En Égypte, la langue n’est pas seulement un outil de communication : elle est une boussole. Elle guide les gestes, apaise les tensions, règle les échanges et révèle une philosophie de vie fondée sur la mesure. Chaque situation possède ses mots, chaque émotion son expression. Mais au-delà de la richesse lexicale, une valeur domine toutes les autres : la modération. La clé, toujours, c’est l’équilibre.
Saa’r mehawed
Dans les souks animés, où les voix se croisent et où les regards se jaugent, négocier n’est pas un affront, mais un art. Lorsque le visiteur souhaite une transaction juste, sans excès ni arrogance, il prononce simplement : « ana ayez saa’r mehawed » — je veux un prix raisonnable. Une phrase douce, respectueuse, qui invite à l’entente plutôt qu’au bras de fer. Ici, la modération devient un langage commun.
Safia labane
Les conflits, eux, sont rarement célébrés. On leur préfère la réconciliation, mais pas n’importe laquelle. Safia labane signifie une paix totale, sans rancune cachée, un apaisement si profond qu’il laisse le cœur blanc et limpide, comme le lait. Après une telle réconciliation, rien ne doit troubler la clarté retrouvée. C’est une invitation à purifier l’âme avant de prétendre tourner la page.
Qerd meselsel
Pour décrire un enfant turbulent, rieur et infatigable, on emploie une image vive : celle du singe enchaîné. Inspirée des spectacles de rue, cette expression n’est pas une critique, mais un sourire posé sur l’espièglerie de l’enfance, cette énergie débordante qui défie les cadres et rappelle la liberté instinctive des petits.
Otta meghamada
À l’inverse, lorsqu’on évoque une personne encore naïve, préservée ou inexpérimentée, on parle d’un chat aux yeux fermés. Comme le chaton qui vient de naître, aveugle au monde mais plein de promesses, cette expression célèbre l’innocence, la fragilité et la douceur des premiers pas dans la vie.
Proverbe :
« Ya wakhed el qerd ala malou, bokra yerouh el mal we yefdal el qerd ala halou »
La sagesse populaire égyptienne met en garde contre les illusions de la richesse. Ce proverbe rappelle que choisir quelqu’un uniquement pour son argent, c’est bâtir sur du sable. La fortune peut disparaître, mais le caractère demeure. En amour, la cupidité est mal récompensée ; seul le cœur, sincère et modéré, sait choisir juste.
Ala ad el eïd
Enfin, ce proverbe simple et puissant invite à vivre selon ses moyens. Acheter à la mesure de sa main, c’est refuser l’excès, éviter les dettes et préserver sa dignité. Une leçon de sobriété qui résonne comme un appel à l’équilibre entre désir et réalité.
À travers ces mots et ces images, l’Égypte murmure une vérité ancienne : vivre pleinement, ce n’est ni trop demander ni trop renoncer, mais avancer avec justesse, dans la lumière tranquille de la modération.





