Pendant longtemps, la trajectoire professionnelle suivait une ligne claire et presque immuable : se former, entrer dans un métier, y progresser, puis y rester. Cette logique du « métier pour la vie » a structuré des générations entières. Aujourd’hui, elle s’efface peu à peu. Une nouvelle réalité s’impose, portée par les jeunes générations : celle des parcours fragmentés, évolutifs, parfois simultanés. La génération dite “multi-carrières” ne se contente plus d’un seul métier. Elle en explore plusieurs, successivement ou en parallèle. Pourquoi ce changement profond ?La première raison tient à la transformation du marché du travail. Les carrières linéaires sont devenues rares dans un monde marqué par l’instabilité économique, la mutation rapide des compétences et la disparition de certains métiers. Face à cette incertitude, les jeunes développent une stratégie d’adaptation. Multiplier les compétences, changer de voie, apprendre en continu devient une manière de sécuriser son avenir, non plus en s’attachant à un poste, mais en cultivant sa capacité à rebondir.À cette réalité économique s’ajoute une quête de sens plus affirmée. Beaucoup de jeunes refusent l’idée de s’enfermer dans une activité qui ne correspond plus à leurs valeurs ou à leurs aspirations. Changer de métier n’est plus vécu comme un échec, mais comme une réorientation légitime. Enseigner, entreprendre, créer, se reconvertir : chaque étape est perçue comme une expérience enrichissante, contribuant à une identité professionnelle plurielle.Les technologies numériques jouent également un rôle central. Elles ont facilité l’accès à la formation, au travail indépendant et aux activités parallèles. Il est désormais possible d’être salarié le jour, créateur de contenu le soir, entrepreneur le week-end. Cette porosité entre les activités favorise l’émergence de parcours hybrides, où la polyvalence devient une force. Le métier n’est plus un titre figé, mais un ensemble de compétences mobilisables selon les opportunités.Cependant, cette liberté apparente n’est pas sans contrepartie. Les carrières multiples s’accompagnent souvent d’une précarité accrue, d’une instabilité des revenus et d’un épuisement lié à la nécessité de se réinventer sans cesse. L’absence de repères clairs peut générer de l’anxiété, et la responsabilité de « réussir » repose davantage sur l’individu que sur les structures collectives.La génération “multi-carrières” révèle ainsi une évolution profonde du rapport au travail. Elle ne cherche pas seulement un emploi, mais une cohérence entre vie professionnelle, aspirations personnelles et réalités économiques. Si elle bouscule les modèles traditionnels, elle oblige aussi les institutions, les entreprises et les systèmes de formation à repenser leurs cadres.Faire plusieurs métiers n’est pas un caprice générationnel. C’est le symptôme d’un monde en mutation, où la stabilité ne se trouve plus dans la permanence d’un poste, mais dans la capacité à évoluer. Pour cette génération, la carrière n’est plus un chemin unique, mais une trajectoire en mouvement.





