Il est des spectacles pour enfants qui se contentent d’amuser. Et puis il y a ceux qui, derrière les couleurs et les chansons, ouvrent une brèche vers l’essentiel. Au Palais de la Culture d’Anfouchi, à Alexandrie, « Le Jardin des rêves » s’inscrit résolument dans cette seconde catégorie : un théâtre où l’enfance n’est pas un prétexte, mais une promesse.
Présenté dans le cadre des Clubs de théâtre pour enfants de la branche culturelle d’Alexandrie, organisés par l’Autorité générale des Palais de la culture sous l’égide du ministère de la Culture, le spectacle est porté par la troupe du Palais d’Anfouchi. Adapté du texte La Cité des rêves de l’écrivain Yass Al-Dawwi et mis en scène par Wissam Ahmed, il a été dévoilé devant un jury composé du metteur en scène Shazly Farah, de la metteuse en scène Taghrid Abdel Rahman et de l’artiste Amr Hamza, directeur des Clubs de théâtre pour enfants.
L’intrigue se déploie dans cet espace fragile et mystérieux qu’est le sommeil. À la faveur d’un rêve collectif, des enfants basculent dans un univers imaginaire où s’affrontent les forces du bien et du mal. Mais le véritable enjeu n’est pas le combat spectaculaire : il réside dans la découverte intime que chaque choix façonne le chemin, dans le rêve comme dans la vie. Le spectacle murmure ainsi à l’oreille des plus jeunes que la liberté n’est pas un mot abstrait, mais une responsabilité.
Wissam Ahmed signe une mise en scène qui respecte l’intelligence de l’enfance. Ici, point de morale assénée ni de leçon pesante. Le metteur en scène rappelle que l’enfant porte en lui une nature pure, capable de discerner spontanément le juste de l’injuste. Le bien, suggère-t-il, ne s’impose pas par la force : il se choisit, lorsqu’il naît du cœur. Le traitement scénique privilégie l’imaginaire, le chant et le mouvement. Les chorégraphies, conçues par Khadija Harraz, insufflent au plateau une énergie vibrante, tandis que la musique composée par Heba El-Sayed et arrangée par Amr Arafa enveloppe le récit d’une douceur lumineuse. Les lumières d’Ahmed Kahraba sculptent les rêves, les décors réalisés par Rody dessinent un monde à la lisière du réel, et les costumes — exécutés par Abir El-Khalidi, avec une conception signée Iman Harraz — parachèvent cette fresque onirique.
Sur scène, une constellation d’enfants — parmi lesquels Bella Mostafa, Lousine Khaled, Ghina Mohamed, Massa Ayman, Malika Mohamed, Mohamed Abdel Moneim et bien d’autres — portent le spectacle avec une sincérité désarmante. Leurs voix, leurs gestes, leurs hésitations mêmes, donnent au conflit entre l’ombre et la lumière une vérité touchante. On ne voit pas seulement des personnages : on assiste à l’éclosion d’une conscience.
Produit par la Direction générale de la culture de l’enfant, dirigée par la Dre Jehan Hassan et rattachée à l’Administration centrale des études et de la recherche présidée par la Dre Hanan Moussa, le spectacle a été présenté en coopération avec la Région culturelle du Centre et de l’Ouest du Delta, dirigée par Mohamed Hamdy, et la branche culturelle d’Alexandrie sous la direction de l’artiste Dre Manal Yamani.
Avec « Le Jardin des rêves », le théâtre pour enfants cesse d’être un divertissement secondaire pour devenir un espace sûr où l’on apprend à rêver sans cesser de penser. À Anfouchi, le bien et le mal ne s’affrontent pas seulement sur scène : ils se livrent bataille dans le cœur des spectateurs. Et c’est peut-être là que commence, pour chacun, le véritable jardin des rêves.





