En marge de sa participation à la cinquième édition du Sommet maritime turc à Istanbul, l’une des plus importantes plateformes stratégiques dédiées au transport maritime et à l’économie bleue au Moyen-Orient, le ministre égyptien des Transports, l’ingénieur Kamel el-Wazir, a pris la parole lors d’un panel ministériel de haut niveau. Devant un parterre de ministres et d’experts internationaux, dont Abdulkadir Uraloğlu, ministre turc des Transports et des Infrastructures, le responsable égyptien a d’emblée affirmé que l’intégration dans le secteur des transports n’est plus un choix secondaire, mais une nécessité impérieuse face aux bouleversements des chaînes d’approvisionnement mondiales et aux défis climatiques. Selon lui, le partenariat entre Le Caire et Ankara est appelé à jouer un rôle pivot dans le développement régional à travers des projets conjoints d’extension portuaire, de lignes ferroviaires transfrontalières et de corridors logistiques inédits capables d’ouvrir de nouveaux marchés.
L’Égypte, nouveau hub incontournable du commerce mondial
Au cœur des débats, le ministre a détaillé le changement de paradigme de l’État égyptien. La vision nationale ne se limite plus à considérer l’Égypte comme un simple point de passage sur une voie navigable majeure, mais vise à la transformer en un centre régional de premier plan pour les transports, la logistique et le commerce de transit. Pour ce faire, Le Caire a déployé un programme ambitieux de transport multimodal comprenant la mise en place de huit corridors logistiques internationaux intégrés. Grâce à cette position géographique unique au carrefour de l’Asie, de l’Afrique et de l’Europe, l’Égypte ambitionne de capter le commerce bilatéral entre le continent européen et les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG).
Ce transit s’articulera autour de deux axes stratégiques majeurs : le Corridor arabe nord, reliant l’Europe au Levant (Jordanie, Irak, Syrie) via l’axe Arish-Taba, et le Corridor arabe sud, connectant l’Europe à l’ensemble du Golfe Persique à travers les infrastructures égyptiennes menant au port de Safaga, puis vers le port saoudien de Neom (anciennement Duba). Cette architecture vient compléter d’autres initiatives d’envergure telles que le Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC) ou encore la Nouvelle route de la soie chinoise.
Modernisation verte et partenariats mondiaux
Cette transformation repose également sur une restructuration profonde du secteur maritime national, marquée par la modernisation des ports selon le modèle des « ports intelligents » et la dématérialisation des procédures douanières. L’Égypte met un accent particulier sur le développement de sa propre flotte commerciale, la transition vers un transport maritime vert et le transfert de technologies industrielles locales. En s’associant aux plus grands armateurs et gestionnaires de terminaux mondiaux, Le Caire adapte son arsenal législatif pour fluidifier le commerce mondial. L’objectif affiché par le ministre est clair : positionner l’Égypte non plus comme un simple couloir de transit, mais comme un partenaire incontournable et un acteur majeur dans la reconfiguration des chaînes logistiques du futur.





