L’économie parallèle, souterraine ou de l’ombre… des termes désignant toute activité- pas forcément illégale- mais entraînant un revenu non-déclaré au fisc. Constituant une menace contre l’économie officielle, avec ses importantes répercussions négatives, l’Etat vise, au cours de la prochaine période, à intégrer cette économie de l’ombre dans l’économie officielle, en offrant des avantages attrayants qui contribueraient à une plus grande uniformité des règles du jeu et permettraient d’accroître les recettes annuelles. Analyse.
Par Névine Ahmed

Un ouvrier d’usine qui conduit le soir, après sa journée de travail, un taxi non-déclaré… une femme qui a créé une page sur Facebook ou Instagram pour vendre des produits artisanaux qu’elle a fabriqués… un plombier qui a réparé un tuyau pour un client et reçoit un paiement au comptant qu’il ne déclare pas au fisc… un vendeur qui essaie de négocier avec un client au coin d’une rue. Il y a autant d’exemples d’activités représentant l’économie souterraine ou économie de l’ombre qu’on appelle aussi économie parallèle. Ces activités non-déclarées représentent au total des millions de LE par an, et ne sont pas portées dans les registres puisqu’elles échappent au regard des agents du fisc et aussi des statisticiens nationaux.
Les activités économiques souterraines sont depuis longtemps des réalités de la vie et sont en progression aussi dans le monde entier. C’est pour cette raison que le gouvernement égyptien a entrepris des démarches et travaillent à promulguer des législations qui essaieront de freiner la croissance de l’économie parallèle, en raison de ses graves conséquences.
Cette transition vers l’économie formelle signifie, comme a récemment souligné le Premier ministre, Dr Moustafa Madbouli, plus d’avantages, comme notamment l’obtention de prêts pour développer l’activité, l’ouverture de nouveaux marchés et la création d’une plus grande concurrence, et surtout la fabrication de produits conformes aux spécifications et aux critères sous les yeux des contrôleurs, loin de toute production “souterraine”, qui peut constituer une menace à la santé et à l’environnement.
Les opérateurs de l’économie souterraine ne respectent généralement pas les différentes dispositions législatives et réglementaires du marché qui protègent les consommateurs et les employés. L’intégration donc de l’économie parallèle permet aux travailleurs de bénéficier de tous les avantages prévus pour les travailleurs du secteur formel. Le plan de développement vise à intégrer l’économie de l’ombre dans le système de l’économie formelle, à travers un ensemble de mécanismes, notamment l’octroi de subventions financières, l’obtention de licences, et de facilités au niveau de l’exercice de ces activités non-déclarées.

De surcroît, le gouvernement s’efforce d’élargir la portée de l’assurance sociale pour inclure la couverture des travailleurs du secteur de l’ombre, en mettant en œuvre un système complet d’assurance maladie pour inclure ces travailleurs. Des mécanismes seraient également établis pour apporter un soutien technique et financier aux micro-entreprises, afin d’améliorer leur efficacité de production.
Il s’agit également de revoir les lois du travail pour leur ajouter suffisamment de flexibilité pour embaucher les travailleurs dans le secteur formel et développer une prise de conscience quant aux avantages de l’économie formelle, en termes de possibilité de traiter avec le système bancaire (inclusion financière) et de bénéficier d’initiatives proposées par ce dernier, ainsi que la possibilité d’accéder aux marchés d’exportation.
En fait, l’existence d’une économie souterraine de grande ampleur a des répercussions négatives importantes, puisque les opérateurs économiques de l’économie souterraine ne respectent généralement pas les différentes dispositions législatives et réglementaires visant à réguler les marchés et à protéger les consommateurs, les employés et l’environnement. Ces activités de l’économie parallèle entraînent une distorsion de la concurrence et nuit à la productivité à long terme, alarment les experts économiques, qui expliquent que l’économie de l’ombre constitue une menace pour le marché en créant des difficultés budgétaires non-négligeables et en exerçant une pression importante sur les entreprises légitimes.
En ce qui concerne les législations, il est prévu, selon les déclarations du chef du gouvernement, que la loi sur le travail soit l’un des premiers textes législatifs qui seront soumis à la Chambre des Représentants. Le projet de loi en général constitue une véritable étape vers l’intégration des travailleurs de l’économie parallèle dans l’économie formelle, car il contribue à offrir des opportunités d’emploi aux jeunes, stimule les investissements internes et externes, préserve les droits des travailleurs et réalise un équilibre entre les deux parties de la société: l’employeur et l’employé.
Actuellement, le gouvernement vise à augmenter le taux d’emploi des jeunes, notamment dans les régions pauvres, en facilitant les procédures d’entrepreneuriat notamment en ce qui concerne les petits projets et en mettant en œuvre des programmes d’orientation professionnelle.
En conclusion, une forte réduction de l’ampleur de l’économie souterraine garantirait une meilleure protection des consommateurs, des entreprises de l’économie officielle et des employés et permettrait d’accroître les recettes annuelles.
En fait, l’intégration de l’économie parallèle dans le système formel est l’un des dossiers et des défis les plus marquants auxquels est confronté le gouvernement, qui affirme à plusieurs reprises que l’Etat ne progressera que grâce à l’industrie et aux moyennes, petites et micro-entreprises.




