Le 9 mars, les Sud-Coréens choisiront le successeur du président Moon Jae-in, qui ne peut se représenter. Ses cinq années à la tête du pays ont été marquées par des efforts sans précédent pour améliorer les relations intercoréennes, sans aboutir cependant à un accord. Sur le plan intérieur, l’explosion du prix des logements et de la dette des ménages est au centre de la course à la succession, selon Le Monde Diplomatique, édition février 2022. Un ancien ouvrier criblé de dettes qui redouble d’efforts pour échapper à ses créanciers constitue un scénario classique de la littérature et du cinéma. Mais celui-ci prend une ampleur démesurée dans la réalité sociale sud-coréenne, dépeinte par le film Parasite ou plus récemment par la série télévisée Squid Game. Cette fiction, qui met en scène des centaines de Sud- Coréens surendettés luttant jusqu’à la mort pour sortir de leur misère, a donné lieu à de multiples interprétations. Certains y voient un révélateur des failles d’une société profon- dément inégalitaire ; d’autres, un pamphlet dénonçant les dérives d’un capitalisme débridé, ou encore l’expression d’une violence camouflée par un confucianisme encore très présent. Ces analyses semblent partager un même constat : la Corée du Sud connaît un endettement alarmant des ménages, souvent lié à une hausse exponentielle du prix de l’immobilier. Lorsque Hwang Dong-hyeok, le réalisateur de Squid Game, commence à en élaborer l’intrigue en 2008, la dette des ménages atteignait « seulement » 138,5 % du reve- nu disponible ; douze ans plus tard, quand son idée prend la forme d’une série pour Netflix, elle dépasse les 200%. Un constat édifiant, mais en partie étranger aux politiques menées par le président Moon Jae-in. La hausse est constante depuis que le pays a pris son essor, dans les années 1960 et 1970. De scandale en scandale En Corée du Sud, la richesse cohabite intimement avec la précarité. Les gratte-ciel et les boutiques de luxe côtoient les vendeuses ambulantes de yaourt ou les petits restaurants familiaux. Une spécificité du pays, où les travailleurs indépendants représentent près du quart de la population ayant un emploi. L’endettement chronique des ménages s’est d’autant plus aggravé en deux ans de pandé- mie que les restrictions sanitaires ont limité l’activité des karaokés, bars et restaurants, poussant nombre de ces enseignes familiales au bord de la faillite.





