Lorsque vous visitez l’Égypte, vous entendez très vite l’expression le pain “fino ». Un terme unique, utilisé presque exclusivement en Égypte, avant de se diffuser dans certains pays arabes. Mais quel est le secret de ce pain ?
En Égypte, le mot « aïch » signifie « pain » — alors que dans plusieurs autres pays arabes, le mot désigne plutôt le riz. Quant au « fino », il s’agit du pain blanc de type européen, ce que les Égyptiens appellent aussi « aïch afrangi » (pain étranger). Derrière cette appellation se cache une histoire singulière, née à Alexandrie.
Tout commence dans le quartier d’Ibrahimiyya, sur la rue Lagetieh, à Alexandrie. Là, un commerçant grec — que les habitants appelaient « el-khawaga » Fino — ouvre une boulangerie spécialisée dans le pain européen. Avec le temps, il devient l’un des pâtissiers et boulangers grecs les plus célèbres de la ville.
Installé dans le quartier d’Ibrahimiyya, Fino perfectionne son art et propose aux Égyptiens comme aux étrangers vivant à Alexandrie un pain raffiné, mais aussi des tortes et des gâteaux au goût exceptionnel. Sa réputation grandit rapidement : qualité irréprochable, saveurs uniques et présentation élégante.
Une marque devenue un nom commun
Peu à peu, le nom « Fino » s’impose dans toutes les occasions festives. Mariages, célébrations, fêtes familiales : les habitants d’Alexandrie avaient pris l’habitude de commander leurs gâteaux chez lui. Dans les années 1960, il vendait la petite part de gâteau pour un qirsh (piastre) et la grande pour deux qirsh — des prix restés dans la mémoire collective.
Avec le temps, la notoriété de Fino dépasse son quartier, puis sa ville. Les Alexandrins commencent à appeler le pain européen « fino », en référence à son créateur. Le nom propre devient alors un nom commun. Progressivement, « aïch fino » s’impose dans toute l’Égypte comme l’appellation du pain blanc allongé, souvent utilisé pour les sandwichs scolaires et les repas rapides.
Une empreinte culturelle durable
L’histoire du « aïch fino » illustre l’influence cosmopolite d’Alexandrie au XXe siècle, ville où coexistaient Égyptiens, Grecs, Italiens et autres communautés méditerranéennes. Elle montre aussi comment une marque peut entrer dans le langage populaire jusqu’à devenir un élément du patrimoine quotidien.
Aujourd’hui encore, en demandant un « aïch fino » dans n’importe quelle boulangerie d’Égypte, on perpétue sans le savoir le souvenir de ce boulanger grec d’Alexandrie, dont le nom est devenu synonyme d’un pain aimé de tous.





