- 14 juillet : L’ambassadeur de France au Caire à cœur ouvert au Progrès Egyptien :
A l’occasion de la fête nationale française du 14 juillet, l’ambassadeur de France au Caire, S.E. Eric Chevallier, a accordé une interview au Progrès Egyptien, dans laquelle il est revenu sur la relation entre l’Egypte et la France. Il a mis en lumière la densité et la diversité du partenariat bilatéral, couvrant les volets politique, économique, culturel et sécuritaire. L’entretien souligne également la dynamique de coopération et les perspectives de renforcement des liens entre les deux pays.

Propos recueillis par Mohamed El Sayed El Azzawy
– Le Progrès Egyptien : Comment évaluez-vous les relations entre l’Egypte et la France ?
– Eric Chevallier : Les relations entre l’Egypte et la France se distinguent par leur caractère dense, structuré et multidimensionnel, fondé sur une intensification constante du dialogue politique et diplomatique, ainsi que sur une coopération élargie à de nombreux secteurs stratégiques.
La dynamique bilatérale est portée au plus haut niveau, comme en témoigne la fréquence des échanges présidentiels et ministériels entre les deux pays. Les visites de haut niveau et les rencontres régulières traduisent une volonté commune de consolider un partenariat exceptionnel, notamment depuis le rehaussement de la relation au rang de partenariat stratégique,formalisé en avril 2025.
Cette évolution s’est notamment matérialisée par la tenue, au Caire, du premier dialogue stratégique entre les deux pays, qui instaure un cadre institutionnel structuré de concertation politique et diplomatique.
Au-delà du cadre institutionnel, la France accordent de l’importance aussi à la dimension humaine et sociétale de notre relation bilatérale : Le renforcement des liens entre les peuples constitue ainsi un levier majeur de consolidation durable de la coopération.
Une coopération élargie : Culture, éducation et santé
Dans le domaine culturel et éducatif, la coopération franco-égyptienne se traduit par la création de nouveaux établissements scolaires francophones, de nouveaux partenariats universitaires et l’intensification des échanges académiques. Ces initiatives contribuent à renforcer la diffusion de la langue française et à promouvoir le plurilinguisme, que je pense être comme un atout majeur pour l’insertion des jeunes générations dans un environnement international.
Les échanges culturels sont également appelés à s’intensifier dans le cadre de la Saison Méditerranée organisée par la France, qui met en valeur la richesse des cultures des deux rives de la Méditerranée à travers une programmation d’événements artistiques et institutionnels.
Dans le domaine de la santé, la coopération s’illustre par des projets conjoints innovants, notamment dans la lutte contre le cancer. Le partenariat impliquant l’Institut Gustave Roussy, institut de référence mondial, marque une étape importante, avec un développement international inédit de ses activités en collaboration avec des partenaires égyptiens.
Un partenariat économique solide et en expansion
– P.E. : Pouvez-vous nous parler des relations bilatérales sur le plan économique ?
– E.CH. : Sur le plan économique, les relations bilatérales affichent une progression constante. La France figure parmi les principaux partenaires économiques de l’Égypte, avec environ 200 entreprises implantées localement, actives dans des secteurs clés tels que les transports, l’énergie, les infrastructures, le tourisme et l’agriculture.
Ces entreprises génèrent environ 50 000 emplois directs et participent activement à la production locale, à l’investissement et à l’exportation depuis l’Égypte, contribuant ainsi à la création de valeur ajoutée et au développement industriel du pays. Le stock des investissements des entreprises françaises en Égypte est estimé à environ 7 milliards d’euros, hors hydrocarbure, faisant de la France le premier investisseur direct européen dans le pays, hors hydrocarbures.
Cette dynamique s’accompagne également d’un engagement continu en faveur de la formation professionnelle, du développement des compétences et du renforcement du capital humain, considéré comme un levier essentiel de la croissance économique, notamment dans un pays où la jeunesse représente une large partie de la population.
