Clin d’œil
Par : Samir Abdel Ghany
Il est des expositions qui se contentent de montrer des œuvres, et d’autres qui invitent le visiteur à entreprendre un véritable voyage intérieur. Avec « Ce qu’il reste d’hier », présenté à la Galerie Di, la plasticienne Dr Fatma Adel appartient résolument à cette seconde catégorie. Inaugurée par Hécham Kandil, fondateur de la galerie, cette exposition personnelle propose une réflexion sensible sur la mémoire, le temps et la persistance des émotions, tout en affirmant une écriture plastique singulière où la couleur devient le principal vecteur du souvenir.
Dès les premiers pas dans l’espace d’exposition, le regard est happé par une palette vibrante, dominée par des tonalités franches et lumineuses. Loin d’un simple exercice chromatique, ces couleurs construisent un univers où la joie n’est jamais superficielle, mais s’impose comme une réponse artistique à la grisaille du quotidien. Les tableaux dégagent une énergie communicative qui transforme le parcours du visiteur en une expérience émotionnelle, rappelant que l’art possède encore cette capacité rare de réconcilier l’homme avec ses propres sensations.
L’exposition trouve sa force dans sa capacité à réveiller une mémoire universelle. Les œuvres convoquent les souvenirs d’enfance, les photographies anciennes aux contours estompés, les récits transmis de génération en génération, les chansons qui accompagnent une époque ou les lieux où naissent les premiers rêves. Sans céder au piège de la nostalgie décorative, Fatma Adel puise dans ce patrimoine immatériel pour en proposer une lecture profondément contemporaine. Chaque toile agit comme un fragment de mémoire collective dans lequel chacun est libre de reconnaître une part de sa propre histoire.


Cette dimension introspective est renforcée par une approche plastique originale. Les figures, volontairement stylisées, oscillent entre figuration expressive et langage caricatural. Ce dialogue entre gravité et légèreté constitue l’une des signatures les plus remarquables de l’artiste. Sous une apparente simplicité se déploie une réflexion sur l’identité, le souvenir et la permanence des émotions. Les personnages semblent suspendus entre réalité et imaginaire, offrant plusieurs niveaux de lecture où l’humour côtoie une émotion discrète mais persistante.
Pour Hécham Kandil, cette singularité réside précisément dans la capacité de Fatma Adel à associer l’intensité de l’expression picturale à l’esprit libre du dessin satirique. Cette hybridation donne naissance à un langage visuel immédiatement accessible, sans jamais renoncer à sa profondeur. Derrière l’exubérance des couleurs se cache une véritable architecture émotionnelle, pensée pour susciter un dialogue intime avec le spectateur.

L’exposition interroge également le rôle de la peinture face à une époque marquée par l’accélération des images et l’effacement progressif des souvenirs. En choisissant de revenir vers « ce qu’il reste d’hier », l’artiste ne cherche pas à figer le passé, mais à montrer que la mémoire demeure une matière vivante, continuellement réinventée par le regard de chacun. Ses œuvres ne racontent pas une histoire unique : elles ouvrent un espace où les expériences individuelles rejoignent une mémoire collective plus vaste.
En définitive, « Ce qu’il reste d’hier » dépasse le cadre d’une simple exposition de peinture. Elle propose une méditation sur le pouvoir évocateur de l’image et sur la capacité de l’art à préserver ce que le temps menace d’effacer. Dans un monde dominé par l’instantané, Fatma Adel rappelle que la création artistique demeure un refuge pour la mémoire, une célébration de la joie et une invitation à redécouvrir, derrière chaque couleur, un fragment de soi-même.





