
Beyrouth — Il est des artistes chez qui les disciplines ne se juxtaposent pas : elles se répondent, se prolongent et finissent par composer un même langage. Bassima Batouli appartient à cette famille rare. Poétesse, peintre et femme de médias, elle a construit une œuvre où le verbe et la couleur entretiennent un dialogue constant, comme si le poème trouvait dans la toile un autre espace pour respirer.
Née à Beyrouth dans une famille originaire de Ghazir, Bassima Batouli s’est très tôt tournée vers la littérature et les arts. Son parcours l’a conduite en France, où elle a étudié la langue et la littérature arabes à l’Université de Lyon, avant de poursuivre une formation en journalisme. Elle a ensuite travaillé dans le domaine de l’éducation, puis rejoint l’univers audiovisuel libanais, notamment Télé-Liban, où elle s’est consacrée à des émissions et à des sujets à caractère culturel.
La poésie demeure au cœur de son itinéraire. Dès Maʿa al-hubb hattâ al-mawt, publié en 1978, jusqu’à des recueils tels que Mukallala bi-al-shawq, ʿArabât al-sadâ, Sallâlî wa miyâh al-waqt, ʿAlâ maqâm al-sibâ wa al-sabâ et Shubbâkî al-wajîʿ, son écriture traverse différentes formes poétiques et explore l’amour, le désir, la mémoire, le temps et les mouvements secrets de l’âme. Une poésie qui privilégie la résonance intérieure à l’effet, et qui laisse à l’image une place aussi importante qu’au mot.
Car chez Bassima Batouli, la poésie ne s’arrête pas à la page. La peinture en constitue l’autre versant essentiel. À travers des œuvres réunies notamment dans Asdâʾ basariyya et Hîna tartadî al-nâr ʿuryahâ, elle poursuit une même quête de l’indicible. La ligne, la matière et la lumière deviennent alors les prolongements plastiques d’une émotion, d’un souvenir ou d’une image née dans le poème.
Cette correspondance singulière entre l’écriture et la peinture se reflète avec éclat dans le regard porté sur son œuvre par Saïd Akl, qui avait résumé cette dualité créatrice par une formule devenue emblématique : « Rien n’est plus beau que sa poésie, si ce n’est ses peintures ; et rien n’est plus beau que ses peintures, si ce n’est sa poésie. » Une phrase qui dit, à elle seule, combien les deux expressions artistiques se confondent dans son univers.
Son parcours a été ponctué de distinctions et d’hommages, parmi lesquels le prix de la Fondation Naji Naaman et le prix Jean Salameh pour l’ensemble de son parcours intellectuel et artistique. En août 2022, elle a reçu l’Ordre national du Cèdre au grade d’officier, distinction qui est venue saluer une trajectoire consacrée à la création et à la culture libanaise.
Épouse du regretté Joseph Christo et mère du réalisateur Bassem Christo, Bassima Batouli appartient également à une famille où l’univers de l’image et de la création a trouvé son prolongement dans le cinéma et l’audiovisuel.
Au fil des décennies, elle aura surtout préservé une même fidélité : celle d’un art où la beauté demeure inséparable de la pensée. Chez elle, le poème peut se prolonger dans la peinture, tandis que la couleur semble retrouver le souffle du verbe. Une œuvre se dessine ainsi dans cet espace singulier où la littérature et les arts visuels se rencontrent, non pour se confondre, mais pour révéler ensemble une même sensibilité.