Climat des affaires et réformes structurelles
– P.E. : Lors vos réunions avec les ministres égyptiens, vous évoquez également les obstacles que peuvent rencontrer les entreprises françaises. Quels sont-ils ??
– E.CH. : Tout d’abord, je souhaite souligner que les ministres égyptiens ont réaffirmé leur engagement à faciliter l’implantation des entreprises étrangères dans le pays.
Des défis, à la fois quotidiens et structurels, persistent toutefois, notamment en matière de procédures administratives. Il est important de garantir un traitement égal entre les entreprises et de promouvoir un environnement fondé sur une concurrence loyale et des conditions d’accès équitables au marché.
Des efforts significatifs ont également été entrepris dans le domaine des procédures douanières, avec pour objectif de réduire les délais administratifs et d’améliorer la fluidité des opérations. Selon les observations partagées, des progrès sensibles ont été enregistrés sur ce plan. Par ailleurs, les autorités égyptiennes poursuivent leurs efforts en matière d’infrastructures, en particulier dans le secteur des transports, considéré comme un levier essentiel du développement industriel et de l’attractivité économique.
Technologies de pointe et innovation
– P.E. : Est-ce qu’on verra prochainement des entreprises françaises qui travaillent dans le domaine de l’intelligence artificielle en Egypte ?
– E.CH. : Effectivement, la France travaille avec son partenaire égyptien dans le secteur de l’Intelligence artificiel, secteur d’avenir. Plusieurs entreprises françaises sont actives dans ce domaine, notamment en cybersécurité. Je veux citer ici un projet de centre d’innovation dédié à l’IA, associant l’université d’Alexandrie et l’université Paris-Saclay, illustre cette volonté commune de développer des partenariats scientifiques et technologiques de haut niveau.
Ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à renforcer les échanges en matière de recherche, d’innovation et de technologies avancées.
Convergences diplomatiques et enjeux régionaux
– P.E : Quels sont les défis auxquels sont confrontées larelation entre les deux pays?
– E. CH. : La relation entre l’Égypte et la France, bien que dense et structurée, évoluent dans un environnement international et régional marqué par de multiples défis.
Sur le plan géopolitique, les deux pays doivent composer avec des crises régionales récurrentes, notamment au Moyen-Orient, en Afrique et dans la zone méditerranéenne. Ces situations exigent une coordination constante afin de favoriser des solutions politiques durables et de contenir les risques d’instabilité, dans un contexte où les équilibres régionaux restent fragiles.
Les enjeux sécuritaires constituent également un défi majeur. La lutte contre le terrorisme, la sécurité maritime et la gestion des menaces transnationales nécessitent un renforcement continu de la coopération bilatérale, ainsi qu’une adaptation permanente aux nouvelles formes de risques.
Sur le plan économique, les relations doivent composer avec un environnement mondial caractérisé par des incertitudes, des tensions sur les chaînes d’approvisionnement et une concurrence accrue entre acteurs internationaux. Cela impose de poursuivre les efforts visant à diversifier et à consolider les partenariats économiques et d’investissement.
Sur le plan politique et diplomatique, l’Egypte et la France partagent des positions convergentes sur de nombreuses questions régionales, notamment sur la situation à Gaza, et et plus largement en Palestine Vous savez que la France s’est beaucoup investie sur ce dossier : nous avons initié un mouvement avec la reconnaissance de l’Etat de Palestine le 22 septembre dernier, aux côtés d’autres Etats pour remettre la solution à deux Etats au centre des discussions, seule voie viable vers une paix durable. Des convergences existent également sur d’autres dossiers, tels que la situation au Liban, la sécurité dans la région du détroit d’Ormuz et plus largement la stabilité du Moyen-Orient et de la Méditerranée.
Les deux pays œuvrent à renforcer une dynamique euro-arabe fondée sur le dialogue, la coordination et la recherche de solutions communes face à des défis interdépendants. Cette approche repose sur la conviction partagée que la stabilité régionale nécessite une concertation étroite entre les acteurs concernés.
Sécurité régionale et coopération multilatérale
– P.E. : Pouvez-vous nous parler de la sécurité en Méditerranée?
