Le barrage hydroélectrique Julius Nyerere, réalisé en Tanzanie par un consortium égyptien, s’impose comme un symbole majeur de la coopération entre les deux pays. Au-delà de la prouesse technique, L’Egypte y voit un modèle de développement partagé, fondé sur le respect du Droit international et la coopération entre les pays du bassin du Nil.
Par Névine Ahmed
Le Premier ministre, Dr Moustafa Madbouli, a pris part, au nom du président Abdel Fattah Al-Sissi, aux cérémonies d’inauguration du barrage et de la centrale hydroélectrique Julius Nyerere, en Tanzanie. Réalisé par le consortium égyptien formé par Arab Contractors et El-Sewedy Electric, ce projet d’envergure constitue l’un des principaux symboles du partenariat entre l’Egypte et la Tanzanie dans le domaine du développement et des infrastructures.
Dans son allocution prononcée à cette occasion, le Dr Madbouli avait fait part de sa “fierté et de sa joie” devant l’aboutissement de ce gigantesque projet de développement, qu’il a présenté comme une illustration concrète de la solidité du partenariat entre l’Egypte et la Tanzanie. Il a également souligné qu’il témoignait de la capacité des entreprises égyptiennes à concevoir et à réaliser des projets de grande ampleur au service du développement du continent africain.
Le Premier ministre a notamment rappelé que le barrage répond aux ambitions de la Tanzanie en matière de production d’électricité, grâce à une capacité d’environ 2115 mégawatts. La construction de l’ouvrage a duré près de 5 ans et mobilisé quelque 1700 ingénieurs et techniciens égyptiens, témoignant de l’ampleur des moyens humains et techniques déployés pour mener à bien ce projet stratégique.
Le Dr Madbouli a par ailleurs estimé que la réussite du projet permettait de réfuter les affirmations qui avaient pu être avancées par le passé concernant une prétendue opposition de l’Egypte aux projets de développement dans les pays du bassin du Nil. Il a réaffirmé, à cet égard, que l’Egypte demeure attachée au soutien des efforts de développement dans les pays du bassin du Nil, tout en veillant à ce que ces initiatives ne portent pas atteinte aux intérêts de l’Égypte et du Soudan, pays situés en aval du fleuve.
En fait, la présence égyptienne à l’inauguration du projet revêt une importance particulière, puisque le barrage et la centrale Julius Nyerere constituent le fruit d’une coopération entre un pays riverain situé en amont du bassin du Nil et des entreprises égyptiennes. Le consortium formé par Arab Contractors et El-Sewedy Electric a en effet assuré la réalisation de l’ouvrage, mettant en lumière les compétences d’ingénierie et l’expertise technique dont disposent les entreprises égyptiennes pour mener à bien des projets d’envergure au-delà des frontières nationales.
Le projet comprend notamment un barrage principal de 1036 m de long et 131 m de haut. La centrale, qui affiche une capacité totale de 2115 mégawatts, produite grâce à 9 turbines, ce qui en fait l’un des projets hydroélectriques les plus importants du continent africain.
Le ministre de l’Irrigation, Dr Hani Sweillam a souligné : “Il ne s’agit pas d’une histoire de barrages”. Evoquant le projet, il a estimé que cette inauguration constituait une occasion particulière et offrait un modèle inédit de coopération entre pays situés en amont et en aval du bassin du Nil. Selon lui, l’importance du projet ne tient pas uniquement à ses dimensions considérables, mais aussi au message qu’il porte : celui de la possibilité de conjuguer coopération et développement partagé entre les pays du bassin du Nil. “Il ne s’agit pas d’une histoire de barrages, mais d’une histoire de respect du voisinage, du droit et des usages internationaux”, a déclaré Dr Sweillam. Il a souligné que l’Egypte ne s’opposait pas, par principe, à la réalisation de projets de développement dans les pays du bassin du Nil, mais qu’elle insistait pour que ces projets soient menés dans le respect du Droit international et de ses principes.
Le ministre a ainsi présenté la Tanzanie comme un exemple de coopération, rappelant que le projet Julius Nyerere associe un pays situé en amont du bassin du Nil à des entreprises égyptiennes, tandis que le savoir-faire et l’expertise de ces dernières ont joué un rôle majeur dans la réalisation de cet ouvrage de grande envergure.
Hani Sweillam a, en revanche, qualifié la situation liée au projet éthiopien de la Renaissance d’exemple de ce qui peut se produire entre pays d’amont et pays d’aval lorsqu’un Etat adopte une approche unilatérale qui ne se conforme pas au Droit international et ne le respecte pas.
Il a réaffirmé que l’Egypte considère le barrage de la Renaissance comme illégitime et contraire au Droit international. Il a toutefois insisté sur le fait que le problème, pour Le Caire, ne réside pas dans la construction de barrages en tant que telle, mais dans les modalités de réalisation de ces projets et dans le degré de respect des lois, des normes internationales et des droits des pays situés en aval.
Le ministre a par ailleurs souligné que l’Egypte coopérait avec les différents pays du bassin du Nil et que ses relations de développement s’étendaient à plusieurs Etats de la région.
Il a indiqué que Le Caire apportait son soutien à ces pays et participait à la réalisation de projets hydrauliques et de développement. L’Egypte discute également avec plusieurs pays du bassin du Nil de la construction de barrages et de la mise en œuvre de projets avec une participation des entreprises égyptiennes et, dans certains cas, un financement partiel assuré par l’Égypte.
Le Dr Sweillam a en outre souligné que le projet Julius Nyerere incarnait le principe du “bénéfice mutuel”, ou Win-Win (gagnant-gagnant). Dans le cas présent, le financement du projet a été assuré par la partie tanzanienne, tandis que les entreprises égyptiennes ont apporté leur expertise et leur savoir-faire pour sa réalisation.
Le ministre a estimé que l’Egypte pouvait contribuer au développement des pays du bassin du Nil, dès lors que les principes du Droit international sont respectés et que les barrages sont construits conformément aux normes, aux usages et aux règles internationales régissant les cours d’eau transfrontaliers.
La participation d’Arab Contractors et d’El-Sewedy Electric à la réalisation du projet constitue, selon lui, est une démonstration concrète de la capacité des entreprises égyptiennes à construire des barrages et des infrastructures hydrauliques de cette ampleur. Il a également rappelé que Julius Nyerere figure parmi les plus grands projets hydroélectriques de Tanzanie et d’Afrique de l’Est.
Il a également affirmé que l’Egypte entendait adresser, à travers le projet Julius Nyerere, un message à la communauté internationale, celui que Le Caire agit dans les pays du continent africain pour favoriser le développement et non pas, pour entraver quelque forme de développement que ce soit, à condition que prévalent le respect mutuel et l’adhésion aux normes et au droit internationaux.
Il a souligné que les déclarations de l’Egypte en faveur de la coopération et du développement ne relevaient pas d’un simple discours théorique, mais s’appuyaient sur des réalisations concrètes. L’Egypte participe notamment à des projets dans plusieurs pays du bassin du Nil, parmi lesquels l’Ouganda, le Soudan du Sud, la République démocratique du Congo et le Soudan, tout en poursuivant ses efforts pour approfondir sa coopération avec d’autres Etats africains.
En conclusion, Sweillam a estimé que l’inauguration du barrage Julius Nyerere constituait une journée particulière, dans la mesure où elle offre un modèle concret de coopération entre les pays du bassin du Nil. Elle démontre, selon lui, que les barrages peuvent devenir des leviers de développement et de partenariat plutôt que des sources de conflit, à condition d’être réalisés dans le respect du droit international et dans une logique de recherche d’intérêts communs.





