Une tombe pyramidale de l’époque romaine révèle une entrée en pierre exceptionnelle, des scènes du Livre de l’Amdouat et une élégie funéraire en grec ancien
Une mission archéologique égyptienne relevant du Conseil suprême des antiquités, qui mène des fouilles dans la zone archéologique de Bir Al-Chaghala, dans l’oasis de Dakhla, au gouvernorat de la Nouvelle-Vallée, a mis au jour une tombe de forme pyramidale construite en briques crues et datant de l’époque romaine. La tombe était destinée à accueillir les dépouilles d’un homme et de son épouse. Elle se distingue par son architecture originale ainsi que par la richesse et la rareté de ses inscriptions et textes funéraires.
Les travaux de fouilles ont notamment permis de découvrir plusieurs pièces archéologiques importantes, dont une stèle en pierre portant une élégie funéraire en grec ancien, une table d’offrandes et un bassin de purification en grès, ainsi qu’un ensemble varié de poteries et une monnaie en bronze portant un relief représentant l’empereur romain Constantin.
Le ministre du Tourisme et des Antiquités, Chérif Fathy, a souligné que cette découverte témoignait de la richesse et de la diversité du patrimoine archéologique et civilisationnel des oasis égyptiennes, qui conservent d’importants témoignages de la succession des civilisations ayant marqué l’histoire de l’Égypte à travers les âges.
Il a également indiqué que le ministère accordait une attention particulière au soutien des missions archéologiques égyptiennes, dont les travaux permettent de réaliser de nouvelles découvertes enrichissant les connaissances sur l’histoire de la civilisation égyptienne et mettant en lumière sa diversité ainsi que sa continuité à travers les différentes périodes historiques.
Le secrétaire général du Conseil suprême des antiquités, Dr Hicham Al-Leïthi, a précisé que l’importance de cette découverte résidait notamment dans les éléments architecturaux, les inscriptions et les textes funéraires de la tombe, qui fournissent de précieuses informations sur les pratiques funéraires ainsi que sur la vie culturelle et religieuse dans l’oasis de Dakhla à l’époque romaine.
Le président du secteur des Antiquités égyptiennes au Conseil suprême des antiquités, Mohamed Abdel Badie, a expliqué que la tombe est précédée d’un escalier de 14 marches menant à son entrée principale, construite en grès dans le style architectural égyptien. Celle-ci est ornée de reliefs et d’inscriptions hiéroglyphiques exécutés en creux, comprenant plusieurs formules et récitations funéraires destinées à assurer la protection du défunt.
Cette entrée en pierre constitue l’un des éléments architecturaux les plus remarquables et les plus singuliers découverts dans la nécropole de Bir Al-Chaghala. Elle est surmontée d’une corniche égyptienne décorée d’un disque solaire ailé et de deux cobras, suivie d’un élément architectural représentant un faisceau de roseaux.
Le linteau supérieur de l’entrée présente également une scène funéraire particulièrement rare, découverte pour la première fois dans les tombes de cette nécropole. Elle représente la septième heure du Livre de l’Amdouat, l’un des principaux livres de l’au-delà de l’Égypte ancienne. Les inscriptions qui l’encadrent comportent des textes et des scènes liés aux occupants de la tombe.
L’entrée a été retrouvée fermée par une dalle de pierre représentant une figure osirienne et entourée de plusieurs formules protectrices.
Elle donne accès à une salle transversale construite en briques crues et couverte d’une voûte, dont une partie de la section occidentale s’est effondrée. Deux chambres funéraires en briques crues, recouvertes d’une couche de mortier, se trouvent sur le côté droit de la salle. Elles sont surmontées par la structure pyramidale de la tombe.
Le directeur de l’administration centrale des Antiquités de la Moyenne-Égypte, Dr Sami Dardiri, a indiqué que l’une des découvertes les plus importantes de la campagne de fouilles était une stèle funéraire prenant la forme d’une élégie, encastrée dans le mur sud de la structure pyramidale.
De forme rectangulaire, la stèle se termine dans sa partie supérieure par un fronton au centre duquel figure un disque solaire réalisé en relief. Elle porte un texte rédigé à l’encre rouge en grec ancien, sous la forme d’un poème funéraire de 19 vers consacré à un homme nommé Pésikhtis. Selon les premières études, celui-ci aurait probablement exercé la fonction de juge.
L’élégie est datée de la fin du IIIe ou du début du IVe siècle de notre ère. Elle constitue un témoignage important de l’essor de la vie littéraire et culturelle dans les oasis durant l’époque romaine.
Le directeur général des Antiquités de la Nouvelle-Vallée, Mohamed Ibrahim, a précisé que la mission avait également découvert une table d’offrandes en grès reposant au-dessus d’un bassin de purification réalisé dans le même matériau, ainsi qu’un ensemble de poteries et une monnaie en bronze portant un relief représentant l’empereur romain Constantin.
Les éléments archéologiques recueillis laissent penser que la tombe aurait été réutilisée à une période ultérieure. Dans sa partie supérieure, les archéologues ont en effet découvert une chapelle construite en briques crues, située au-dessus de l’entrée principale, ainsi qu’un sanctuaire funéraire situé devant celle-ci et composé de quatre colonnes carrées en briques crues.
Une nécropole emblématique de l’oasis de Dakhla
La région de Bir Al-Chaghala constitue l’un des principaux sites archéologiques de l’oasis de Dakhla. Elle correspond à l’une des nécropoles de la ville de Mout, capitale de l’oasis durant les époques ptolémaïque et romaine. Son appellation moderne provient de la présence d’un puits connu sous le nom de « Bir Al-Chaghala ».
Le Conseil suprême des antiquités y a commencé ses fouilles en 2002. Au fil des différentes campagnes, celles-ci ont permis de mettre au jour de nombreuses tombes présentant une grande diversité de plans et de styles architecturaux.
Les tombes découvertes dans cette nécropole témoignent d’un style architectural mêlant des éléments de l’Égypte ancienne à des influences apparues durant les périodes ptolémaïque et romaine. Parmi les caractéristiques les plus remarquables figure le modèle architectural égyptien comprenant une cour à ciel ouvert, qui se transforme parfois en un escalier flanqué d’autels probablement utilisés pour l’accomplissement de rites funéraires en plein air.
Certaines tombes se distinguent également par la présence d’un étage supérieur abritant une chapelle funéraire surmontée d’une structure pyramidale. La nature de ces sépultures ainsi que leurs caractéristiques architecturales et artistiques laissent penser que la nécropole aurait été destinée à des membres de l’élite de la population de la capitale de l’oasis à l’époque romaine.
Dans plusieurs de ces tombes, l’aménagement intérieur comprend une salle antérieure donnant accès à des chambres funéraires. Certaines abritaient des sarcophages en pierre ou en terre cuite. Les plafonds des chambres adoptaient généralement une forme voûtée et étaient construits soit en grès, soit en briques crues fabriquées à partir de l’argile locale.
Les murs et les plafonds de plusieurs chambres sont ornés de scènes et de textes funéraires inspirés des livres de l’au-delà de l’Égypte ancienne, auxquels s’ajoutent des éléments d’influence grecque et romaine. Cet ensemble témoigne du mélange de croyances, de pratiques et de traditions qui caractérisait les habitants de l’ancienne ville de Mothis, correspondant à l’actuelle Mout, durant cette période.





