Manger n’est pas une simple nécessité : c’est un art, surtout quand l’air est à la fête. En Égypte, chez les joyeux vivants et les amateurs de grandes tablées, bien manger relève presque du devoir national. Ici, l’assiette parle autant que la bouche, et la langue populaire s’est chargée de traduire cette passion avec un sens savoureux de la formule.
Prenez par exemple « Hamou ʿala batnou ». Littéralement, « il ne se soucie que de son ventre ». Une expression toute trouvée pour désigner le gourmand invétéré, celui dont les pensées commencent au petit-déjeuner et se terminent au dîner… avec une escale obligatoire au goûter. Hamou indique la préoccupation, batnou le ventre : tout est dit, et surtout bien digéré.
Autre perle culinaire de la sagesse populaire : « Etqal ʿala el-roz yestwi ». En Égypte, le riz ne se brusque pas. Il se respecte, se laisse mijoter, cuire à feu doux, tranquillement. Et comme souvent, la cuisine devient métaphore de la vie : il faut du temps pour que le riz soit parfait… et pour que les gens mûrissent aussi. Rien de bon ne se fait dans la précipitation, pas même un plat de riz.
La gastronomie égyptienne ne s’arrête pas aux expressions : elle s’invite aussi dans les proverbes, véritables leçons de vie servies à la louche.
« Edi el-ʿeish likhabazou walou akl noussou » : donne le pain au boulanger, même s’il en mange la moitié. Autrement dit, mieux vaut confier les choses aux spécialistes, quitte à fermer les yeux sur leurs petits travers. Après tout, un bon pain vaut bien quelques miettes perdues.
« Elli akal bibalach ma bichbaʿch » rappelle quant à lui que celui qui mange gratuitement n’est jamais rassasié. Ce qui s’obtient sans effort n’a pas de saveur durable. Sans travail, pas de vraie satisfaction — ni dans l’assiette, ni dans la vie.
Enfin, « El gaʿaan yehlam bisouk el-ʿeish » nous murmure que celui qui a faim rêve du marché du pain. Les rêves, parfois, ne sont que le reflet fidèle de nos besoins les plus urgents. Quand l’estomac parle, l’imaginaire écoute.
En Égypte, la gourmandise n’est donc pas un péché : c’est une philosophie. Une manière délicieuse de raconter le monde, une bouchée de sagesse à la fois, avec le sourire… et l’appétit bien ouvert.





