Dangereuse, mais climato-compatible et géopolitiquement neutre : ainsi se présente la filière nucléaire, rapporte Le Monde diplomatique, dans l’édition de ce mois de juin 2022. Or la construction des réacteurs et la fourniture du combustible se concentrent autour d’un duopole sino-russe. Il est 22 heures 44, le 24 mars 2022 : sur le tarmac de l’aéroport de Brno-Tuřany, en République tchèque, un Iliouchine Il-76 s’arrête dans la zone cargo après deux heures trente de vol depuis Moscou-Domodedovo. L’appareil fait partie des quelques avions russes, diplomatiques ou humanitaires, autorisés par dérogation à pénétrer dans l’espace aérien de l’Union européenne depuis le bannissement décidé par Bruxelles le 27 février, à la suite de l’invasion de l’Ukraine. À son bord, des combustibles nucléaires assemblés par TVEL, filiale du géant russe de l’atome Rosatom, dans son usine d’Elektrostal à l’est de Moscou. Des camions attendent pour acheminer la marchandise jusqu’aux réacteurs de la centrale de Dukovany, cinquante kilomètres plus loin. Tandis que les États européens débattaient d’un embargo sur les combustibles russes, d’autres vols similaires atterrissaient le 31 mars à Brno et le 7 avril à Budapest.