égyptienne comprenaient les films occidentaux. Jeune homme, Anis Ebeid traduisait oralement les dialogues à ses amis au cinéma, ce qui nuisait à son propre plaisir. Ce problème devint pour lui une véritable mission.
L’innovation technique et la reconnaissance officielle
Convaincu du potentiel de son idée, il abandonna définitivement l’ingénierie et engagea un long combat pour convaincre les producteurs égyptiens, inquiets des coûts et du manque d’intérêt supposé du public.
Après plusieurs essais sur des courts-métrages présentés gratuitement, il appliqua son procédé au film Roméo et Juliette, dont la version sous-titrée fut projetée en 1944 et connut un succès financier inédit.
l fabriqua lui-même une machine permettant d’imprimer la traduction directement sur la pellicule — notamment sur les films 16 mm — une innovation sans précédent dans la région. En 1939, le Conseil des ministres égyptien imposa par décret la présence d’une traduction arabe pour tous les films étrangers, décision influencée par ses articles publiés dans le journal Al-Ahram.
En 1950, il inventa une nouvelle machine perfectionnée pour l’impression des sous-titres arabes sur pellicule 16 mm. La même année, il fonda à Beyrouth, avec un partenaire libanais, les « Laboratoires Khoury & Ebeid pour la traduction », une collaboration qui dura jusqu’en 1979.
Les Laboratoires Anis Ebeid : Une référence dans le monde arabe
Pendant plus de quarante ans, les Laboratoires Anis Obeid dominèrent le marché de la traduction des films américains, indiens et européens en Égypte et dans le monde arabe. La mention :
« Traduction réalisée aux Laboratoires Anis Ebeid, Le Caire», devint une signature emblématique des films étrangers.
Ses laboratoires traduisirent de grandes productions hollywoodiennes telles que Le Voleur de Bagdad et Le Bon, la Brute et le Truand, contribuant à faire découvrir au public égyptien les chefs-d’œuvre du cinéma mondial.
Un héritage culturel durable
Surnommé « le fondateur de la mémoire cinématographique étrangère » pour plusieurs générations arabes, Anis Ebeid ne fut pas seulement un technicien ou un entrepreneur, mais aussi un inventeur visionnaire et un passeur culturel.
Il créa dès 1940 un laboratoire spécialisé dans la traduction et l’impression des titres sur films, traduisit également des films égyptiens vers des langues étrangères pour les festivals internationaux, et facilita l’échange culturel dans les deux sens.
Grâce à lui, le cinéma mondial devint accessible au public arabe, inscrivant son nom dans l’histoire culturelle de la région comme un pionnier audacieux et un bâtisseur de ponts entre les cultures.





