Par Samir Abdel-Ghany

Dans la douceur veloutée d’une soirée d’hiver, la galerie Art Corner s’est muée en un lieu de confidences artistiques. Là, côte à côte, se tenaient le maître — le grand artiste Dr Salah El-Meligi — et la talentueuse Ingy Mahmoud, venus inaugurer leur exposition commune : un pont entre deux générations, entre expérience et élan créatif, entre profondeur et émerveillement.
Je m’approche d’eux et, dans cette atmosphère chaleureuse, je pose au maître la question la plus simple, mais aussi la plus révélatrice :
— Pourquoi avoir accepté d’exposer aux côtés d’Ingy ?
El-Meligi esquisse un sourire empreint de sagesse :
« À ce stade de ma vie, mon rôle est d’ouvrir les portes à mes élèves… de les accompagner, de partager avec eux la quintessence de mon expérience. Le dialogue entre les générations est une flamme qu’il faut nourrir. Allumer une bougie ensemble vaut mieux que maudire l’obscurité. »
La voix d’Ingy : sincérité, humilité et lumière
Dans le livret du salon, Ingy écrit des mots à son image : vrais, timides, lumineux.
Elle confie avec une sincérité touchante :
« J’ai puisé tout mon courage et donné le meilleur de moi-même lorsque le destin m’a offert la chance d’exposer à côté de mon professeur… le plus grand artiste que j’aie rencontré. Son univers légendaire m’a toujours inspirée durant mes études. Ses tableaux, riches de détails, m’arrêtaient comme des hymnes secrets… Je suis profondément reconnaissante de son soutien, de l’espace qu’il m’offre pour m’exprimer, et de la possibilité de traduire en couleurs ce que mon âme porte de nostalgie, de visages lointains, d’animaux fugaces, de plantes anciennes… Une chaleur, une joie que les mots ne peuvent contenir. »
Le regard du maître : une main sincère qui écoute son cœur
Dans sa note, El-Meligi décrit leur collaboration en termes d’une grande générosité :
« Posséder une sensibilité vraie, issue de soi-même, loin des contraintes et des clichés… et porter un cœur sincère, rempli de foi… voilà ce qui fait qu’une ligne ou une couleur touche le spectateur. Les dessins rapides d’Ingy se situent entre le croquis et la toile : un choix conscient de fragments du réel, vibrants de vie, condensés dans un geste précis. »
Un dialogue entre deux mondes : la rencontre plutôt que la rivalité
Ce qui habite cette exposition, ce n’est pas seulement la beauté des œuvres, mais cette relation humaine, rare et lumineuse, entre un professeur et son élève.
Un dialogue, jamais un duel.
Ingy présente des esquisses rapides, vives et transparentes, celles qui ont séduit le regard du maître.
El-Meligi, lui, expose ses toiles profondes, travaillées avec patience, réflexion et philosophie.
Dans un coin, les portraits d’Ingy rayonnent : ses visages baignés de lumière côtoient sa figure du « fou vert », tandis que ses paysages révèlent une sensibilité unique aux ombres et aux masses colorées.
Un musée de conversation silencieuse
Le visiteur, en parcourant les murs, a la sensation d’écouter un murmure.
Une sagesse ancienne s’accorde avec un souffle neuf.
Les couleurs se croisent, se répondent, se séparent, comme deux époques qui dialoguent en silence.
La critique d’art Amina El-Nasri écrit dans sa lecture inspirée :
« Cette exposition n’est pas une simple présentation d’œuvres provenant de deux générations différentes. Elle propose une expérience visuelle et intellectuelle où les questions se superposent plutôt qu’elles ne s’alignent. On se retrouve, dès l’entrée, dans un espace fondé sur un dialogue profond entre deux visions qui évoluent sur des orbites différentes, mais se rejoignent dans leur quête de sens. »
El-Meligi dévoile sa nouvelle collection, « Le Vagabond », tandis qu’Ingy présente « La Mémoire des Ombres ».
Deux titres qui fonctionnent comme des clés de lecture.
Le Vagabond et la Mémoire des Ombres : deux chemins vers l’existence
Dans Le Vagabond, il ne s’agit pas d’égarement, mais d’une marche vers l’intérieur : une quête du mouvement secret de la vie.
Chez El-Meligi, la couleur devient une palpitation, le trait un voile levé sur l’invisible.
La Mémoire des Ombres, chez Ingy, réinvente la relation entre lumière et existence.
Les ombres ne sont pas absence, mais présence fragile, trace du monde qui demeure.
Sa palette est une énergie tendre, où êtres, espaces et émotions s’enlacent dans un même tissu vibrant.
Entre ces deux pôles — le mystère et l’éclat — l’exposition se dresse comme un pont :
un passage entre deux regards qui, ensemble, redessinent notre manière de percevoir le monde.





