L’Egypte poursuit un ambitieux programme de modernisation de ses infrastructures en Haute-Egypte, avec des investissements massifs dans les routes, les ponts et les axes de franchissement du Nil. De nouveaux corridors stratégiques voient le jour à Assouan et Louxor afin de renforcer la connectivité des territoires, soutenir les projets agricoles, industriels et touristiques et accompagner l’essor des nouvelles zones urbaines.
Par Névine Ahmed
L’Etat égyptien accorde une attention particulière aux gouvernorats de Haute-Egypte, notamment à Assouan et Louxor, où se déploie actuellement un ambitieux programme de projets nationaux dans les secteurs des routes, des ponts et des axes de franchissement du Nil. Ces investissements visent à fluidifier les déplacements des populations, à soutenir les zones agricoles et industrielles ainsi que les nouvelles communautés urbaines, conformément à la stratégie des autorités visant à intégrer pleinement le Sud du pays dans la dynamique de développement national.
Le pont-axe de Daraw, un projet stratégique sur le Nil
Parmi les projets les plus emblématiques figure l’axe de Daraw sur le Nil, dans le gouvernorat d’Assouan. Long de 18 km, ce projet comprend deux voies de circulation dans chaque sens sur une largeur totale de 21 m. Le projet intègre également 9 structures d’art, dont 7 ponts et 2 tunnels. L’axe assurera la liaison entre la route agricole orientale reliant Le Caire à Assouan et la route désertique occidentale, en franchissant le Nil et en desservant la route agricole occidentale au Sud de la ville de Daraw.
Cette infrastructure permettra de connecter les zones de développement situées à l’Ouest du fleuve aux grands axes routiers orientaux et occidentaux, tout en améliorant les liaisons avec les zones résidentielles. Elle facilitera également l’accès aux carrières situées sur l’axe Ballana-Kalabcha, desservira le complexe solaire de Benban, le projet de mise en culture de 850 mille feddans, ainsi que les nouvelles zones agricoles à l’Ouest de Kom Ombo. Les régions touristiques devraient également bénéficier de cette nouvelle connexion.
Selon le ministre des Transports, Kamel El-Wazir, l’axe de Daraw constitue un maillon essentiel du réseau des traversées du Nil et devrait contribuer à une amélioration significative de la mobilité tout en soutenant les objectifs de développement économique et social. Le ministre rappelle qu’avant 2014, l’Egypte comptait 38 axes et ponts majeurs. A partir de cette date, les autorités ont adopté une nouvelle stratégie visant à réduire la distance moyenne entre les traversées du Nil à environ 25 km. L’objectif est de faciliter les déplacements, de soutenir l’expansion urbaine et les projets de développement dans les secteurs industriel, agricole, touristique et commercial, tout en réduisant les accidents de la route, les temps de trajet et la consommation de carburant.
Dans ce cadre, le plan national prévoit la réalisation de 35 axes transversaux intégrés supplémentaires, portant leur nombre total à 73. La Haute-Egypte concentrera à elle seule 22 de ces axes. A ce jour, 19 ont déjà été réalisés, dont 14 dans le Sud du pays et cinq dans le Delta. 7 autres traversées du Nil sont actuellement en construction, dont 3 en Haute-Egypte et 4 dans le Delta. Le ministre souligne que ces infrastructures ne se limitent plus à de simples ponts franchissant le Nil, mais constituent désormais de véritables corridors intégrés reliant les réseaux routiers situés à l’est et à l’Ouest du fleuve.
Modernisation de la liaison avec l’aéroport d’Assouan et amélioration de l’axe Louxor-Assouan
Parallèlement, le ministère des Transports mène un programme de modernisation de la route reliant l’aéroport d’Assouan au réseau principal. Cette liaison, longue de 7,8 km, est en cours de réhabilitation selon des techniques de revêtement modernes. Elle comportera trois voies dans chaque sens sur une largeur de près de 14 m.
Les autorités supervisent également l’élargissement de la route reliant la route agricole occidentale à la route désertique occidentale entre les gouvernorats de Louxor et d’Assouan. La chaussée passera de six à 12 m de largeur, tandis que les travaux de renforcement permettront au corridor de supporter le trafic croissant des poids lourds et des véhicules de transport de marchandises.
Le développement du corridor désertique occidental de Haute-Egypte
Les travaux se poursuivent également sur le vaste projet de modernisation de la route désertique occidentale de Haute-Egypte, dont la longueur totale atteint 1 226 km. La section reliant Louxor à Sébaïya, longue de 55,8 km, fait actuellement l’objet d’un doublement et d’une modernisation avec trois voies dans chaque direction. Dans le même temps, les travaux avancent sur le tronçon Assouan-Tochka, long de 215 km. Une première phase de doublement couvre déjà 50 km entre Assouan et le carrefour de Gharf Hussein.
Plusieurs sections du corridor ont déjà été mises en service. Les tronçons reliant Le Caire à Minya sur 230 km, puis Minya à Al-Qoussiya sur 60 km, ont été entièrement modernisés. L’axe dispose désormais de six voies en direction d’Assiout et de 5 voies en direction du Caire, avec des aménagements spécifiques destinés au trafic des camions et des véhicules lourds. Les travaux ont également été achevés sur les segments Sébaïya-Edfou (25 km) et Edfou-Assouan (87,5 km), livrés en mars 2025. Les chantiers progressent actuellement entre Al-Qoussiya et Assiout sur 57 km, tandis que de nouvelles phases sont programmées entre Assiout et Louxor sur 336 km, ainsi qu’entre Tochka et Arqin sur 103 km. Au total, 402 km ont déjà été modernisés, 385 km sont en cours de réalisation et 439 km supplémentaires figurent au programme des prochaines années.
Un maillon du corridor africain Le Caire-Cape Town
Cette route s’inscrit dans le cadre du corridor continental Le Caire-Cape Town, destiné à faciliter les échanges commerciaux entre l’Egypte et les pays africains. L’ensemble des travaux est assuré par des entreprises nationales spécialisées, dans le cadre d’une stratégie privilégiant la participation du secteur privé aux grands projets d’infrastructure.
Pour le ministre des Transports, ces réalisations répondent avant tout à l’objectif d’améliorer la qualité de vie des citoyens et de soutenir les plans de développement global du pays. Les projets routiers en Haute-Egypte illustrent ainsi l’ampleur de la transformation que connaît actuellement le secteur des infrastructures de transport en Egypte.





