Au cours des deux derniers siècles, notre compréhension du passé de l’humanité s’est considérablement enrichie à mesure que des fouilles sur six continents ont permis de découvrir les histoires de nos ancêtres.
La recherche de trésors enfouis est aussi ancienne que le premier pillage de tombe. La soif de découvrir des richesses ensevelies a obsédé d’innombrables chercheurs. Quelques-uns sont devenus riches, d’autres se sont retrouvés au bord de la folie. Pouvez-vous imaginer un monde sans archéologie ? Pas de luxueuse Pompéi. Pas de fantastique trésor thrace. Pas de cités mayas émergeant d’une forêt tropicale. Sans l’archéologie, nous ne saurions pas grandchose des premières civilisations.
En l’absence d’une pierre de Rosette, nous continuerions à chercher à déchiffrer les symboles énigmatiques gravés sur les murs des tombeaux et des temples égyptiens. Sans l’étude systématique des sites et des objets anciens, l’histoire serait prise en otage par les quelques textes et les édifices monumentaux ayant survécu aux aléas du temps. Deux siècles de fouilles sur six continents ont permis de rendre la parole à un passé qui, jusqu’alors, était resté en grande partie englouti.
Les passionnés de fouilles européens se dispersaient dans le monde entier. Peu d’entre eux étaient des savants. Le plus souvent, il s’agissait de diplomates, d’officiers de l’armée, d’espions ou de riches hommes d’affaires intimement liés à l’expansion coloniale. Le vol et l’étude allaient de pair : tout en remplissant leurs carnets de notes, ils profitaient de leur influence et de leur pouvoir pour emporter des momies égyptiennes, des statues assyriennes ou des frises grecques, destinées à des musées nationaux ou à leurs collections privées.
Dans les Années folles, les bijoux spectaculaires trouvés dans la tombe de Toutankhamon et les tombes royales d’Our avaient fait la une des journaux et changé le cours de l’art, de l’architecture et de la mode. Cependant, à cette époque, des professionnels éclairés avaient commencé à comprendre que ce qu’il y a de plus précieux dans les tranchées de fouilles n’était pas l’or, mais plutôt les informations que recèlent les poteries cassées et les ossements éparpillés.
Le passé est une ressource non renouvelable et chaque site ancien détruit au bulldozer ou saccagé représente une perte pour l’humanité. Il est aujourd’hui communément admis que les communautés locales constituent un élément essentiel du maintien de la santé et du bienêtre des écosystèmes tels que les parcs et les réserves naturelles. Il en va de même pour ce que nos ancêtres ont laissé derrière eux. Malgré des revers considérables, il y a de bonnes raisons de croire qu’un deuxième âge d’or de l’archéologie (délestée de ses pièges colonialistes et de ses présupposés racistes) a commencé.
Nombre de femmes et de chercheurs locaux apportent en effet du sang neuf. Les archéologues travaillent aussi plus étroitement avec leurs collègues d’autres disciplines : ils suivent ainsi l’évolution de la planète à travers les âges avec l’aide de climatologues, collaborent avec des chimistes pour suivre les anciennes routes de la drogue (celle de la marijuana ou de l’opium) et étudient des méthodes de datation plus précises avec des physiciens. Mais le véritable pouvoir de l’archéologie tient à sa capacité à transcender les connaissances et les croyances du moment. La découverte de ce qui est resté longtemps caché nous relie intimement à nos ancêtres disparus.

C’est en 1922 que l’archéologue Howard Carter ouvre la tombe de Toutankhamon. Depuis, le masque funéraire en or du pharaon, exposé au Musée égyptien du Caire, est l’un des objets anciens les plus célèbres jamais découverts.
Photographie de kenneth garrett

Enterrées pour accompagner le premier empereur de Chine dans l’audelà, des statues grandeur nature de soldats et de domestiques ont été découvertes par des paysans en 1974. Depuis, les archéologues en ont mis au jour près de 8 000.
Photographie de o. Louis mazzatenta

Dans un laboratoire de Bolzano, en Italie, des scientifiques examinent la pointe de flèche mortelle logée dans l’épaule d’Ötzi. Le fût de la flèche qu’Ötzi ou son assassin a dû chercher à l’extraire. L’examen réalisé sur l’estomac de l’homme des glaces a révélé que son dernier repas était composé de bouquetin et de céréales.
Photographie de robert clark

Photographié sous cet angle, ce sanctuaire haut de 2,5 m, à Mes Aynak, en Afghanistan, semble beaucoup plus grand. Seule une partie de ce complexe bouddhiste tentaculaire, qui date du IIIe au VIIIe siècle de notre ère, a été fouillée par les archéologues.
Photographie de Simon Norfolk

L’archéologue Rick Knecht utilise une rame de son bateau pour soutenir et protéger un arc en bois vieux de 400 ans. Dans le cadre de leurs efforts pour sauver les restes de l’ancien village côtier qui porte aujourd’hui le nom de Nunalleq, Rick Knecht et son équipe ont récupéré plus de 100 000 objets anciens.
Photographie de Erika Larsen

La vision du Machu Picchu « m’a coupé le souffle », raconte Hiram Bingham, dont les travaux ont attiré l’attention du monde entier sur ce site en 1913. La « retraite royale », aux pierres taillées et aux cascades de terrasses parfaitement agencées, illustre les talents de bâtisseurs des Incas.
Photographie de Hiram Bingham

À presque 3 800 m de fond, la proue du Titanic surgit des ténèbres, couverte de « rusticules », sortes de stalactites orange dues aux bactéries se nourrissant de fer.
Photographie de Emory Kristof





