De tous les peuples que j’aime le mieux, je vous avouerai qu’aucun ne balance les Égyptiens dans mon cœur ! Champollion (1790-1832) À peine âgé de 32 ans, Champollion expose en 1822 son interprétation lumineuse du système graphique des Égyptiens anciens. Il offre ainsi au monde la connaissance des noms des pharaons bâtisseurs des pyramides, le déchiffrement des livres des morts trouvés dans les tombeaux et la compréhension d’une langue et d’une littérature perdues. « Je tiens mon affaire ! » s’exclame Champollion quand il perce pour la première fois le mystère de l’écriture égyptienne. Passionné d’Égypte antique et de langues anciennes, le jeune savant originaire de Figeac est à peine âgé de 32 ans quand il fait cette découverte. En 1828, Champollion réalise son rêve. Il s’embarque pour l’Égypte avec l’égyptologue pisan Ippolito Rosellini.
À la tête de cette expédition franco-toscane, Champollion vérifie la justesse de sa démarche sur des objets et des monuments pharaoniques. Il écrit à Mr. Dacier, secrétaire perpétuel de l’Académie royale des Inscriptions et BellesLettres, en janvier 1829 : « J’ai le droit de vous annoncer qu’il n’y a rien à modifier dans notre Lettre sur l’alphabet des hiéroglyphes ». De ce voyage, il rapportera une multitude de notes et de dessins, qui seront publiés après sa mort dans l’œuvre Monuments de l’Égypte et de la Nubie. « Cette année-ci m’a tuée […] Cependant la carrière de mes travaux sur l’Egypte s’agrandit à chaque instant. » se confie Champollion, malade et épuisé, à son frère et ami JacquesJoseph dans une correspondance foisonnante et assidue.
À la veille de sa mort, en 1832, Jean-François Champollion remet à son frère deux manuscrits : la Grammaire et un Dictionnaire. Véritables monuments de pédagogie et d’érudition, ces œuvres serviront de fondement à l’égyptologie et seront la carte de visite de Champollion pour la postérité.
Pierre de Rosette, la clé pour décoder l’écriture hiéroglyphique
La pierre de Rosette est décrite comme « une pierre de granite noir, portant trois inscriptions… trouvée à Rosette » (al Rachid’) dans un catalogue des artéfacts découverts par l’expédition française et cédés aux troupes britanniques en 18013. Quelque temps après son arrivée à Londres, les inscriptions sont frottées de craie blanche pour les rendre plus lisibles, le reste de la surface étant enduit de cire de carnauba afin de la protéger des doigts des visiteurs. Cela donne une couleur noire à la pierre, ce qui a conduit à l’identifier — à tort — à du basalte.
Ces ajouts sont retirés en 1999, ce qui révèle la teinte gris sombre originelle de la roche, l’éclat de sa structure cristalline et les veines roses traversant le coin supérieur droit. La pierre de Rosette mesure 112,3 cm de haut, est large de 75,7 cm et épaisse de 28,4 cm. Elle pèse environ 760 kg. Elle porte trois inscriptions. En haut, des hiéroglyphes égyptiens, au centre, un texte en écriture démotique et en bas du grec ancien. La face avant est polie et les inscriptions sont légèrement incisées.
Les côtés de la pierre sont lissés et l’arrière n’est que grossièrement travaillé, probablement car il n’était pas destiné à être visible7,10. L’écriture hiéroglyphique égyptienne est un système d’écriture f igurative : les caractères qui la composent représentent en effet des objets divers, — naturels ou produits par l’Homme —, tels que des plantes, des figures de dieux, d’humains et d’animaux, etc. (cf. classification des hiéroglyphes). Les égyptologues y distinguent traditionnellement trois catégories de signes : Les signes-mots (ou idéogrammes), qui représentent un objet ou, par métonymie, une action ; Les signes phonétiques (ou phonogrammes), qui notent un son (consonne, suite de consonnes ou voyelle) ; Les déterminatifs, signes « muets » qui indiquent le champ lexical auquel appartient le mot.
Apparue à la fin du IVe millénaire avant notre ère en Haute-Égypte, l’écriture hiéroglyphique est utilisée jusqu’à l’époque romaine, soit pendant plus de trois mille ans. La connaissance des hiéroglyphes se perd avec la fermeture des lieux de culte dits « païens » par l’empereur Théodose Ier vers 380.
Des Européens se sont aventurés dans des tentatives de traduction au début du XIXe siècle (Johan David Åkerblad, Thomas Young), avec des succès incertains, mais il faudra, après la découverte de la pierre de Rosette, le génie de Jean-François Champollion1 pour briser, après quatorze siècles, ce qui paraissait être « un sceau mis sur les lèvres du désert »