– E.CH. : La sécurité en Méditerranée constitue un axe central de coopération entre l’Egypte, la France et leurs partenaires européens. Les échanges réguliers, y compris informels avec la Ligue des États arabes, témoignent d’une volonté de renforcer les passerelles entre acteurs arabes et européens.
Dans ce cadre, la Ligue arabe est un interlocuteur important, engagé en faveur de la stabilité régionale et du renforcement du dialogue. Notre coopération méditerranéenne s’inscrit ainsi dans une logique de concertation continue face à des enjeux communs.
Migration et mobilité
La France vient de signer un accord global sur la migration et la mobilité avec l’Egypte qui vise trois objectifs : renforcer le cadre juridique sur le retour et la réadmission des personnes en situation irrégulière ; soutenir l’emploi et la formation en Egypte ; faciliter une mobilité mieux organisée notamment pour les étudiants et les jeunes professionnels. Cet accordporte une vision équilibrée de cette question avec les deux volets, à la fois le renforcement de la lutte contre les réseaux de trafic et la promotion des mécanismes de mobilité légale, structurée et encadrée, dans une logique de partenariat.
Une relation dense face à des défis multiples
Malgré la densité et la solidité de leur partenariat, les relations franco-égyptiennes évoluent dans un environnement international complexe, marqué par des crises régionales, des défis sécuritaires, des incertitudes économiques et des mutations géopolitiques profondes.
Dans ce contexte, la capacité des deux pays à maintenir un dialogue constant, à préserver leurs convergences et à adapter leur coopération constitue un élément central de la stabilité et de la continuité de leur partenariat stratégique.
Une nouvelle saison méditerranéenne pour dynamiser les échanges culturels franco-égyptiens
– P.E. : Sur le plan culturel, et les échanges entre les deux pays, quels sont les prochains projets?
– E.CH. : Les échanges culturels entre l’Égypte et la France devraient connaître un nouvel élan à travers plusieurs projets visant à soutenir la créativité et la jeunesse égyptienne, notamment dans les domaines du cinéma, du théâtre et de la littérature.
Ces initiatives ont pour objectif d’accompagner les artistes et créateurs égyptiens, en renforçant les opportunités de coopération et de diffusion de leurs œuvres, dans un cadre bilatéral et international.
D’autres projets culturels devraient être annoncés dans le cadre de la prochaine Saison Méditerranée, initiée par le président de la République française. Cette programmation vise à mettre en valeur la dynamique des cultures méditerranéennes ainsi que les liens historiques et contemporains qui les unissent.
Plusieurs événements culturels sont ainsi prévus en France et bientôt en Egypte au cours de cette saison, contribuant à renforcer la visibilité des expressions artistiques des deux rives de la Méditerranée, espace que nous avons en commun.
Les écoles françaises au cœur du rapprochement éducatif
– P.E. : – Qu’en est-il de la langue française et de l’éducation?
– E.CH. : La langue française et l’éducation occupent une place centrale dans les relations entre l’Égypte et la France, les établissements scolaires français en Égypte sont un pilier essentiel du rapprochement entre les deux peuples.
Je constate régulièrement que les écoles françaises sont un élément fondamental du lien bilatéral. J’ai récemment visité plusieurs établissements et participé à des cérémonies de remise de diplômes. Elles m’ont permis de confirmer leur rôle central dans la formation de générations d’élèves selon des standards élevés, combinant excellence académique et transmission de valeurs éducatives.
Ces établissements continuent de former des élèves d’un niveau remarquable, contribuant ainsi à renforcer les échanges humains et culturels entre les deux pays, tout en consolidant la présence de la langue française dans le système éducatif égyptien.
Il est également souligné que l’enseignement du français ne s’effectue pas au détriment d’autres langues, mais dans une logique de complémentarité linguistique. Le plurilinguisme est ainsi présenté comme un atout majeur, offrant aux jeunes générations de meilleures opportunités académiques et professionnelles dans un contexte international de plus en plus ouvert.





