Clin d’œil
Par : Samir Abdel Ghany
Dans la scène de l’art plastique égyptien contemporain, le nom de l’artiste Hassan Ghanem s’impose comme celui d’un gardien de la mémoire visuelle égyptienne, non pas dans son sens figé, mais dans sa dimension vivante et renouvelée, capable de « fuir » les cadres rigides du temps.
Dans sa dernière exposition à la Galerie Dai à Zamalek, intitulée « Le fuyard de Beni Hassan », Ghanem ne présente pas de simples tableaux, mais un véritable manifeste artistique. Il y affirme une fusion essentielle entre la puissance de l’art graphique (gravure et impression) et la vitalité de la peinture.
On a pu voir Hassan évoluer parmi les visiteurs vêtu de vêtements qu’il a lui-même conçus, ornés de ses propres dessins, portant une couronne empruntée à l’artiste Reda Khalil. Il se déplaçait dans l’espace comme un roi ou un artiste antique échappé de son époque, venu nous raconter la grandeur de ses ancêtres.


Le choix du titre « Beni Hassan » ne renvoie pas seulement à un site géographique situé à Minya, mais à l’un des plus importants témoignages de l’art de l’Égypte ancienne, où les reliefs élégants documentent les jeux sportifs et la vie quotidienne avec une remarquable pureté de la ligne.
Ici, Hassan Ghanem devient ce « fuyard » : non pas en fuite de l’histoire, mais en déplacement de l’histoire vers le présent. Il s’inspire de cette fluidité linéaire ancienne pour la réinterpréter dans une vision contemporaine, mêlant la rigueur du graphisme à la liberté du pinceau pictural.
Hassan pratique l’art comme un jeu conscient, guidé par une lecture profonde de l’histoire et une démarche de découverte. Il soulève le voile de l’oubli et nous présente une œuvre qui agit comme une révélation.

Ce qui distingue particulièrement cette exposition est la capacité de Hassan Ghanem à abolir les frontières entre les disciplines artistiques.
D’un point de vue graphique, son travail se manifeste dans la maîtrise de l’espace, la répartition des masses en noir et blanc, et l’importance du trait comme élément structurel fondamental. Ses œuvres imprimées (linogravure) ou inspirées de la gravure révèlent une rigueur presque architecturale, où le jeu d’ajouts et de retraits crée un équilibre visuel remarquable.
En parallèle, il explore pleinement la peinture en couleur avec audace. Les formes humaines et animales deviennent des silhouettes symboliques (silhouettes), flottant dans des univers chromatiques intenses : bleu ciel, rouge profond, jaune solaire.
Les œuvres sont saturées de symboles profondément égyptiens : oiseaux, arbres, maisons rurales et figures humaines semblant engagées dans une danse, un rituel funéraire ou une célébration. Ces formes réduisent le monde à des unités visuelles simples, mais chargées d’une forte intensité émotionnelle et historique.

Dans certaines œuvres, le trait domine et structure l’image. Dans d’autres, la couleur explose et introduit une dimension dramatique et sensorielle, compensant l’absence de détails des visages. Ce dialogue constant entre les deux approches crée une expérience visuelle hybride, où le spectateur perçoit à la fois la texture de la surface gravée et la puissance du geste pictural.
Dans « Le fuyard de Beni Hassan », Hassan Ghanem démontre que l’artiste véritable est celui qui sait maîtriser ses outils sans en être prisonnier. Il réussit à faire respirer la gravure par la couleur et à structurer la peinture par le trait.
Cette exposition devient ainsi un voyage dans la mémoire égyptienne : des murs des tombes antiques jusqu’à l’atelier de l’artiste contemporain, elle se déploie comme une poésie visuelle racontant l’histoire d’un peuple qui ne cesse d’innover.
Elle invite à réfléchir sur la manière dont le passé peut inspirer sans contraindre, et comment différentes techniques peuvent s’unir pour créer un langage artistique universel, profondément enraciné dans une identité égyptienne authentique.
Hassan Ghanem ne fuit pas Beni Hassan pour s’en détacher, mais pour lui offrir une nouvelle vie sur les surfaces de la toile et du papier.





